Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens
Débathèmes
Intervenant : Maryvonne Guillen
Lacan disait et répétait à l'envi que la réponse à une question était déjà contenue dans la question. Cela semble tellement être le cas ici que je l'ai reformulée pour ma part sur le mode en cascade : "Faut-il le dire à nos enfants, et, si oui, quand et comment?"
Cependant elle demande, même telle quelle, bien des précisions et d'autre part, la situation des enfants élevés par des parents homosexuels recouvre des réalités si dissemblables qu'il est de toute façon bien difficile de se situer en expert là où chaque situation devrait être envisagée de façon singulière.
Je me contenterai donc d'énoncer quelques principes au fur et à mesure du déroulement de la question.
Premièrement, donc sur le "faut-il"?
Rappelons que notre histoire est, et surtout sera, celle de nos enfants et donc les concerne. On sait et l'on constate de plus en plus les effets dévastateurs des "secrets de famille", parfois sur plusieurs générations. En ce sens, le principe général incite donc à ce que les enfants sachent au mieux ce qu'il en est de leur situation (de leur "être au monde") et de celle de leurs parents, au plus près de leur vérité.
Par ailleurs, l'effet de "révélation" est, on le sait, extrêmement traumatisant et conduit donc à parler de la situation le plus tôt possible et le plus simplement possible pour que les enfants "vivent avec" ces données, aux différents niveaux d'intégration et de compréhension de leur âge, de leur propre maturité et du contexte.
Oui donc, en théorie, mais il faut distinguer deux sortes de situations.
L'autre forme de situation ouvertement vécue est celle du conflit parental et/ou familial, la plupart du temps dans le cadre d'une séparation. Il y a là une nécessité absolue de parler à l'enfant, quelle que soit la situation et quel que soit son âge afin d'une part de consolider le désir sur lequel il s'origine (base de sa construction de personnalité) mais aussi d'autre part d'assumer les choix actuels, y compris et avant tout celui de rester parent à part entière.
Si l'origine de l'enfant est en cause du fait de la relation homosexuelle (adoption, IAD), il semble que l'information par rapport à leur spécificité soit à apporter tout naturellement en même temps que l'information "générale", puisqu'il existe forcément un père et une mère "de naissance", quels que soient les aléas de parcours de l'une ou l'autre "petite graine". Tout le monde s'accorde, je crois, à penser que cette information repérante sur la différence des sexes et l'origine de l'enfant doit être apportée essentiellement entre trois et six ans de façon formelle (bien avant dans le vécu sensoriel et inconscient de chacun).
Je reviens cependant sur le "faut-il", car ce verbe falloir renvoie au manque, pour préciser que le manque est partout, constitutif de l'être humain, que le manque des enfants est partout, correspondant à ce que nous ne pouvons leur donner en tant que parents et que la constatation du manque ou du mal-être de l'enfant conduit souvent les parents "atypiques" à soupçonner ou à incriminer leur différence alors qu'elle n'est pas toujours ou/et pas seule en cause.
Le dire donc, certes, mais dire quoi?
Annonce-t-on habituellement à ses enfants que l'on
est hétérosexuel? Ou que l'on a telle ou telle pratique dans ce domaine? Le sexuel est
à peu près le seul domaine où peut prendre place l'horrible "tu comprendras plus
tard
" car si l'on peut expliquer la "mécanique", que dire du plaisir
avant que le corps ne soit prêt? Mais si la barrière des générations et de la
génitalité doit ici jouer son rôle, sachons que les enfants sont en revanche tout à
fait à même d'entendre et de comprendre ce qu'il en est de l'amour avec une simplicité
et une tolérance dont bien des adultes sont devenus incapables.
Leur expliquer que l'on aime telle ou telle personne (et non un sexe) ne me semble pas
dès lors si compliqué que cela doive devenir affaire de professionnel.
Dire, oui, mais "quand et comment?"
Il me semble avoir, chemin faisant, déjà répondu au "quand?" qui serait donc :
Quant aux "comment?", je me contenterai là encore d'énoncer quelques principes. Si en ce qui concerne le cadre, un entretien de vive voix, seul(e) ou avec le coparent est toujours souhaitable, la seule exception me semble être la disparition possible (maladie, Sida en particulier) où un écrit pourra être nécessaire à l'enfant pour se repérer ultérieurement lorsqu'il lui sera transmis.
Comme tout ce qui concerne l'histoire familiale, les choses seront souvent dites en plusieurs étapes, en s'adaptant aux capacités de compréhension et de "métabolisation" de l'enfant, à ses questions éventuelles au fur et à mesure de son évolution. L'important reste qu'on en ait déjà parlé auparavant, depuis le plus jeune âge, même avec d'autres mots, qu'il n'y ait pas de secret.
Dire ce qu'il en est de soi concernant ses désirs et ses choix amoureux peut être très simple ou très difficile (difficile, précisons-le, ne signifie pas impossible) selon que l'on est ou pas habitué à parler de soi, en général et à ses enfants en particulier, mais il n'existe là aucun discours prêt-à-porter dont nous, professionnels, serions détenteurs et je renvoie donc là chacun à son langage, c'est-à-dire à lui-même.
En revanche, il semble aussi qu'il faille parler de ce qu'il en est des "autres" et de ce qu'on peut en constater. Et que si pour la plupart de ces autres, la situation de parent et/ou de l'enfant n'est qu'une singularité parmi d'autres, il existe aussi des intolérances, des rejets, des mots qui choquent qu'il faudra citer afin d'aider l'enfant à se prémunir contre de telles remarques. Il doit être conforté dans la valeur de ce qu'il est intrinsèquement et dans la validité de ceux qui l'entourent. Le rappel de la loi et de ses conséquences peut je pense y contribuer grandement, en faisant là intervenir un tiers reconnu par tous.
Quant à un discours global de tolérance qui pourrait soutenir et même précéder ce dire, il s'agit là bien sûr d'idéologie qui, comme on le sait, n'intéresse pas la psychiatrie
Compte-rendu du débat entre les membres de l'APGL et Maryvonne Guillen sur le thème "Quand et comment le dire à nos enfants?"
APGL : A quel âge peut-on prévenir les enfants qu'ils risquent de subir des attaques verbales (cadre scolaire notamment)?
MG : Le plus tôt possible. En effet, les attaques verbales circulent en primaire, parfois même en maternelle. Il serait souhaitable de leur en parler en même temps que l'on apporte l'information sexuelle, entre trois et six ans. Expliquer aux enfants que nous vivons une situation un peu particulière et que cela ne plaît pas à tout le monde. Par conséquent, ils risquent d'être agressés avec des mots parfois violents. Dire quels sont ces mots et qu'ils veulent simplement dire que papa aime un homme et, ou, maman aime une femme. Cette information fait partie d'un discours général de tolérance (racisme, religion, situation sociale )
APGL : Faut-il le dire au maître ou à la maîtresse?
MG : Ca dépend de la maîtresse ! Chaque enseignant a sa propre personnalité. Un enfant peut avoir des ennuis pour toutes sortes de raisons, mais forcément on mettra ça sur le compte de l'homosexualité des parents.
APGL : Pour quelles raisons aurait-on envie de le dire? Ne risque-t-on pas d'étiqueter l'enfant? Et puis revient toujours le moment où l'enfant doit dessiner sa famille.
Plusieurs exemples ont été cités au sein de l'assemblée. En général, les enfants dessinent leur famille sans ambiguïté.
APGL : Chez un enfant, quels sont les signes montrant la nécessité de discuter?
MG : Je pense qu'il n'y a pas de signes représentatifs. Les seuls signes seraient que l'enfant parle lui même de ce qui se passe. Cette démarche se fera uniquement si l'enfant a reçu au préalable les mots pour le dire. Si il y a des tabous, l'enfant se taira. De toutes façon, certains enfants ne parlent pas, même si ils possèdent les termes pour s'exprimer. Ce manque d'expression peut être lié à un sentiment de honte, et malheureusement, la honte se transmet de génération en génération. Il existe chez un enfant des tas de raisons d'avoir honte. Si on trouve l'occasion, on peut expliquer à l'enfant qu'il n'est pas responsable des actes, de la manière de vivre, du vécu de ses parents. Il semblerait que pour des parents divorcés, il en soit pas toujours évident de capter le pourquoi de certains malaises chez leurs enfants. La vie, avec leurs enfants, n'étant pas partagée au quotidien, peut induire un sentiment de culpabilité en rapport avec l'homosexualité. Si l'enfant ne se sent pas bien le week-end de visite, il s'est peut-être passé quelque chose qui l'attriste dont le parent divorcé n'est pas forcément au courant.
APGL : N'est-il pas mieux de donner à chacun des parents une appellation différente? L'utilisation de termes déjà existants, parrain, marraine peut apporter des ambiguïtés?
MG : Il s'agit ici d'un vrai problème de langage car il n'y a pas de mot "homo"logués pour désigner la compagne ou le compagnon du parent. Soit, il faut inventer un mot, mamou, mamina, papinou soit faire croire qu'il y a deux papas, deux mamans. Ceci je pense n'est pas vrai car il existe un papa plus un parent (sans nom) et une maman plus un autre parent (sans nom). Chacun doit trouver le terme.
APGL : Pensez-vous qu'il soit préférable de donner un surnom que d'utiliser le prénom de l'autre parent?
MG : Je ne sais pas. Mais je pense que le surnom est plus approprié que parrain, marraine car ces termes sont déjà pris. L'important est que l'enfant soit repéré, qu'il sache qui est son papa, sa maman et les personnes qui l'entourent. Laissez l'enfant s'exprimer et faire son choix. Si je cite mon exemple personnel, ma fille a attendu d'avoir 22 ans pour m'appeler Maman ! Jusque là c'était par mon prénom.
APGL : Les parents homosexuels n'ont-ils pas tendance à croire que leurs enfants, si ils manifestent des souffrances, souffrent à cause de leur homosexualité?
MG : Oui, en effet. C'est une tendance, mais les enfants souffrent pour toutes sortes de raisons. Les enfants d'homosexuels que je vois dans ma pratique ne viennent pas forcément parce que leurs parents sont homosexuels. Si l'on compare le nombre d'enfants issus ou vivant dans des familles homosexuels et le nombre de ces mêmes enfants qui viennent en consultation pédopsychiatrique, on est dans un rapport d'environ 1%, même pas le cas de la population standard.
APGL : Dans le créneau d'âge que vous avez donné tout à l'heure (3-6 ans), est-ce que cela a un sens de verbaliser un amour avant trois ans?
MG : Oui. Cela a toujours un sens. Le créneau de trois à six ans est pour l'information sexuelle, mais l'amour bien avant, sans aucun doute. Même si cela leur passe, apparemment, au dessus de la tête.
APGL : Est-ce que parler du plaisir sexuel aux enfants, ne serait pas pour eux, une manière de comprendre l'acte sexuel?
MG : L'acte sexuel dénué de plaisir apparaît comme quelque chose de dégoûtant (pour tout le monde d'ailleurs) . Oui, on peut parler du plaisir aux enfants mais il est indispensable d'insister sur le fait qu'ils ne peuvent pas comprendre. Le plaisir ne leur est pas perceptible tant que leur corps n'est pas prêt.
APGL : Le créneau de 3-6 ans correspond à quelles étapes du développement de l'enfant?
MG : Cela correspond à un stade de développement de curiosité intellectuelle. Les enfants ont à ce moment suffisamment de repères dans le temps et l'espace. Sur le plan affectif, cette période est très importante car elle possède des émois affectifs très très forts.
APGL : Si l'enfant ne manifeste pas de demande particulière entre trois et six ans, faut-il devancer la demande? Pourquoi l' "encombrer" avec des choses qu'il n'a pas sollicitées?
MG : C'est vrai. Bien que la demande soit très polymorphe et se pratique souvent par le biais de perches tendues aux parents. Par contre, la barrière des six ans n'est pas inutile. L'information sexuelle doit être donnée avant six ans, avant l'entrée au CP.
Au CP, les enfants se trouvent confrontés à des plus grands qu'eux qui leur donneront de toute façon une information sexuelle, à leur "manière". Il est souhaitable que les enfants aient reçus au préalable des paroles d'adultes auxquelles ils peuvent se rattacher.
APGL : Que recouvre l'information sexuelle?
MG : En ce qui concerne la reproduction, c'est l'histoire des petites graines. Celle du papa, celle de la maman qui vont se rencontrer dans la poche à bébé (attention quand même à ne pas tout mélanger, rien à voir avec le ventre et les pipis cacas, la notion de "poche à bébé" est très importante). Pour ce qui est de la vie sexuelle, on peut leur dire que c'est se faire des câlins avec le sexe pour le plaisir ! Les enfants comprennent très très bien la mécanique.
APGL : Un enfant ne peut comprendre ou accepter la duplicité. Avez-vous déjà rencontré des enfants vivant dans le cadre de la coparentalité? Comment l'enfant analyse la relation de ses parents?
MG : Je ne connais pas ce cas, mais l'enfant sait avec certitude qui le parent aime. Qui est sa maman et qui elle aime. Qui est son papa et qui il aime. Le mot duplicité n'a pas sa place dans une relation coparentale. Dans le cadre de la coparentalité, si la situation est claire pour parent & enfants, je ne vois pas où il peut y avoir des troubles. Papa aime un homme donc il ne vit pas avec Maman. Maman aime une femme, donc elle ne vit pas avec papa. Mais ils ont dû se rencontrer pour mélanger leurs petites graines parce que tous les deux (ou trois ou quatre) voulaient un enfant.
APGL : Si l'enfant a été conçu par insémination artisanale ou artificielle (quelque soit la combinaison parentale) faut-il l'informer de la spécificité de se conception?
MG : Oui. Bien sûr. Lui expliquer que pour lui la petite graine du papa, on l'a mise dans un tube puis on l'a déposée dans la poche à bébé de la maman.
APGL : C'est pas très romantique !
MG : Rien n'est romantique. Lorsque l'on décrit un acte sexuel, ce n'est pas non plus romantique.
APGL : Oui mais cela peut-être transcendé par l'amour.
MG : Bien sûr, à côté de l'explication, il est évident qu'il faut leur dire qu'on désirait un bébé et pourquoi.
APGL : Il peut comprendre qu'il n'est pas né d'un acte d'amour?
MG : Mais c'est un acte d'amour !
Le débat prend ici un déroulement anarchique. Toute la salle réagit et de nombreuses remarques sont lancées. Certains pensent que l'acte visant à concevoir un enfant par insémination artificielle ou artisanale, n'est pas un acte d'amour. D'autres pensent que sans amour cet acte n'aurait pas lieu. "Il n'y a pas d'amour dans l'acte mais c'est un acte d'amour".
Maryvonne Guillen recentre le débat en soulignant que l'enfant a besoin de savoir qu'il a été désiré. Il lui semble aussi qu'il est plus facile pour un enfant d'être né d'un profond désir, quelque soit le type de sa conception, que d'avoir été abandonné (adoption).
MG : Il ne faut jamais dire à un enfant qu'il n'est pas né d'un acte d'amour. Un enfant ne peut concevoir que le fait qu'il ait été porté par un désir et par un acte d'amour (amour entre les parents). Un enfant issu d'un viol ne doit pas le savoir, pas tout de suite.
APGL : Pouvez-vous approfondir? doit-on faire croire aux enfants que les coparents se sont aimés? Faire croire que les parents géniteurs se sont aimés?
MG : Je pense qu'il ne faut ni leur dire qu'ils se sont aimés, ni leur dire qu'ils ne se sont pas aimés. On a désiré leur venue au monde et ils sont issus d'un rapprochement sexuel entouré d'amour. Ce n'est pas un mensonge. C'est quelque chose qu'on ne doit pas dire. Le sexe, sans amour, un enfant ne peut pas le comprendre. Si il n'y a pas de sexe, il y a le petit tube avec la graine tout simplement. Les enfants ont besoin de savoir qu'au moment de leur conception il y avait de l'amour (sous toutes ses formes).
APGL : Pouvez-vous nous donner des exemples de cas d'enfants qui ont des problèmes à cause de l'homosexualité de leurs parents?
MG : On rencontre en général deux cas.
APGL : Dans le premier cas, est-ce que côtoyer d'autres enfants par exemple au sein de l'APGL peut aider l'enfant en difficulté?
MG : Oui, c'est une aide importante, mais il aura fait déjà du chemin quand il arrivera à l'association. le plus difficile sera de la convaincre à venir.
APGL : Certains enfants manifestent un grand contentement lors des premières rencontres mais se lassent rapidement, pourquoi?
MG : Ils ont peut-être simplement besoin de vérifier qu'ils ne sont pas seuls à vivre cette situation.
APGL : En cas de séparation (couple hétérosexuel), alors que les enfants sont adolescents, quel doit être le comportement à adopter, vis à vis de l'annonce de l'homosexualité d'un des parents?
MG : J'ai signalé que l'adolescence est la plus mauvaise période pour annoncer une homosexualité. Je pense que si vous êtes confrontés à cette situation, il est préférable d'attendre un peu. Que les enfants soient dans une période plus stable, qu'ils aient leurs propres repères.
APGL : Comme il arrive parfois que les enfants n'expriment pas leurs éventuels ennuis, peut-on les aide à "vider leur sac"?
MG : Ce n'est pas une situation évidente, mais je pense qu'il est bon de poser quelques questions de temps en temps. Avoir un discours global sur les différents problèmes que l'on rencontre à l'école et y glisser l'homosexualité.
APGL : Comment un enfant traverse-t-il la période dipienne lorsqu'il est élevé dans une famille homoparentale?
MG : Comme les autres ! La question dipienne, c'est la question du tiers. Etre tiers c'est une fonction, comme être père ou être mère. Un homme peut très bien assurer une fonction maternelle, une femme une fonction paternelle. Une fonction paternelle, c'est être porteur de la loi. Avoir des repères précis et faire en sorte que l'enfant ne soit pas le "tout" d'une mère. Que celle-ci a un désir amoureux pour quelqu'un d'autre.
APGL : Il court actuellement une crainte théorique qu'un enfant de famille homoparentale ne puisse construire son identité sexuelle, qu'il ne sache pas s'il est homme ou femme.
MG : Dans toutes les études longitudinales qui ont été menées sur les enfants issus de parents homosexuels, ce n'est pas le constat que l'on fait. Ces enfants ne présentent pas plus de troubles d'identité sexuelle que les autres.
APGL : Prenons le cas d'une coparentalité avec un père, une mère biologique bien identifiés et une IAD dans un couple féminin. A partir du moment où le rôle du père, de mère, est porté d'une façon ou d'une autre, y a-t-il une différence ou est-ce assimilable?
MG : Je pense effectivement que la fonction de père ou de mère n'est pas une fonction sexuée. On peut très bien être femme et assurer une fonction paternante ou être homme et assurer une fonction maternelle.
APGL : Cela sous-entend t-il que dans un couple homo, l'un doit assurer un rôle maternel et l'autre un rôle paternel? Est-ce immuable?
MG : Non. Ce n'est pas immuable. Mais d'abord la fonction dipienne c'est quoi? C'est le désir pour l'enfant d'être tout pour sa mère. Qu'en dehors de lui, sa mère n'ait aucun besoin et qu'à lui seul il puisse tout combler. L'dipe intervient ici pour couper ça, pour se heurter au "pas tout". L'enfant est important mais ne représente pas tout, la mère a d'autres besoins. Elle est amoureuse de quelqu'un d'autre ou a des activités qui lui sont nécessaires (les personnes seules n'ont pas forcément de relation amoureuse).
Ce schéma est le même pour fille et garçon quelque soit leur combinaison parentale.
APGL : Dans un exemple de coparentalité, le triangle dipien a plus de chance de se faire entre les deux femmes. Dans une telle configuration, le père n'est-il pas écarté de ce triangle? peut-on parler de quatuor dipien?
MG : je pense qu'il y a deux triangles ; L'enfant joue de sa toute puissance des deux côtés. Qu'il y ait une ou deux personnes de part et d'autre. Il ne faut pas se laisser prendre par les termes. Mère = fonction maternante. Quand l'enfant se retrouve avec son père qu'il soit seul ou en couple, celui-ci assure forcément une fonction maternante (si l'on considère que l'enfant vit en alternance avec le père et la mère).
APGL : Les enfants d'homosexuels, sont en général hétérosexuels. Ce serait une hétérosexualité réactive? Est-ce bien?
MG : Bien ou pas bien, je ne sais pas. Il est vrai que l'on constate que les enfants d'homosexuels sont hétérosexuels a une plus large majorité que les autres. On peut se dire que quelque chose a joué. Quelque chose de beaucoup plus inconscient qu'un simple choix conscient d'être homo ou hétérosexuel.
APGL : Quand les deux parents sont homosexuels, est-ce qu'on influence, sans le vouloir, nos enfants?
MG : Oui, mais ces enfants ont une notion de tolérance beaucoup plus importante. S'ils découvrent quelque chose dans leur sexualité, ils auront moins de difficultés que les autres à se l'avouer. Il m'apparaît aussi dans la pratique que les enfants d'homosexuels sont peut-être des gens plus mûrs tant au plan psychologique qu'affectif, dotés plus tôt sur les choses de l'amour. d'une plus grande liberté. Ils analysent et réfléchissent mieux leurs relations amoureuses. Il me semble que ce sont des individus plus aptes à aimer, quelque soit leur sexualité.
Janvier 1999.
Maryvonne Guillen est pédopsychiatre à Montpellier.
Compte rendu de l'intervention rédigé par l'auteur elle-même. Compte rendu des questions et réponses par Sylvie et Emmanuelle.
En italiques : des remarques, des témoignages ou des commentaires de la part d'Emmanuelle et Sylvie