Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens

COLLOQUE " PARENTES ET DIFFÉRENCE DES SEXES "
organisé par l'APGL le 1er et 2 Octobre 1999
RÉSUMES DES INTERVENTIONS
BIBLIOGRAPHIES DES INTERVENANTS

Présentation Programme 1/10 Programme 2/10 Résumés Bibliographies Inscription Colloque  1997

Mathieu André-Simonet - Gérard Bach-Ignasse - Daniel Borillo - Anne Cadoret - Michel Chauvière - Geneviève Delaisi - François de Singly - Eric Dubreuil - Gill Dunne - Enfance et Famille d’Adoption - Eric Fassin - Agnès Fine - Katrien van Fraussen - Françoise Gaspard - Susan Golombok - Martine Gross - Marcela Iacub - Marie Christine Le Boursicot - Didier Le Gall - Tom Lenie - Flora Leroy Forgeot - Nicole-Claude Mathieu - Caroline Mécary - Marie-France Nicolas Maguin - Robert Neuburger - Sabine Prokhoris - Irène Théry  - Pierre Verdier


Mathieu André-Simonet
Avocat

Peut-on avoir juridiquement plus de trois parents ?

Mathieu André-Simonet proposera une réflexion de droit prospectif sur la façon de hiérarchiser les droits et obligations de trois parents ou plus vis à vis de "leur" enfant. Il exposera notamment quelques pistes pour résoudre juridiquement les conflits éducatifs ou de droit de visite qui pourraient naître entre ces adultes.

Gérard Bach-Ignasse, Juriste
Maître de conférences à la Faculté de droit et de sciences politiques de Reims

Familles : pour une anthropologie conviviale

Dans le discours normatif contemporain, il y aurait ceux et celles qui sont dans et pour la famille et les autres; ceci ne correspond à aucune réalité. En cherchant le critère de la famille d'aujourd'hui, on débouche sur la notion de convivialité qui dépasse les cadres habituels de la parenté et du groupe domestique. C'est aussi une méthode pour prendre en compte les nouveaux liens sociaux qui se sont sont créés. La famille ne doit pas être quelque chose qui exclut, mais qui inclut. La recherche est particulièrement probante quand on part du discours des enfants sur les cadres familiaux. C'est ce que cherchera à faire cette communication.

Daniel Borrillo,
Juriste, Maître de conférence à l’Université Paris X

Droit et homosexualités, le difficile passage de la " vie privée " vers la " vie familiale "

Le difficile passage de la "vie privée" vers la "vie familiale" pour les unions de même sexe : l'article 8 de la convention européenne de droits de l'homme protège les personnes contre les ingérences injustifiées des États membres. Pendant longtemps les lesbiennes et les gays étaient exclus de toute forme de protection. Depuis presque vingt ans ces personnes bénéficient d'une protection limitée à leur "vie privée" mais systématiquement la jurisprudence nationale et européenne refuse la qualification de "vie familiale" pour les couples de même sexe. Cette négation a des conséquences juridiques graves laissant les homosexuel/les dépourvus de toute protection dans le domaine de la famille. La reforme française du droit de la famille pourrait être le moment de pallier au niveau national cette insuffisance. A débattre...

Anne Cadoret,
Ethnologue, chargée de recherche au GRASS (CNRS)

Les figures de l’homoparentalités

La famille homoparentale se voie obligée de dissocier les deux grandes catégories fondatrices de la famille, la conjugalité et la parentalité.
Dans la construction de son "état" familial, elle trouve alors de nouvelles places de parenté pour chacun de ses membres à partir d'autres modèles familiaux, comme les familles recomposées ou adoptives, et en fonction du type de famille - multiple ou unique - qu'elle veut construire.
Les usages de la famille homosexuelle se repèrent dans les actes quotidiens de la vie familiale et de l'éducation de l'enfant, mais aussi dans l'invention de moments forts, de rituels institués pour proclamer la réalité de leur conjugalité et de leur parentalité.

Michel Chauvière,
Sociologue, Directeur de recherche au GAPP, CNRS

Le familialisme face à l’homoparentalité

Particularité en Europe, il existe en France un champ familial, c'est-à-dire un espace social et politique légitime de régulation des questions familiales, avec lequel les différentes institutions doivent compter (voir le débat de 1997/98 sur la mise sous condition de ressources des allocations familiales). L'histoire de la construction de ce champ montre le poids des mouvements familiaux, dans leur diversité. Les uns se sont constitués dès le début du siècle pour la défense des familles nombreuses, les autres pour consolider le principe familial, d'autres pour organiser et représenter les familles populaires ou rurales ou laïques, sur un mode beaucoup plus syndical. A quelques exceptions près, l'empreinte catholique est et reste visible. Ce champ s'est trouvé reconnu à la fin des années 30 et surtout sous Vichy. Depuis la Libération, par ordonnance en 1945, il est institutionnalisé dans l'Union nationale et les Unions départementales des associations familiales, interlocuteur officiel de l'Etat et monople de représentation des intérêts familiaux, dits "matériels et moraux". La définition de la famille qui circule dans tout cet ensemble, même si elle a évolué en intégrant le pluralisme et les situations de fait, reste néanmoins très conservatrice et ne s'ouvre que difficilement aux nouvelles données de la vie privée.
La contribution s'efforcera de clarifier les tenants et aboutissants de ce champ et les familialismes qui le caractérisent, pour mieux ouvrir au débat que ne manque pas de susciter l'entrée en scène de l'expérience homoparentale.

Geneviève Delaisi de Parseval,
Psychanalyste

Qu’est ce qu’un parent suffisamment bon ?

Par leur revendication clamée haut et fort à déclarer qu’ils peuvent être des " parents acceptables " (ni meilleurs ni pires que les autres), remplissant toutes les conditions requises (y compris celle du désir d’enfant, de la demande parentale), à la seule exception de leur sexualité, les couples homoparentaux posent à la société des questions anthropologiques et psychanalytiques majeures.
Qu’est ce qu’un " parent suffisamment bon " ? (au sens que donnait à ce terme le psychiatre anglais D . Winicott). Existe-t-il, à la lumière de ce qu’on sait du fonctionnement psychique de l’être humain un critère du " bon parent " ? La société a-t-elle le droit ( le devoir ?) d’accorder un " certificat de parentalité " à des individus qui conçoivent et/ou élèvent des enfants au sein d’un couple homosexuel ? Le Droit peut-il établir une filiation d’un type inédit reliant un enfant à deux parents de même sexe ?

Enfance et Famille d’Adoption
(Danielle Housset, Présidente, Sylvie Girard, Vice-présidente, Louis Houlbrecque)

L’adoption

Connue, reconnue, l'adoption vit néanmoins aujourd'hui de plus en plus sous le regard de la Société.
Les familles regroupées dans E.F.A. témoignent de leur multiplicité, mais aussi de leur but commun : donner une famille à un enfant qui en est privé, offrir à tout enfant une enfance et la capacité de s'installer dans la société dont il fait partie désormais.

François de Singly,
Sociologue, Professeur.
Virginie Descoutures
(Centre de recherches sur les liens sociaux, CNRS-université de Paris V)

L'éducation des enfants dans les familles homoparentales

L'étude de la gestion de la vie quotidienne dans les familles homoparentales révèle l'extrême diversité des structures de ces familles. Il n'y a pas un modèle ou système spécifique de parentalité lié au couple parce qu'il serait homosexuel, il est avant tout un couple parental.

En tant que directeur d'ouvrage :

Eric Dubreuil
Président de l'APGL

Gill Dunne,
Sociologue, Directeur de recherche LES Gender Institute, London School of Economics

Les différentes dimensions de la paternité gay. Explosion des mythes
(The different dimensions of gay fatherhood; Exploding the Myths)

Gill Dunne exposera quelques résultats de sa recherche en cours sur les hommes gays devenant père puis vivant leur paternité. Les circonstances en sont extrêmement variées. Contrairement aux stéréotypes, les hommes gays sont souvent engagés dans des liens créatifs avec des femmes.

This paper will summarize findings from my current research on gay men's experience of becoming and being fathers. This will show how varied and interesting their circumstances are. Contrary to popular stereotypes, gay men are often engaged in creative and collaborative parenting relationships with women.

Éric Fassin,
Sociologue et américaniste, professeur à l’Ecole Normale Supérieure

La plus belle science du monde ne peut donner que ce qu'elle a.

Usages et abus des sciences sociales
Dans les débats politiques, les savoirs sont convoqués pour pallier l'absence d'argumentaires proprement politiques : aux sciences sociales, en particulier, on demande de dire ce qu'elles ne peuvent dire, c'est-à-dire de décider pour nous, ou plutôt de légitimer nos décisions. On se propose d'examiner les limites de la référence scientifique - ce que la science peut dire, et ce qu'elle doit taire. Autrement dit, il s'agit de préciser des usages des sciences sociales qui ne soient pas des abus.

Agnès Fine,
Professeur à l'Université de Toulouse Le-Mirail, historienne et anthropologue

Pluriparentalité et différence des sexes

Notre conception indivisible de la filiation est bousculée aujourd'hui par l'évolution des formes familiales et nombreuses sont les situations où il existe de fait une pluriparentalité. J'essaierai d'analyser concrètement la manière dont cette question est posée dans l'adoption internationale, en privilégiant les comparaisons avec la situation en Amérique du Nord (Canada, USA) où les expérimentations sont plus précoces et plus répandues qu'en France.

Katrien Van Fraussen
Psychologue, Belgique

Insémination par donneur : développement des enfants et fonctionnement familial dans les familles lesbiennes. (Donor Insemination : Child development and family functioning in lesbian mother families).

Le nombre de couples de lesbiennes qui visitent les centres de fertilité pour réaliser leur désirs d’enfant a augmenté visiblement ces dernière années. Pourtant, l'usage de l’insémination par donneur pour les couples de lesbiennes reste encore un sujet à controverse. C'est pourquoi les études expérimentales qui examinent le développement des enfants nés par insémination par donneur dans des familles lesbiennes sont essentielles. Les résultats d'une étude comparative concernant les relations familiales ainsi que le développement affectif et sexué d'enfants âgés de 4 à 8 ans élevés dans des familles lesbiennes, seront présentés. Ces enfants sont maintenant presque des adolescents. Le plan de recherche pour le suivi de ces enfants sera aussi présenté.

The number of lesbian couples visiting fertility centres in order to fulfil their wish for a child has increased visibly during the last decade. The use of Donor Insemination (DI) for lesbian couples however is still a controversial matter. Emperical studies investigating the development of the children born after DI in lesbian families are therefore of great importance. Findings of a comparative study investigating the family relationships and the emotional and gender development of 4 to 8 year old children raised in lesbian mother families will be presented. These children are now almost adolescents. The research plan that's been developped to follow up these children will be discussed.

Françoise Gaspard,
Sociologue, Maîtresse de conférences à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Chercheuse au CADIS (EHESS-CNRS),
Représentante de la France à la Commission de la condition de la femme de l'ONU

Féminismes et homoparentalités

Le débat sur les différentes formes d'homoparentalité, et plus généralement sur le PACS, aurait-il pris de court les féministes françaises ? Les organisations, groupes ou réseaux féministes ont été relativement silencieux dans ce débat. On ne relève pas non plus de prises de position de féministes soutenant, en tant que féministes, l'adoption d'une législation reconnaissant les homoparentalités. Notre intention est de tenter d'analyser les raisons de ce (relatif) silence.

Susan Golombok,
professeur de Psychologie London City University

Growing up in a lesbian family

This paper will review the research literature on the social, emotional and gender development of children raised in lesbian mother families. Drawing on the findings of a longitudinal study carried out in the UK, findings will also be presented on the consequences of growing up in a lesbian family for psychological well-being and  relationships in adult life. In addition, recent studies of children born to lesbian couples as a result of donor insemination will also be discussed.

Grandir au sein d’une famille lesbienne

Cette contribution passera en revue la littérature scientifique sur le développement social, affectif et sexué des enfants élevés dans des familles où la mère est lesbienne. S'appuyant sur les résultats d'une étude longitudinale menée au Royaume-Uni, la contribution présentera également les conséquences d'une telle situation pour les enfants qui ont grandi dans des familles lesbiennes, en terme de bien-être psychologique et relationnel dans leur vie adulte. Il sera également question d'enfants nés d'insémination artificielle avec donneur au sein de couples lesbiens.

Martine Gross
Vice présidente de l'APGL

Marcela Iacub,
Juriste, chargée de recherche au CERSES (CNRS)

Le droit et l’horreur des filiations homoparentales

Démontera les mécanismes à l’œuvre dans le droit contemporain, qui mènent à l’horreur suscitée par les filiations homoparentales :
1) la liberté de procréer réservée à ceux qui le peuvent naturellement,
2) l’assimilation du géniteur au parent
3) la mise en équivalence des compétences procréatives et des compétences parentales. Elle tentera de montrer que loin de nous renvoyer à un quelconque enfer anthropologique l’homoparentalité pourrait nous aider à mettre en question l’ordre procréatif dans lequel nous vivons.

Marie-Christine Le Boursicot,
Juriste.

De la filiation vraisemblable à la filiation impossible

Le code civil a résolument opté pour un droit de la filiation basé sur la vraisemblance et la morale. Le père est le mari de la mère et l'enfant hors mariage, le bâtard, n'a en résumé que des demi-droits, quand il n'est pas tout simplement l'enfant impossible du parent adultérin.
Il a fallu attendre la loi du 3 janvier 1972 pour mettre fin à l'inégalité entre l'enfant naturel et l'enfant adultérin, mais celui-ci, à son tour n'a que des demi-droits...
Tout se passe comme si, pour sanctionner les parents fautifs, on privait de droits (de filiation légale) l'enfant du péché.
"Les pères ont mangé des raisins verts et les dents de leurs fils en ont été agacées", a dit ÉZÉCHIEL.
La filiation impossible d'aujourd'hui, c'est la double filiation envers des parents du même sexe. Cette impossibilité s'appuierait désormais sur la biologie et non sur la morale, nous dit-on. Outre que la biologie tient lieu de morale à certains, on peut légitimement s'interroger sur cette justification.
La question posée est donc de savoir si le droit doit consacrer une filiation biologiquement totalement impossible. Mais ne l'a-t-il pas déjà fait, avec la filiation institutionnelle de l'adoption? Depuis qu'elle est très majoritairement internationale, l'adoption n'est plus toujours vraisemblable dans le regard des autres.
Si la réponse technique existe, la question ne relève donc pas du droit mais des choix de la société et de ses représentants élus.
L'enfant réel peut-il rester l'enfant impossible?

Didier Le Gall (Professeur de sociologie, Université Caen),

Familles à beau-parent homosexuel

A la suite d'une union féconde défaite (divorce ou désunion libre), il est relativement fréquent désormais de voir le parent gardien (la mère le plus souvent en raison de l'attribution majoritaire de la garde aux femmes) se mettre en couple avec un nouveau partenaire. Si ces familles recomposées, qui "souffrent" d'un manque de repères institués (quel rôle pour cet acteur "additionnel" de la configuration familiale qu'est le beau-père par exemple ?), ont fait l'objet de nombreux travaux sur la période récente, aucun ne s'est intéressé à celles qui se sont constituées sur le mode homoparental. Or il n'est pas rare qu'une mère, découvrant et assumant son homosexualité, divorce, puis devenue mère gardienne, se mette en couple avec une nouvelle partenaire, constituant ainsi à la fois une famille recomposée et une famille homoparentale.
Nous nous proposons ici de voir, dans la filiation de nos travaux sur ce que nous appelons les beaux-pères au quotidien (parce que dans un rapport de proximité avec les enfants de premier lit de son conjoint), comment s'élaborent les contours de ce rôle beau-parental qui a pour cadre une famille homoparentale, sachant qu'il s'agira ici, du fait même de l'orientation sexuelle de la mère gardienne, d'une belle-mère au quotidien.

Tom Lenie,
Psychologue, Vrije Universiteit Brussel, Belgique

Une étude sur les demandes pour insémination artificielle avec sperme de donneur (IAD) de couples homosexuels

Le Centre de Médicine Reproductive de la Vrije Universiteit Brussel fut parmi les premiers en Belgique à appliquer l' IAD auprès des couples homosexuels. A ce centre, une psychologue interviewe au moins deux fois les couples demandeurs. Pendant ces interviews l' anamnèse personnelle de chaque partenaire, les aspects relationnels et le désir d' avoir un enfant sont considérés. A base de cette information un profil des couples demandeurs est présenté.
Title: A study on the requests for donor insemination of lesbian couples
Abstract: The Centre for reproductive Medicine of the Vrije Universiteit Brussels was one of the first in Belgium to apply donor insemination to lesbian couples. In this centre, a psychologist conducts at least two interviews with each requesting couple. During these interviews is looked into the personal anamnesis of both partners, aspects of their relationship(s) and their childwish. Based on this information a profile of the requesting couples is presented.

Patricia Baetens

Flora Leroy Forgeot
Juriste, chercheuse à l’Institut Michel Villey, Université Paris II

Nature et contre-nature en matière d’homoparentalité

L’opinion que l’homosexualité serait " contre-nature " est profondément ancrée dans les mentalités et cette idée est fréquemment évoquée dans les débats relatifs à l’ouverture de droits civils aux couples de personnes de même sexe. Par delà une apparente évidence et un apparent consensus sur le sens de " contre-nature ", le caractère plurivoque de cette notion est corrélatif des évolutions sémantiques qu’elle a subies au cours des siècles. De la première caractérisation de l’homosexualité par opposition à la nature chez Platon à la conception thomiste, de l’impératif d’intégration de l’homme dans la création divine à l’impératif nataliste d’accroissement des Etats-nations, du " crime contre nature " à la " finitude " des couples homosexuels, le propos de cette communication est de dégager quelles sont les déterminations essentielles de cette nature à l’encontre de laquelle iraient l’homosexualité et l’homoparentalité.

Nicole-Claude Mathieu :
Anthropologue, maître de conférence à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, membre du Laboratoire d'Anthropologie Sociale.

Anthropologie et " homosexualités "

N.-C. Mathieu parlera de phénomènes de "troisième sexe" et de "troisième genre", et aussi des mariages entre hommes et des mariages entre femmes qui peuvent exister dans des sociétés non occidentales. Les mouvements homosexuels y ont parfois vu des preuves d'acceptation de l'homosexualité. Mais du point de vue du genre, ces couples de même sexe sont hétérosexués... et ils ont parfois des enfants.

Caroline Mécary,
Avocate au barreau de Paris

Homosexualité et adoption : critique de la jurisprudence

Caroline Mécary fera le point sur les refus d’agrément opposés à des personnes homosexuelles et montrera les présupposés à l’œuvre dans les motifs exposés ou dans l’absence de motifs.

Robert Neuburger,
Psychanalyste, thérapeute familial.

Adoption : Filiation et affiliation.

De l’enfant adopté à l’enfant " fait maison ", la distinction ne concerne que le mode d’entrée dans la famille. Cette distinction est moins importante qu’il n’y paraît : ce qui détermine l’entrée d’un enfant dans une famille est un acte exprimant la volonté des parents d’inscrire cet enfant dans leur filiation : déclaration à l’état-civil, adoption. La " greffe adoptive " ne prendra que si le lien de filiation n’implique pas un statut particulier pour l’enfant adopté. La seule différence entre filiation adoptive et filiation biologique concerne la nature de l’acte formalisant l’entrée dans le groupe.
L’identité d’un groupe d’appartenance est fondée sur deux types d’éléments qui en même temps la menacent : ceux qui assurent sa spécificité mais qui lui font courir le risque d’être réduit à ses particularismes (familles adoptives, monoparentales, pluricomposée, homoparentales, etc.) et ceux qui assurent sa conformité et sa survie au risque de perdre sa différence. La finalité de la transmission est de transmettre la capacité de transmettre à son tour. Il s’agit d’un double message qui doit assurer à la fois la différenciation du groupe (familial) et sa survie : sois différent et sois conforme. Ce double message oblige chaque génération à inventer son propre modèle familial. Les enfants de familles homoparentales seront-ils plus riches des différences de leur groupe familial, seront-ils hyperconformes aux normes sociales ?

Marie-France Nicolas-Maguin,
Juriste, maître de conférence Université de Nanterre, Paris X,

Parentés et différence des sexes. La liberté des personnes face au cadre de la loi.

Le droit construit la filiation en prenant comme fondement la différence sexuelle. Qu’il s’agisse de la filiation de l’enfant issu d’un couple marié ou non, la filiation maternelle et la filiation paternelle sont tout à la fois différenciées et liées. Néanmoins, qu’il s’agisse de l’adoption ou de la filiation naturelle, il est admis que la filiation soit unilinéaire.
Dans ce contexte, quel espace les règles légales laissent-elles à la liberté de ceux ou de celles qui s’écartent du schéma traditionnel ?

Sabine Prokhoris,
Psychanalyste

La différence des sexes : quelle construction, pour quels enjeux ?

S’appuyant sur certains énoncés de la théorie psychanalytique, les " experts " de la famille et de l’ordre social font de la différence des sexes le paradigme de toutes les autres. Ainsi sera-t-elle appelée à fonder les partages ordonnant la filiation et la transmission culturelle. Mais comment penser les déterminations de cette différence, ainsi que les enjeux de la façon dont elle est construite ?

Irène Théry,
Sociologue du droit. Directrice d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.

Famille, différence des sexes, ordre symbolique : les enjeux politiques d'une controverse

Les controverses autour de la famille contemporaines s'alimentent de confusions permanentes : entre famille et parenté, entre nature et culture, entre différence des sexes et hétérosexualité, entre les deux sens du mot "anthropologique", entre ordre symbolique et ordre moral. La raison de ces confusions n'est pas intellectuelle mais d'abord politique. Elles alimentent la disqualification de " l'institution ", depuis longtemps analysée par C. Castoriadis comme la tendance majeure des sociétés capitalistes et individualistes contemporaines. Les débats sur les droits des familles homoparentales ne sont compréhensibles que resitués au sein de ces enjeux politiques. Ils ne leur sont pas spécifiques, mais concernent toutes les formes de familles aujourd'hui.

Pierre Verdier
Président de la Coordination des Actions pour le Droit à la Connaissance des Origines

Ce que l’adoption nous apprend à propos des enfants qui ne sont pas nés de la sexualité de leurs parents

Les adoptions, à travers leurs réussites et leurs échecs, nous apportent deux enseignements :
- tout d'abord, qu'on peut être vraiment parents et qu'on peut être vraiment fils ou fille en dehors de toute possibilité procréatrice,
- mais aussi que cette filiation sans sexualité ne gomme pas pour l'enfant le besoin de connaître son origine biologique; qu'il s'agit d'une filiation additionnelle, mais non, quoiqu'en dise le droit, substitutive.

 

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Le colloque est organisé en partenariat avec :

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