Association des Parents
et futurs parents Gays et Lesbiens
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| APGL et loi de bioéthique Présentation de lAPGL Créée en 1986, lAssociation des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens regroupe des personnes concernées par lhomosexualité, étant parents ou désirant le devenir. Elle est mixte et composée à ce jour de 64% de femmes et 36% dhommes. Ses adhérents, dont le nombre croit fortement depuis 4 ans, et dépasse aujourdhui 800, sont répartis sur toute la France. Ils sont parents de plus de 400 enfants. Les familles homoparentales regroupent plusieurs situations différentes. Des situations où les enfants sont nés dune union hétérosexuelle antérieure et vivent dans une famille recomposée avec un beau-parent de même sexe. Des situations où les enfants sont adoptés par une personne seule. Des situations où les enfants ont été conçus à létranger, par insémination artificielle ou recours à une mère de substitution. Enfin, certains enfants naissent dans le cadre de projets de " coparentalité ". Deux à quatre personnes sont autour du berceau de lenfant: une mère lesbienne et un père gay, et leurs éventuels compagne et compagnon respectifs. Précisons demblée que si lAPGL lutte contre toutes les formes de discrimination dont les futurs parents, les parents gays et lesbiens, et leurs enfants sont victimes, elle est mobilisée non pas pour une forme ou une autre de conception, mais pour la reconnaissance des familles ainsi constituées. Nous agissons pour que le droit évolue vers un principe dégalité de tous les citoyens. En particulier, lorsquil sagit de leur permettre dêtre des parents reconnus par la loi. Il ny a pas dêtre humain moins digne quun autre dêtre parent. De même, nous luttons pour le principe dune protection identique pour tous les enfants. Notamment en qui concerne les liens quils ont tissés avec leurs parents. Les liens parents enfants doivent perdurer au delà des vicissitudes de la vie des adultes. Séparation et décès ne doivent pas priver brutalement un enfant de tous ses liens au seul motif que la loi ne leur a pas donné de statut. Nous agissons pour une évolution du droit : vers légalité de tous les citoyens, vers une protection égale de tous les enfants. Concrètement, cette lutte pour légalité entre enfants nous pousse à soutenir le statut de beau parents, ouvert aux couples homosexuels. Il importe quau traumatisme dun décès ne sajoute pas celui dune séparation de lenvironnement affectif dans lequel lenfant a été élevé. |
1. Ce en quoi la loi de bioéthique concerne lAPGL2. Ce que nous souhaitons3. Argumentaire4. Nos propositionsNovembre 1999. |
1. Ce en quoi la loi de bioéthique concerne lAPGL La loi de bioéthique du 29 juillet 1994, qui doit être révisée en 1999, traite dun très grand nombre de sujets. La plupart ne concernent pas lAPGL. Ainsi, lAPGL na pas de point de vue spécifique au sujet des recherches sur les embryons, de leurs applications (diagnostic pré-implantatoire, réserve dorganes, traitement de la stérilité) et des questions que ces recherches soulèvent : peut-on créer des embryons pour la recherche, doit-on utiliser les embryons surnuméraires, etc En revanche, nos préoccupations, les travaux auxquels nous avons été associés touchent les domaines suivants : a) La procréation médicalement assistée Larticle L 152-2 du Code de Santé Publique pose des conditions dordre médical et social à la mise en uvre de lassistance médicale à la procréation (AMP) :
Ces conditions excluent la satisfaction des demandes émanant de personnes seules ou de couples homosexuels ou même des paires futur père gay / future mère lesbienne qui souhaitent sengager dans la coparentalité. Dans ce dernier cas, cest la preuve de la vie commune qui fait défaut. Les choix ainsi faits par le législateur " reposent sur la conviction quil faut donner à lenfant à naître le plus de chances dépanouissement possibles en le plaçant nécessairement dans le cadre dun couple traditionnel et consentant " (Rapport n°1407 sur lapplication de la loi de bioéthique du 29/7/94, Alain Claeys et Claude Huriet). b) Lanonymat du don LAPGL est également concernée par le principe général de lanonymat du don inscrit dans le code civil (article L 673-7) et le code de Santé Publique (article L 165-14) quoique dune manière théorique, les couples homosexuels étant, en France, privés de laccès aux techniques de lAMP. Rappelons quune levée de lanonymat est déjà possible pour des raisons médicales (article 16-8 du code civil). Nous pensons quune levée de lanonymat devrait aussi être possible lorsque lenfant souhaite connaître ses origines. Un couple de sexe différent peut jouer la fiction proposée par lAMP ou " oublier " quil na pas conçu , un couple de même sexe ne le peut pas. Dans tous les cas de figure, lAPGL préfère promouvoir la transparence plutôt que le secret, quil sagisse dAMP ou dadoption. Un enfant doit pouvoir accéder à toutes les informations qui le concernent. Pour y parvenir, il faudra, dune part, que létablissement des liens de filiation ne puisse pas être remis en cause par la levée de lanonymat (larticle 10 de la loi de bioéthique prévoit dailleurs que la connaissance des origines ne donnent à ces dernières ni droits ni obligations vis à vis des enfants conçus par IAD). Dautre part il est indispensable de prévoir des mécanismes de soutien et daccompagnement des enfants dans leurs éventuelles recherches afin que les rencontres ne créent aucun traumatisme tant du côté des enfants que des parents géniteurs. c) Les mères de substitution Larticle 16-7 du code civil rend nulle toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte dautrui. Certains pays encadrent légalement la pratique des mères de substitution pour garantir le respect et la dignité de chacun des protagonistes. d) Notre association nest pas spécialement concernée le clonage Notons que le clonage concerne la reproduction dun seul patrimoine génétique et de ce fait ne concerne pas spécifiquement les couples quils soient homo ou hétéro. Les membres de lAPGL ne sont ni plus ni moins concernés par le clonage que nimporte quel citoyen du monde. Si cette technique venait à être autorisée à une catégorie de personnes et interdite à dautres en raison dune discrimination sur lorientation sexuelle, lassociation aurait le cas échéant à se positionner contre cette discrimination. Précisons que lhostilité à cette technique semble unanime au sein de lassociation. 2. Ce que nous souhaitons Les principes que nous défendons : a) Que cessent les discriminations Quil ny ait pas de restriction opposée à des parents potentiels en raison de leur orientation sexuelle. Nous souhaitons donc que toute technique de procréation proposée pour linstant exclusivement aux couples de sexe différent qui ne peuvent concevoir un enfant ensemble, soit autorisée pour les couples de même sexe .Si certaines techniques pour concevoir des enfants sont autorisées, elles doivent lêtre à toute personne en âge de procréer, pouvant justifier dun projet parental cohérent et sengageant à devenir parent. Autrement dit, nous souhaitons que le critère déterminant ne repose plus sur la vraisemblance biologique du projet mais sur lengagement des personnes, quil sagisse de personnes seules, de couples de même sexe ou de sexe différent ou encore de paire constituée dun père gay et dune mère lesbienne. Si des critères permettant de garantir le bien-être de lenfant doivent être satisfaits, comme dans la procédure dagrément pour adopter, la sexualité des candidats ne doit pas en faire partie, quil sagisse de candidats en couple ou de personnes seules. Les études menées jusquà présent poussent à considérer quelle nest pas un critère dirimant quant à la capacité délever un enfant. La sexualité permet de concevoir un enfant (dans la plupart des cas, mais justement pas dans le contexte qui nous intéresse ici : celui des procréations médicalement assistées ou de ladoption). Elle nest pas un critère déterminant quant aux compétences parentales ou éducatives. b) Des liens de filiation basés sur lengagement Comme nous lavons déjà écrit lors de nos auditions au sujet du PACS devant le sénat (27/1/99) et au sujet du droit de la famille devant la commission " droit de la famille " (1/2/99), nous souhaitons que les liens de filiation ne soient pas basés uniquement sur la vérité biologique mais également sur lengagement et la responsabilité. Notre analyse repose sur les notions de filiation biologique, légale, sociale. Tout enfant a ainsi nécessairement des origines biologiques. Cette filiation biologique doit être distinguée de la filiation légale (ayant des conséquences en matière de droits et de devoirs), et de la filiation sociale (permettant des actes au quotidien et une possibilité de témoigner légalement de son engagement vis à vis de lenfant). Dans la plupart des cas, ces filiations sont superposées. Dans le cas des familles recomposées, des familles adoptives, des familles ayant eu recours aux techniques de procréation médicalement assistée et les familles homoparentales, elles sadditionnent. A titre dexemple des propositions de notre association, nous souhaitons notamment quun " livret de lenfant " matérialise les liens de lenfant avec son environnement familial : y seraient réunis ses origines et ceux qui se sont engagés pour le conduire vers lâge adulte. Autre piste que notre association entend suivre : nous souhaitons quune plus grande place soit fait, en terme de droits, aux engagements que peuvent prendre les différents parents à légard de lenfant. Par rapport à ces grands principes que nous venons de rappeler, quelles sont les revendications concrètes de notre association ? Revenons aux techniques de procréation médicalement assistée dont légal accès est souhaité par les futurs parents gays et lesbiens. Dans tous les cas de figure que nous allons détailler ci-dessous, il ne sagit pas de faire naître un enfant de deux mères ou de deux pères. Nous souhaitons quil y ait tout à la fois toujours place pour les origines biologiques de lenfant et pour des parents qui ne lont pas conçu ensemble mais qui lont désiré, quelque soit le moyen de procréation. A linverse, le primat du biologique qui règne actuellement et les difficultés du parcours de ladoption poussent certains à procréer à tout prix, quil sagisse des couples stériles de sexe différent ou de même sexe. Quelles sont les techniques de reproduction dont nous souhaitons voir le droit évoluer ? Pour un couple de femmes, les possibilités sont les suivantes :
Une solution assez souvent envisagée ( 57 % des projets parentaux selon une enquête menée en 1998 auprès de 206 adhérents de lAPGL) est la coparentalité. Deux à quatre parents veillent sur lenfant: des parents biologiques : une mère lesbienne et un père gay, et leurs éventuels partenaires respectifs, qui prêt à sengager vis à vis de lenfant dés sa conception, sont de fait des parents sociaux. Nous souhaitons que la PMA soit ouverte aux projets de coparentalité. Pour un couple de gays, la solution est le recours aux mères de substitution :
Dans tous les cas, quil sagisse dIAD, de dons dovocyte, de mères de substitution et même de clonage, il ny jamais denfants qui naissent de deux personnes de même sexe. Il y a des techniques de reproduction qui ne sont pas autorisées aux couples de même sexe pour des raisons basées sur des préjugés qui laissent à penser que les gays et les lesbiennes ne seraient pas des parents " convenables ". 3. Quels arguments apportons nous en support à nos revendications ? Rappel des arguments qui motivent lexclusion des couples homosexuels et des célibataires des procédures de PMA La loi de bioéthique de 1994, selon le rapport sur son application remis en 1999, motive lexclusion des célibataires et des couples homosexuels des procédures de PMA par la conviction que " lenfant à naître trouvera le plus de chances dépanouissement possible dans le cadre dun couple traditionnel et consentant ". Bien que la loi ne précise pas davantage la motivation de cette exclusion, on peut supposer quil y a également des arguments concernant lordre social et les fondations de la société, comme ceux quon a pu entendre pendant le débat au sujet du PACS. Les craintes qui sous-tendent ces arguments sont donc de deux types : lintérêt des enfants, la défense de lordre social. Quelles réponses apportons-nous à ces arguments ? a) Des craintes pour lintérêt des enfants Ces craintes sont de plusieurs ordres, elles portent dune part sur le développement des enfants et dautre part sur les compétences parentales des gays et des lesbiennes. Concernant le développement des enfants, les psychologues sont préoccupés le plus souvent par le risque de troubles de lidentité sexuelle, de lestime de soi, de lorientation sexuelle (nous le citons, mais quant à nous, nous nestimons pas quil pourrait sagir dun trouble !), des troubles pathologiques graves : psychose, psychopathie etc. Labsence de travaux en France rend nécessaire lexamen des études réalisées pour la plupart outre-atlantique et pour certaines outre-manche. Dans ces pays, le recul est suffisant : les jeunes élevées dans des familles gayes ou lesbiennes y ont atteint la trentaine. Nous avons recensé plus de 200 articles publiés dans des revues scientifiques sur ce sujet. Nous avons rassemblé leurs références dans un " petit guide bibliographique à lusage des familles homoparentales et des autres " édité par lAPGL en 1997. Ces études concluent toutes que les enfants élevés dans ces familles ne présentent ni plus ni moins de troubles que les enfants élevés dans des familles plus classiques. Ce quencourent nos enfants, cest le discours homophobe des cours décole et dailleurs. Mais seriez-vous daccord pour empêcher une catégorie de citoyens de devenir parent au prétexte que leur ethnie, leur religion ou leur culture les désigne au racisme ou à la discrimination ? Le chemin de nos enfants vers lâge adulte est parsemé de petites et grandes différences qui feront au total leur richesse. Concernant les compétences parentales, certains ont été jusquà écrire que les pères gays seraient plus souvent des pères maltraitants ou qui abuseraient de leurs enfants. Que les mères lesbiennes seraient moins maternelles que les autres. Ou encore que les gays et les lesbiennes seraient des malades mentaux. Loutrance, le ridicule de cette dernière thèse ne méritent pas de commentaire. Quant aux autres points, les études américaines comparatives montrent quil nen est rien. (Charlotte Patterson, Summary of research findings, American Psychological Association 1996) En France, le préjugé le plus répandu est celui selon lequel, dans une famille homoparentale, il y aurait nécessairement négation de lautre sexe et que par conséquent, un garçon élevé par un couple de femmes ou une fille élevée par un couple dhommes, ne pourrait développer harmonieusement son identité sexuelle, son sentiment dêtre un garçon ou dêtre une fille. Dans ce contexte, un enfant aurait une perception déformée de lhumanité, puisquil serait privé dune moitié de cette dernière. En poussant le préjugé à lextrême, de telles familles contribueraient à la guerre des sexes et à la constitution de deux mondes étanches : celui des hommes et celui des femmes. Ce préjugé est si tenace, que les études qui ne le confirment pas, et elles sont très nombreuses (les références bibliographiques de ces études sont contenues dans le petit guide que nous éditons), sont systématiquement dénigrées (cf Serge Bakchine, "Homosexualité, mariage, famille : et la nature ? " Le Monde du 19 novembre 1997.) Cependant, ne serait ce que lexistence de lAPGL et sa mixité, montre que la négation de lautre sexe nest quun préjugé non confirmé par la réalité. Une enquête menée auprès des adhérents de lAPGL en 1998 montre que la plupart des projets des hommes gays sont des projets de coparentalité (une mère lesbienne, un père gay). Les couples de femmes qui ont recours à lIAD à létranger, choisissent des figures masculines de référence dans leur entourage. Quand bien même elles nen feraient rien, nous vivons dans une société mixte et lenfant peut y puiser des figures didentification. La légalisation des pratiques de procréation que nous avons recensées ci-dessus en permettrait un encadrement par la loi ; elles seffectueraient dès lors dans des conditions de sécurité maximum pour le développement futur de lenfant. Ainsi, dans les pays où la loi ninterdit pas aux lesbiennes davoir accès à la procréation médicalement assistée (en Europe : il sagit du Royaume Uni, des Pays Bas, de la Belgique), des protocoles se sont mis en place pour traiter les demandes. Les candidates sont soumises à un certain nombre dentretiens qui ont pour but de sassurer de lenvironnement dans lequel naîtra lenfant. En Belgique, les projets de couple sont nettement favorisés, quil sagisse dun couple de lesbiennes ou dun couple constitué dun homme et dune femme. Le projet parental dune femme seule est considéré comme porteur de risques pour lenfant, et a moins de chance de se voir accepter par crainte dune trop grande fusion entre la mère et lenfant. Lorsquil sagit dun couple de lesbiennes, le psychologue tentera de faire préciser à celle qui ne portera pas lenfant, sa position et son rôle ; de faire réfléchir le couple sur labsence de père et la terminologie quelles adopteront pour parler du donneur. Un déni manifeste de lautre sexe conduirait à un échec de la demande. Le degré de connaissance et dacceptation qua la famille élargie de chacune delles au sujet de leur homosexualité et de leur projet parental est un critère déterminant pour que la candidature soit acceptée. Le fait davoir caché à sa famille le projet davoir un bébé ou le fait dêtre lesbienne, signe selon léquipe belge, une préparation insuffisante à laccueil dun enfant dans un tel contexte. Les enfants nés en Belgique sont suivis par léquipe qui a aidé à les mettre au monde. Ces pratiques et le fait que les enfants, en grandissant, ne remplissent ni les prisons, ni les hôpitaux psychiatriques, mettent eux-mêmes des enfants au monde, apportent leur contribution à la société et ne témoignent pas avoir été plus malheureux que dautres devraient contribuer à combattre lidée que " lenfant à naître trouvera le plus de chances dépanouissement possible dans le cadre dun couple traditionnel et consentant " et seulement dans celui-là. Encore une fois, cest lexistence dun projet parental cohérent, cest à dire engageant une ou plusieurs personnes envers lenfant et la société, qui constitue le critère pour être parent. b) Des craintes concernant latteinte à lordre social, lordre symbolique. Ladoption par un couple de même sexe, laccès aux techniques de PMA par les lesbiennes, semblent menacer pour certains les fondements de la société, être une atteinte à lordre symbolique. Cette inquiétude nest pas du même type que celle concernant lintérêt des enfants et ceux qui la mettent en avant disent même quils sont convaincus que les gays et les lesbiennes peuvent être de très bons parents. Ce qui porte atteinte à lordre symbolique serait quun enfant puisse avoir deux pères ou deux mères, ou avoir une autre configuration comportant plus quun seul père ou quune seule mère. Le flou est habilement utilisé dans ce genre de formulation qui jette un certain effroi en laissant penser quun enfant aurait des géniteurs de même sexe. Précisons la formulation au regard des développements que nous avons faits sur les notions de parents biologiques, légaux et sociaux. Il ne sagit pas pour un enfant davoir des parents géniteurs de même sexe mais davoir toujours à lorigine des parents biologiques et dans la vie, dans la loi et pour la société, des parents légaux et sociaux qui peuvent avoir ou non le même sexe. Comme nous lavons déjà dit, un enfant a plusieurs filiations : une filiation biologique avec des parents de naissance ou encore géniteurs, une filiation légale et une filiation sociale. Ces deux dernières filiations pouvant se confondre avec la filiation biologique ou sen détacher et se répartir sur une à quatre personnes comme dans les familles recomposées (parents et beaux-parents) ou dans la coparentalité (parents biologiques et co-parents) ou encore dans ladoption (parents de naissances et parents légaux). Nous préférons à un modèle qui substitue, un modèle qui additionne et rende à chaque acteur sa place et son rôle dans lexistence de enfant, respectant ainsi tous les protagonistes. En effet, il ny a pas de secret pour les enfants élevés dans une famille homoparentale. Il sait toujours qui est qui : parent biologique, parent social. Lordre social, lordre symbolique serait menacé par ce modèle alternatif. Mais quel est cet ordre symbolique ? Selon Irène Théry, il repose sur deux différences fondamentales : la différence des générations, la différence des sexes. Avoir deux parents du même sexe à lévidence ne menace pas la pérennité de la différence des générations. Cest la différence des sexes qui serait mise en péril lorsquun enfant a deux parents de même sexe. Il y a dans cette assertion un présupposé de taille, qui est que cette situation nierait lautre sexe et tairait lorigine sexuée des enfants. Affirmer quavoir des parents de même sexe met en péril la différence des sexes, suppose que ces parents vivent dans un monde qui exclut lautre sexe et élève lenfant dans un monde clivé. Cette supposition est une nouvelle formulation du préjugé tenace de la " négation de lautre sexe " Enfin permettre une filiation légale de deux parents de même sexe menacerait la reproduction à chaque génération du modèle " papa, maman, enfants ". Lorsque le législateur a permis ladoption par une personne seule, le modèle classique ne sest pas effondré pour autant. On ne comprend pas bien pourquoi un modèle alternatif minoritaire pourrait remettre en cause quoi que ce soit. Dautres affirment que dans ces configurations, principalement celles où il y a un couple de mères, cest labsence de père qui menace lordre social - absence de père légal ou social, précisons-le - . Car il y a toujours un père génétique et cest la législation actuelle des PMA qui le rend anonyme et le fait disparaître. Dans les travaux psychanalytiques, le père a plusieurs fonctions : - pôle de la triangulation nécessaire au développement du sujet - pilier didentification - incarnation symbolique de la loi. Or, toutes ces fonctions du père peuvent être attribuées à un(e) autre que le père génétique. Il nest pas dailleurs pas prouvé quil faille que ce soit un homme. Un tiers, homme ou femme, dont la mère est amoureuse, qui rompt la relation trop fusionnelle mère/enfant et interdit linceste, pourra remplir les fonctions de triangulation et de représentant de la loi. Quant au pilier didentification, des pédopsychiatres (Maryvonne Guillen) disent eux-mêmes quil nest pas nécessaire que ce pilier appartienne à la cellule familiale. Lorsque lautre sexe nest pas nié, il ny a pas de raison que lenfant ne puisse trouver dans son environnement proche les figures qui lui conviennent pour son développement. 4. Conclusion Nouvelles propositions a) Les principes et le bonheur sont-ils compatibles ? Comme lexpliquent Axel Kahn et Fabrice Papillon (" Copies conformes "), léthique dominante en France et en Europe continentale est radicalement différente de lapproche anglo-saxonne. La France se réfère à des principes préexistants, qui dictent ce que les citoyens peuvent faire. Lapproche anglo-saxonne base sa morale sur une conception utilitariste de la vie sociale " le principe du plus grand bonheur, soutient que les actions sont bonnes dans la mesure où elles tendent à augmenter le bonheur, mauvaises en tant quelles tendent à en produire le contraire " (JS Mill, Utilitarianism, 1863). Ainsi les lois doivent selon léthique anglo-saxonne, interdire ce qui peut nuire et permettre ce qui apporte du plaisir et ne nuit à personne. Tandis que de son côté, lapproche française légifère en fonction de principes tels que la dignité humaine ou lordre public, lindisponibilité des personnes mais ne se soucie guère du bonheur des citoyens. Ces deux approches déterminent la manière dont les juges apprécient les situations nouvelles. Dans un cas, le juge cherchera le meilleur intérêt des parties, dans lautre il se réfèrera au dogme. Elles déterminent également la manière dont les lois vont traiter les revendications des minorités. Dans un cas, si elles ne nuisent pas à la majorité et si elles apportent un bien, les revendications seront satisfaites et des nouvelles dispositions seront rédigées. Par exemple, aux Etats-Unis, ladoption par le second parent (de même sexe ou non) est autorisée dans plusieurs états, permettant ainsi une meilleure protection de lenfant. Dans lautre cas, les minorités seront laissées à la marge dun système dont luniversalisme peut se représenter comme un noyau excluant tout ce qui lui est périphérique. Au nom dun principe, disons lordre symbolique, on privera des milliers de familles dun statut et du soutien de lEtat. Peut-on concevoir une approche éthique certes basée sur des principes mais qui sadapteraient au bien-être des citoyens ? De nombreuses études de tous ordres montrent que lhomoparentalité ne nuit ni au développement de lenfant,,ni au bien être des parents. A partir de là, il appartient à la loi de donner une place à tous ceux qui ont rendu possible la venue au monde de lenfant et qui sengagent auprès de lui. b) Nouvelles propositions Les propositions qui suivent, qui ne concernent pas uniquement lhomoparentalité, vise à redonner à chacun sa place nécessaire.
Il appartient à la loi de donner une place à tous ceux qui ont rendu possible la venue au monde de lenfant et à tous ceux qui sengagent auprès de lui. La filiation juridique doit être cohérente avec la réalité vécue afin que lenfant se sente en sécurité. Par exemple, pour un enfant né par insémination artificielle, il y a trois personnes importantes : un parent biologique sans droit ni obligation vis à vis de lenfant et deux parents légaux engagés auprès de lenfant. Ces deux parents peuvent être de même sexe ou non. De même, en ce qui concerne ladoption, un enfant issu dun homme et dune femme, verra ces deux personnes reconnues comme des parents de naissance et pourra être adopté, si ces deux personnes sont décédées ou ont renoncé à leurs engagement parental, par deux autres personnes de sexe différent ou de même sexe, mariées ou non, qui deviendront ses parents sociaux, avec tous les droits et devoirs afférent à cette parentalité. En bref, il sagit de ne pas limiter le nombre de parents à deux et mettre en place la possibilité dune parenté additive et non substitutive. Nous proposerons en guise de conclusion quen matière de filiation, on fasse valoir le primat de lengagement et non celui de la nature. Laisser le primat du biologique se pérenniser, cest entériner une représentation de la société dans laquelle les gens nauraient plus de valeurs culturelles à transmettre, la seule transmission sûre serait celle des gênes. Le principe de dignité humaine commande de nexclure aucun être humain de la possibilité dêtre parent, en raison de préjugés sur son ethnie, sa religion, son orientation sexuelle, ses éventuels handicaps physiques, de même quil commande de donner la possibilité à tout enfant de connaître tous les éléments de sa venue au monde. |
Septembre 1999.