Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens 

Débathèmes


" Intervention de Robert Neuburger "

Soirée organisée en partenariat avec l’association " Contact "

Robert Neuburger est psychiatre, psychanalyste, thérapeute de couple et de famille à Paris. Vice-président de la Société Française de Thérapie Familiale. Dernier ouvrage paru " Nouveaux couples " chez Odile Jacob.

L’archétype de la norme, c’est la famille PME

Robert Neuburger souligne la rareté des familles correspondant aux schémas classiques. Les familles hors normes se sentent souvent minoritaires alors qu’elles sont en passe d’être les plus nombreuses. Ce sont les familles non-recomposées qui deviennent une minorité. L’ " anormalité " ressentie par les familles minoritaires sert souvent de prétexte quand surgit une difficulté au sein d’un couple. La tentation est grande de rapporter tout problème à l’ " hors-normalité " du couple. La norme absolue est relative, rappelle Robert Neuburger mais elle est aujourd’hui extrêmement rigide. Chacun doit tendre à la perfection : il faut être un bon parent, un bon époux(se), etc.… C’est usant !

L’archétype de la norme, c’est la famille PME : la famille Père – Mère - Enfant. Cette composition est toute récente puisque jusqu’à la fin du siècle dernier la norme était représentée par la famille paysanne de type patriarcal. De multiples relations existaient entre les générations (cousin, cousine, oncle, tante etc.…). Ces multiples relations sont maintenant concentrées sur le père et la mère dans le modèle PME. La famille PME concentre les rôles de la famille patriarcale.

Une nouvelle notion est en train de succéder à la famille PME : le couple. " Faire couple " est quelque chose d’assez nouveau. Robert Neuburger rappelle que le mariage ne crée pas un couple mais une famille. Les mariés ne reçoivent-ils pas très officiellement un livret de famille le jour de leur mariage ? Aujourd’hui, la notion de couple prend de plus en plus d’importance à côté de celle de la famille. Dans le passé, les gens fondaient une famille mais s’ils n’y étaient pas satisfaits de leur sexualité, ils allaient vivre cette dernière ailleurs sans pour autant divorcer ou remettre en cause leurs liens familiaux. Un des mythes essentiels de la famille PME est de vouloir faire coïncider la famille et le couple. Or, l’enfant ne crée pas le couple. D’ailleurs, seuls les couples solides survivent à l’arrivée d’un enfant !

D’autres formes d’organisations familiales voient le jour depuis quelques années : les familles monosexuées, par exemple aux Antilles, les paires mère - fille qui élèvent les enfants de la fille.

Les familles non PME se sentent marginalisées et ont tendance à consulter beaucoup plus que les autres. Pourtant, le schéma de la famille PME traverse une crise et de cette crise émergerons de nouveaux modèles, comme il s’en est créé après mai 68 avec la vie en communauté.

Question : Qu’est ce qui conduit un enfant vers la pathologie ? Quelles seraient les erreurs à ne pas commettre dans l’éducation d’un enfant ?

Robert Neuburger: On ne peut pas remonter l’écheveau de la vie des patients et en tirer des règles. Toutefois, ce qui peut aggraver la pathologie c’est de s’imposer un modèle familial idéal qui ne correspond pas à la réalité profonde vécue par les parents. Par exemple, la situation où la mère doit " regonfler " le père tous les matins pour qu’il paraisse fort vis à vis de l’enfant alors que ce rôle d’autorité ne lui correspond pas. Je pense que les rôles père – mère sont piégeants. Il vaut mieux laisser chacun jouer sa partition selon ses talents.

Je ne suis pas partisan d’une éducation où deux ou plusieurs personnes qui élèvent un enfant, devraient prendre leurs décisions toujours ensemble et simultanément. Cela donne souvent une éducation de type " eau tiède ". De même qu’à deux on finit souvent par voir un mauvais film par compromis. Les deux partenaires d’un couple n’ont qu’assez rarement les mêmes options éducatives…et c’est placer la barre vraiment très haut que d’exiger du couple parental d’être ou de paraître à tout moment en harmonie éducative. Je suis plus favorable à l’autorité alternée, par exemple une semaine chacun. Les enfants comprennent plus clairement les règles du jeu.

Le risque pour l’enfant est qu’il devienne " hypernormé " …

Question : Y a-t-il un risque pour l’enfant à être élevé dans une famille monosexuée ?

Robert Neuburger : Il n’y a pas de problème de structuration car la famille n’est jamais isolée. Il y a toujours un entourage bisexué. Un des risques pour des enfants nés de parents homos est qu’il devienne " hypernormé " par réaction.

Question : Entre responsabilité et insouciance face au désir d’être parent lorsqu’on est homo, que choisir ?

Robert Neuburger : Avant la pilule, il y avait les enfants qui " arrivaient … et il y avait les enfants adoptés, fruit d’une réflexion et d’un désir des parents. Depuis la pilule, tous les enfants sont " adoptés ", car ils sont pensés, décidés. Alors homo / hétéro, même combat, même choix.

Enfin, la notion de deux sexes est très occidentale et très appauvrissante. Il y a d’autres civilisations où il y a beaucoup plus que deux sexes. Ainsi, dans les WC de la Sorbonne, il est fait allusion à au moins trois sexes : certains portent la mention " femmes ", d’autres " hommes ", et les derniers " professeurs "…

Juin 1998

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