Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens 

Débathèmes


Le désir d’enfant

Intervenant : Sylvie Faure Pragier

La prise en charge psychologique est contemporaine du développement de la contraception orale. En effet, devant l’émergence d’ "accidents" sous pilule amenant à de nombreuses IVG les gynécologues se sont tournés vers les psychanalystes pour les questionner quant au désir inconscient d’enfant. Ces interrogations n’ont fait que se développer avec l’apparition des IAD dont les faibles taux de réussite chez les humains (15%) contrastaient avec le succès rencontré chez les autres mammifères (98%).

L’hypothèse de l’existence de facteurs psychiques à l’origine de la stérilité a alors été soulevée, amenant à envisager les problèmes spécifiques aux techniques de PMA telles que l’IAD.

En France, elle est utilisée chez les couples hétérosexuels avec stérilité masculine. Dans la plupart des cas, ce mode de conception est caché à l’enfant, mais ce secret se révèle lourd à porter, aussi bien pour l’homme qui se sent mal à l’aise face à un enfant qui n’est biologiquement pas le sien, que pour la femme qui veut ainsi protéger son conjoint. Chez l’enfant, on connaît la gravité de tels secrets.

La transparence nécessaire à l’équilibre intraconjugal et familial serait apportée par des IAD non anonymes, mais cet anonymat a été préconisé par les médecins pour éviter une culpabilité d’adultère qui me paraît relever d’un fantasme (le nombre de donneurs serait d’autre part moins important).

Il y a actuellement des tentatives de révision de la loi de bioéthique. Je lutte pour une modification afin de permettre un choix, laissé aux intéressés, entre don anonyme ou pas (dons directs dont il est à noter que le taux de réussite est supérieur à celui des dons anonymes).

Mais qu’en est-il du désir d’enfant en lui-même?

Au delà de la critiquée théorie freudienne qui place l’enfant en tant que substitut du pénis nécessaire compensation à la "castration maternelle", ce désir est un complexe mélange : désir biologique (présent chez toutes les espèces), désir d’amour, de transmission, de lutte contre sa propre mort…

Mais le désir d’enfant passe aussi par l’identification, on a envie d’avoir un enfant pour lui donner ce qu’on a reçu ou pas soi-même, se mettre à la place du parent en train de s’occuper de soi, devenir parents comme l’étaient les siens.

Il n’y a aucune raison logique pour qu’un homosexuel n’ait pas un désir d’enfant, ce désir n’est d’ailleurs pas nouveau, c’est seulement la possibilité de le réaliser plus facilement (par les PMA) qui l’est.

Le premier objet d’amour d’un bébé est sa mère dont les premiers contacts et désirs inconscients sont importants. La manière dont l’enfant représente une réalisation pour cette femme est perçu par l’enfant alors que ce n’est pas perçu par sa mère elle-même. Au bout de quelques mois, les frustrations arrivent pour l’enfant et il met en sens ces moments de manques avec l’idée que la mère s’intéresse à un tiers. C’est à partir de sa perception qu’il y a quelqu’un d’autre qu’il commence à se développer psychiquement, à penser, à avoir envie d’être l’autre personne.

S’instaure alors un jeu psychique de fantasmes ou l’enfant va s’identifier à sa mère, à l’autre et entamer le processus de l’Œdipe nécessaire à sa structuration.

Dans notre société, le tiers qui va symboliser les manques et rendre possible la nécessaire séparation de la dyade mère-bébé est classiquement masculin, porteur de l’autorité, garant de la loi.

Ce tiers séparateur peut être une femme, et le phallus n’est alors plus le représentant de la loi, de la différence avec la mère. Cela peut être problématique à la génération suivante, l’inconscient de l’enfant étant fait à l’image de l’inconscient des parents. Il aura une représentation masculine en fonction des représentations de sa mère.

Face à l’importance du modèle de la société dans laquelle on vit, il paraît nécessaire que l’enfant bénéficie de représentations masculines, supports d’identifications, la diversité des intervenants dans la fonction paternelle étant moins préjudiciable à l’enfant que l’absence de toute fonction paternelle. D’autre part, ce sera la position de la mère qui déterminera si la fonction paternelle est assurée par l’objet de son désir (sa compagne) ou par le géniteur, ou souvent par son propre père.

Les risques éventuels peuvent être la confusion, l’absence de repère, de différence ou la difficulté de vivre une différence que l’enfant n’a pas choisie et qui n’est pas intégrée dans le socius.

Ainsi, faire le choix d’être parent par IAD en tant qu’homosexuel représente une grande responsabilité mais son importance n’implique pas qu’elle ne doive pas être prise. En revanche, qu’un couple homosexuel élève un enfant né de parents hétérosexuels (après divorce par exemple) me paraît beaucoup plus aisé sur le plan symbolique, puisque la fonction paternelle est occupé par un père. L’adoption est déjà plus difficile, mais la référence à un géniteur reste possible. La paillette du "donneur anonyme" pèserait d’un poids de cadeau malgré tout sans conséquence séparatrice pour la mère et l’enfant.

Avril 1999.


Sylvie Faure-Pragier est l’auteur de "Les bébés de l’inconscient : le psychanalyste face aux stérilités féminines aujourd’hui" publié aux PUF dans lequel elle interroge le désir d’enfant et aborde d’un d’un point de vue psychanalytique les questions soulevées par la procréatique.

Elle exerce au sein d’un service hospitalier spécialisé dans le traitement des stérilités.


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