Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens
Débathèmes
" LE DROIT ET NOUS "
Intervenant : Mathieu ANDRE-SIMONET
Il existe trois types de liens juridiques dans le rapport parents/enfants :
Quatre cas sont présentés, pour lesquels ces différents liens sont analysés:
CAS 1 : Parent hétérosexuel ayant un ou plusieurs enfants, divorcé ou séparé et menant une vie homosexuelle.
Les deux parents ont reconnu leur enfant ; ils ont donc chacun lautorité parentale. Le droit de garde est une autre notion, différente de celle de lautorité parentale : cest le droit de visite et dhébergement de lenfant. Dans la mesure du possible, en cas de divorce, lautorité parentale est laissée aux deux parents, mais elle peut être donnée à un seul parent par le juge. La question est de savoir si le fait dêtre homosexuel constitue en soi une raison pour se voir refusér lautorité parentale. Sur ce sujet de lautorité parentale, il ny a pas de règle. La deuxième question est de savoir si le fait dêtre homosexuel constitue un handicap pour avoir le droit de garde de lenfant. Là encore, il ny a pas de règle, mais la jurisprudence montre que la garde dans ce cas est en général donnée au parent hétérosexuel. Ce nest pourtant pas automatique : par exemple dans le cas où le parent hétérosexuel mènerait une vie dissolue, la garde serait vraisemblablement donnée au parent homosexuel, si celui-ci bien sûr menait une vie stable. Dune manière générale, sil ny a rien à reprocher au parent hétérosexuel, cest lui qui obtiendra la garde de lenfant. Cest particulièrement clair si cest le père qui est homosexuel. Si cest la mère qui est homosexuelle, celle-ci naura " que " dans 50% des cas la garde de lenfant, ce qui est peu puisque face à deux parents hétérosexuels, dans plus de 50% des cas, la mère obtient le droit de garde. Un père homosexuel qui na pas la garde de son enfant a cependant le droit de voir son enfant. Certaines décisions peuvent apporter des contraintes supplémentaires lorsque le juge considère que le fait que le père est homosexuel peut créer des troubles pour lenfant. On peut par exemple lui demander de ne pas voir son enfant en présence de son ami. Ceci pourra être contrôlé dans le cas où il existe un conflit avec lautre parent et que celui-ci fera vérifier le respect des décisions.
CAS 2 : Un gay et une lesbienne décident davoir un enfant ensemble.
On prend lhypothèse où les parents ne vivent pas ensemble ; cest en général la mère qui a la garde de lenfant et le père voit son enfant un week-end sur deux ou selon larrangement conclu. Le fait de ne pas vivre ensemble pose un problème pour ce qui concerne lautorité parentale. Dans un couple marié, lautorité parentale est conjointe ; dans un couple non marié, lautorité parentale revient à celui qui reconnaît lenfant en premier. Dans un couple concubin hétérosexuel, les deux parents ont un an pour reconnaître lenfant alors quils vivent ensemble. Lorsque lon ne vit pas ensemble, il faut obligatoirement faire une déclaration commune auprès du greffier en chef du tribunal de grande instance sans condition de durée. Si les choses se passent mal entre les parents et que celui qui a déclaré lenfant en premier naccepte pas de venir faire une deuxième déclaration commune, quels sont les droits du parent lésé ? Celui-ci peut saisir le juge aux affaires familiales. Le juge peut alors donner lautorité parentale aux deux parents, mais, là encore, ce nest pas automatique car il décidera en fonction de lintérêt de lenfant. A priori, être homosexuel ne suffira pas à se voir refuser lautorité parentale. Le fait de priver de tout contact un parent se fera pour des raisons exceptionnelles.
On peut reconnaître un enfant officiellement ou par la reconnaissance " par possession détat ", cest à dire par le fait de se comporter vis-à-vis de lenfant comme un parent. La reconnaissance peut se faire à nimporte quel âge si les deux parents sont daccord, mais si la mère refuse, des problèmes se poseront au père pour une reconnaissance après la première année.
Voyons maintenant le cas du parent qui na pas lautorité parentale, soit parce quil ne la pas voulue, soit parce quil ne la pas obtenue. Quels sont ses droits ? Il a le droit de voir son enfant, cest à dire le droit de visite et le droit dhébergement. Il a lobligation dentretien même en labsence dautorité parentale.
Celui qui na pas lautorité parentale a un " droit de surveillance " cest à dire quil doit être informé, notamment sur les sujets importants comme le choix de lécole. Par ailleurs, entre deux parents séparés qui partagent lautorité parentale, sil existe, par exemple, un désaccord entre les deux parents sur le choix du type décole, le juge aux affaires familiales peut être saisi ; il décidera en général que la règle à appliquer est celle qui était appliquée jusque là, sauf sil existe des raisons importantes de changement prouvées par lun des parents.
On aborde alors le sujet du nom porté par lenfant.
Dans le cas dun couple marié, le nom de lenfant est celui du père. Chez un couple non marié, le nom de lenfant est le nom du parent qui a reconnu lenfant en premier. Il arrive quun couple souhaite que lenfant porte le nom du père alors que la mère la reconnu en premier. Si les deux parents sont daccord, cela ne pose pas de problème. En tout état de cause, lenfant ne peut pas porter officiellement les deux noms patronymiques. Par contre, il peut porter en nom dusage lun ou les deux noms de ses parents et dans nimporte quel ordre. Le nom que lenfant transmettra à ses propres enfants sera bien le nom patronymique.
CAS 3 : Un parent homosexuel veut avoir un enfant seul.
Est-il possible davoir un enfant dans ce cas ?
La solution de la mère porteuse est interdite en France.
Linsémination artificielle est réservée aux couples hétérosexuels vivant ensemble depuis au moins deux ans présentant une stérilité pathologique ou dans le cas dun risque de transmission dune maladie grâce à lenfant.
Ladoption plénière donne les même droits que lorsque lon a un enfant par filiation classique, notamment pour ce qui concerne le nom transmis à lenfant.
Ladoption simple ne crée pas de coupure totale avec les parents biologiques ; ainsi les droits de succession des deux familles (biologique et adoptive) sont ouverts à lenfant. Lenfant pourra porter les noms des deux familles.
Le droit dadoption est reconnu aux célibataires. Le fait dêtre homosexuel interdit-il ou non ladoption ?
Il faut pour adopter obtenir un agrément. Lorsque lon déclare son homosexualité, lagrément est a priori refusé. Il reste la possibilité de cacher son homosexualité.
Pour ce qui concerne lami(e) du parent qui a un enfant seul, il nexiste presque aucun droit. Si le couple se dispute et que le parent biologique ne souhaite pas donner de droit à son ami(e), le parent non biologique naura a priori aucun droit sur lenfant en cas de séparation. Lami(e) na aucun de lien de filiation, ni autorité parentale, mais il existe un texte qui dit que dans des circonstances exceptionnelles, une personne peut voir lenfant même si le parent biologique sy oppose, si cest dans lintérêt de lenfant ; ce texte permet au juge de donner la possibilité à lami(e) de voir lenfant. Si le parent biologique qui a lautorité parentale décède, ce ne sera pas nécessairement lami(e) qui aura la garde de lenfant (surtout dans les cas où le second parent biologique a reconnu lenfant) mais des circonstances exceptionnelles liées à lintérêt de lenfant à conserver ses liens affectifs avec ceux qui lui sont les plus proches, peuvent être invoquées. Dans le cas dun couple de lesbiennes où la mère biologique décède et où le père naturel, qui avait également reconnu lenfant mais qui ne sen était pas occupé, revient et demande la garde de lenfant, la loi prévoit que dans des circonstances exceptionnelles, il peut être de lintérêt de lenfant quune tierce personne exerce la tutelle sur lenfant et quelle ait la garde de lenfant sans en avoir lautorité parentale qui restera au père.
Si le parent biologique a laissé un testament qui donne la garde de lenfant à son ami(e), il peut arriver que le juge estime quil est de lintérêt de lenfant que celui-ci soit gardé par ses grands-parents. On peut espérer que sur ce sujet la mentalité des magistrats évolue et que dici une dizaine dannées il soit vraisemblable que la garde soit confiée naturellement à lami(e). Le conseil de famille a lautorité parentale et le tuteur ne peut décider seul des actes graves.
CAS 4 : Deux couples homosexuels, lun gay, lautre lesbien, souhaitent avoir un enfant.
Cest juridiquement quasi impossible que les 4 personnes aient un statut juridique de parent. Lhypothèse pourrait être la suivante : un gay et une lesbienne ont un enfant ; ils partagent donc lautorité parentale. Lami du père gay et lamie de la mère lesbienne se marient et font une adoption simple de lenfant. Le couple biologique donne son nom à lenfant et les droits de succession, le couple adoptif a lautorité parentale .mais le couple biologique perd lexercice de lautorité parentale.
Remarque de Martine à la correction de ce compte-rendu : ce montage nest pas complètement inenvisageable si ladoption simple était autorisée aux couples non mariés. Le compagnon du père gay et la compagne de la mère lesbienne ne seraient pas obligés de se marier, ce serait tout de même plus simple ! et que dautre part, un aménagement de ladoption simple permettrait que les adultes concernés désignent ceux dentre eux qui partageront lautorité parentale.
En conclusion, Mathieu André-Simonet nous invite à le suivre sur trois pistes dévolutions possibles du point de vue juridique.
On peut penser que de plus en plus détudes pourront être faites sur des échantillons larges, notamment concernant le fait que la famille daccueil remplit les conditions requises et a un mode de vie qui permet à un enfant de se développer avec équilibre.
Avril 1998