La vie en famille homoparentale

François de Singly
et Virginie Descoutures
(Centre de recherches sur les liens sociaux, CNRS-Université de Paris V)
Novembre 1999

 

1. Les familles homoparentales ne sont pas des familles « normales »

La famille est une catégorie. Cette formule de Pierre Bourdieu (1993) dénonce, à juste titre, l’illusion de la naturalité de l’institution familiale (repérable dans la célèbre expression, « la famille cellule de base de la société »); toutefois il engendre une autre illusion : celle d’un total arbitraire de la vie domestique. Dans cette perspective théorique - prolongeant celle ouverte par La Reproduction (P. Bourdieu, J.-C. Passeron, 1970) - la famille n’a qu’une fonction principale : asseoir la domination de classe en proposant aux classes dominées un modèle difficile à atteindre, celui de la famille bourgeoise présentée comme la famille « normale ». Pour cette sociologie critique, les familles homoparentales sont nécessairement positives puisqu’elles contribuent à déstabiliser le modèle dominant de la « bonne famille ». Ces familles constituent, en quelque sorte, la troisième étape d’un processus de remise en cause d’un modèle unique et d’origine sociale supérieure, après la légitimation des catégories de la « famille monoparentale » et de la « famille recomposée ». Le pluriel des formes familiales ébranle la famille classique, hétérosexuelle et fondée sur le mariage. En observant les luttes symboliques autour de la définition des formes de la vie privée, on peut élaborer une sociologie politique, mettant en lumière les arguments et les justifications au nom desquels les uns et les autres prennent position. Il est ainsi possible de lire, à un second degré, l’ouvrage d’Eric Dubreuil, Des parents de même sexe (1998), afin de repérer le travail nécessaire pour rendre « évident » une idée : le sexe et l’orientation des parents ne sont pas les variables importantes pour déterminer la valeur d’une famille.

Indépendamment de son degré de scientificité, toute proposition dont l'objet est la famille homoparentale peut être soumise à un tel traitement, par exemple les communications de ce colloque de l’A.P.G.L. Il est impossible d’échapper à l’attraction des luttes symboliques. Le simple fait de reprendre la catégorie « familles homoparentales » dans le titre de notre communication lui apporte le crédit symbolique dont nous disposons en tant que spécialistes des affaires de famille puisque c’est reconnaître l’association du mot « famille » et d’un adjectif « homoparental » que certains groupes estiment totalement contraire à la définition d’une « vraie » famille. Cette implication, volontaire ou non, dans les luttes symboliques de tous les énoncés ne signifie pas, pour autant, qu’ils sont tous équivalents ; en effet ils peuvent être différenciés selon un autre point de vue : celui de la mise en œuvre inégale des procédures reconnues dans le champ scientifique.

L’objectif de ce chapitre n’est pas de proposer une analyse de sociologie politique des luttes symboliques autour des familles homoparentales. Il est de prendre au sérieux (1) l’énoncé de base de ces familles, et de leurs représentants : les familles homoparentales sont des familles comme les autres.(2) Ou autrement dit l’orientation sexuelle des parents, des personnes qui s’occupent de l’enfant est une variable secondaire qui compte peu dans l’éducation de l’enfant.

 

2. Des homosexuels au travail pédagogique

C’est pourquoi ces familles ont été traitées avec des principes méthodologiques strictement équivalents aux autres familles. En effet, ont été constituées une dizaine de monographies de familles homoparentales, comprenant une description aussi précise que possible de deux jours (un en semaine, un de week-end) par les parents eux-mêmes grâce à l’usage d’un carnet remis par l’enquêteur. La lecture de ce carnet, commenté au cours d’un entretien permet d’appréhender la manière dont les deux parents prennent en charge leur enfant, les justifications de leurs choix éducatifs, et enfin leurs visions du monde de la famille. Des données analysées, quelques conclusions peuvent être tirées :

Tout d’abord les parents des familles homoparentales (c’est-à-dire dans un sens restreint, les deux hommes ou les deux femmes qui ont la charge quotidienne d’un enfant considéré par eux comme le leur) ne reproduisent pas une division stricte du travail en tant que conjoints. Contrairement au premier réflexe qui consiste à vouloir repérer l’individu qui joue le rôle du « mari» ou de l’« épouse», il est difficile de désigner, objectivement une telle distribution des rôles. Cette indifférence, relative, dans la division du travail ménager n’implique pas une indifférenciation des conduites des deux vis-à-vis de l’enfant. Notamment l’enfant peut savoir qui au sein du couple gay est son père « biologique » et qui ne l’est pas, ou qui au sein du couple lesbien est sa mère « biologique » et qui ne l’est pas. Une certaine division du travail pédagogique existe, dissociée, semble-t-il, en grande partie de la manière dont les deux conjoints se partagent les tâches ménagères. L’un peut jouer davantage le rôle d’autorité, c’est souvent celui qui est considéré comme le « vrai parent» - en référence à l’histoire de la naissance, et à la qualité « biologique » de son implication.

Ensuite les familles homoparentales ne ressemblent pas à des familles classiques avec deux parents, sous un autre critère. Les deux parents présents sont différenciés selon un degré variable de « vrai » : l’un est vu comme un « vrai » parent, et l’autre non ou moins (cela dépend en partie de la présence, connue ou non, de l’autre parent « biologique »). La famille homoparentale a comme référence la plus proche, celle des familles recomposées. Mais comme la famille recomposée n’est socialement ni un modèle (au sens strict), ni une institution, les homoparents sont dans l'embarras, ayant peu de repères. En conséquence, le jeu – social ou sociologique - de ressemblance ne devrait pas consister à chercher qui jouent le père ou la mère, mais dans le cas d’un couple homosexuel masculin, le père et le beau-père, et dans le cas d’un couple homosexuel féminin, la mère et la belle-mère.

Troisièmement cette présence de deux « parents » - parent et beau-parent –, sans compter l’autre parent, permet que soit remplie une fonction considérée comme centrale par un corpus savant - la psychanalyse et plus précisément la psychanalyse d’obédience lacanienne – la fonction de séparation (3) . La mère (biologique, dans le cadre d’un couple lesbien) peut ne pas être fusionnelle avec son enfant puisque sa compagne se charge de dénouer ce lien trop fort en nouant une relation de proximité avec l’enfant. A supposer que le père (biologique, dans le cadre d’un couple gay) ait la même tentation, son compagnon peut, lui aussi, jouer cette fonction. Finalement il peut se produire une quasi-inversion puisque dans le cas des couples gays, le « vrai père » - le seul reconnu par la loi comme doté de l’autorité et qui joue dans la vie quotidienne ce rôle - est séparé de son enfant grâce à la présence de son compagnon qui peut être plus « maternel » - non pas parce qu’il est plus féminin en tant qu’identité, non parce qu’il joue à la mère - mais parce que structurellement le beau-parent penche davantage de ce côté, quel que soit son sexe.

Bref il y a souvent dans les débats sur la famille confusion entre la fonction de séparation assurée par le tiers et le fait de la nommer la fonction paternelle. A ce niveau, le corpus savant joue lui-même de la confusion. Notre thèse est donc que le beau-parent (que ce soit le beau-père ou la belle-mère) dans la famille homoparentale peut être l’équivalent du « père » dans la théorie de la fonction paternelle, même si par ailleurs il joue certaines dimensions codées socialement comme féminines. Le sexe de la personne (tout comme son lien juridique de parenté) n’est pas un élément central de l’identité parentale.

 

3. « Toute la famille se lave les dents »

3.1. La tentation du populisme

Dans la société française, la majorité de l’opinion n’approuve pas le fait que des enfants soient élevés par des parents homosexuels. Pour modifier cette prise de position, des groupes mobilisés tentent d’imposer l’idée selon laquelle un enfant qui vit avec deux personnes de même sexe est dans une famille au même titre que les autres . Plusieurs techniques argumentaires sont utilisées ; certaines cherchent même à inverser la domination, en inversant le signe « moins » en signe « plus » attribué aux familles homoparentales et en associant le signe « moins » aux familles hétérosexuelles. Jean-Claude Passeron désigne cette attitude sous le terme de « populisme » (C. Grignon, J.-C. Passeron, 1989) : les classes populaires se voient alors dotées de l’authenticité, contrairement aux classes supérieures perdues dans le jeu de leur distinction. Le film La vie est un long fleuve tranquille peut être vu ainsi : les enfants qui ont su rester « vrais » sont ceux de la famille Groseille, les autres, avec la force des manières de table, la politesse, sont aliénés. Cette attitude « populiste» se retrouve aussi dans les jugements sur la famille. C’est ainsi que pour éviter la stigmatisation des familles recomposées, des sociologues affirment que ces dernières proposent un cadre de vie plus riche pour les enfants ayant à leur disposition non plus deux parents mais un réseau parental. Pour les familles homoparentales, un populisme comparable peut être observé. Ecoutons Louise et Brigitte qui élèvent une petite Emilie : « C’est vrai qu’on est certainement plus équilibrées que le couple hétéro d’en face, on est beaucoup plus dans la norme qu’eux c’est clair ». Elles critiquent l’homme qui en fin de semaine s’occupe de ses affaires, par exemple de sa moto, négligeant ses enfants et sa compagne : « Si c’est ça un couple, je trouve cela triste ! Contrairement à ce que les gens croient, c’est tellement difficile pour nous de trouver un partenaire que quand on l’a trouvé, on fait attention à ne pas le paumer. Je crois que c’est une des caractéristiques du couple homosexuel ». Pour ces femmes, il y a retournement de la situation, les homosexuels sont plus sélectifs et plus attentionnés alors que les hétérosexuels font preuve de plus de négligence et d’indifférence.

Selon cette interprétation, le rapport à l’enfant suit un principe comparable : les parents homosexuels (4) sont meilleurs puisqu’ils ont décidé après une longue réflexion de le devenir. La marginalité sociale de la vie conjugale et de la vie familiale chez les homosexuels engendrerait, contrairement aux représentations négatives ordinaires, une attention plus grande à la qualité relationnelle. L’évidence de la norme hétérosexuelle étant interrogée, reste en quelque sorte l’essentiel, l’amour. C’est ce que pense un des parents interrogés par Eric Dubreuil : « Pour moi, la seule référence qui compte c’est celle de l’amour. Si un enfant est élevé dans un couple de personne de même sexe ce n’est pas grave » (1998, p. 119), ce jeune recevra ce qui est perçu comme le plus important : l’amour. Dans cette optique, la variable principale est l’attention portée à l’enfant, l’orientation sexuelle de ses parents n’étant qu’une variable secondaire.

3.2. Une mise en scène communautaire

Pour contrer les risques de stigmatisation, une autre manière d’agir, volontaire ou non, pour un couple homoparental est de se mettre en scène en tant que famille, et pour y parvenir il tend à en « faire plus » (5). Prenons l’exemple du couple de Laurent et Vincent qui vivent ensemble depuis huit ans. Auparavant Laurent a vécu en couple hétérosexuel, et de cette relation est né Julien (qui a désormais treize ans). Pendant l’entretien approfondi, les deux hommes n’ont guère tenu un discours revendicatif ; en revanche ils ont souligné avec satisfaction que Julien considère leur trio comme une famille. Ainsi à Noël ils ont décidé de supprimer les cadeaux personnels. Ils ont un unique cadeau, un ordinateur que Julien a commenté : « C’est pour la famille ». Rapportant ce propos, le compagnon de Laurent ajoute : « Plusieurs fois, ça lui est venu à la bouche. Par exemple il est arrivé une fois qu’on était tous les trois à se laver les dents en même temps, ce qui est très rare. Il a dit : ‘Toute la famille se lave les dents’ ». Vincent prend la peine de le raconter à l’enquêtrice pour démontrer que « c’est vrai que c’est une famille inhabituelle mais en tous cas Julien nous considère comme telle et on se considère comme telle ».

Le rituel du coucher met en présence un des parents, le plus souvent la mère, et l’enfant. L’autre parent, s’il est dans le logement, intervient plus ponctuellement en venant embrasser son fils ou sa fille ; il estime être représenté par sa compagne ou son conjoint. La réunion des parents autour de l’enfant est donc rare. Dans un des couples étudiés, celui de Solange et Estelle, elle est, au contraire, fréquente. Au moment du coucher, les deux femmes jouent avec Anaïs, leur fille de quatre ans (née de Solange et d’un donneur anonyme). Ensuite elles veulent la calmer : « On a fait une grosse bêtise, on est obligée de l’endormir à deux. Sympa pour s’endormir ! Donc on est là, on passe une heure avec elle dans le lit et on se relève ». C’est Solange qui lit ou raconte une histoire. Quand la petite fille est endormie, Estelle l’emmène dans son lit. Les deux femmes se consacrent entièrement à ce moment du soir, mettant le répondeur en marche afin de ne prendre aucun appel. Ces femmes ne regrettent pas ce comportement même si elles le nomment « grosse bêtise » pour éviter le jugement d’autrui ; elles sont heureuses d’être ensemble.

Pour Louise et Brigitte, le bain du soir de leur fille Emilie (cinq mois, née d’une insémination artificielle de Louise avec donneur anonyme) est un temps apprécié : « C’est le moment important de la journée où l’on est toutes les trois» affirment-elles avec force. Un autre couple, celui de Justine et Mathilde, insiste aussi sur un temps communautaire. Tous les jours, Mathilde va chercher Cyril (le fils que Justine a eu, par décision commune, d’un homme). C’est l’heure du goûter, puis Justine rentre. Lorsqu’ils sont tous les trois dans l’appartement, le groupe se forme selon un principe dicté par le fils : « Il aime bien être avec nous, même s’il ne joue pas avec nous, alors ce qu’on fait c’est qu’on reste avec lui ; il joue et nous on discute ». Les deux femmes insistent sur cette proximité, ménageant activités séparées – d’un côté l’enfant, de l’autre le couple – et sentiment d’être ensemble ; elles sont disponibles. C’est une réunion « virtuelle » qui rassure chacun sur son sentiment d’appartenance à une famille. Les contraintes de la vie quotidienne sont telles que la famille n’est pas réunie en permanence, mais ce qui compte c’est l’insistance des uns et des autres, des unes et des autres sur cette dimension. La revendication des couples homoparentaux à être une famille comme les autres peut engendrer un effet paradoxal : la démonstration d’une certaine fusion, caractéristique des couples les plus traditionnels (J. Kellerhals et alii, 1982; F. de Singly, 1987).

Les couples homoparentaux fonctionnent donc plutôt en référence à la réunion du groupe, étant donné la contrainte de la recherche de la normalité familiale. Ils ressemblent – par analogie – aux convertis d’une religion qui cherchent à se montrer « conformes » à ce qu’ils pensent être le standard. Cette attitude n’est pas observée pour toutes les dimensions de la vie. C’est ainsi que pour l’éducation des petites filles, elles veulent ne pas reproduire ce qu’elles considèrent comme l’enfermement dans un rôle. Louise affirme : « Dans l’éducation traditionnelle on ne laisse pas le choix aux enfants, ils ont des modèles préétablis. Toute mon enfance j’étais persuadée que je me marierais, que j’aurais des enfants. Petite fille traditionnelle j’ai eu des poupées. Tout de suite petite fille on la catégorise dans le rôle : petite robe, tu vas te marier, on t’offre le petit balai, la cuisinière, l’aspirateur ». Cette femme veut soulager Emilie de ce « poids de la famille, ce poids de la société ». Au verso la revendication de ce qui peut apparaître comme un comportement conformiste, avec l’accent mis sur la fusion ; au recto, la rupture souhaitée avec la tradition des rôles de sexe. Ainsi est dessiné l’idéal d’une famille au sein de laquelle serait dissociés l’accent sur la communauté et une forte division du travail entre les conjoints.

3.3. Le retour du refoulé

S’affirmer comme les autres parents, voire mieux que les autres, constitue un souci pour la quasi totalité des homoparents : « Cela se passe comme tout couple qui élève un enfant, il faut que les gens se rendent compte qu’on n’est pas différent d’eux ». Cette affirmation ne suffit pas à résoudre toutes les difficultés. En effet, la situation minoritaire d’une part et la résistance à la suppression de l’hétérogénéité du sexe des parents d’autre part créent les conditions pour que l’enfant élevé dans le contexte de l’homoparentalité s’interroge sur le statut de son cadre de vie. La grande majorité des homoparents opte pour la transparence, à savoir le fait de ne pas cacher le statut particulier de la famille comparativement aux autres, et pour l’équivalence, à savoir le fait de penser que toutes les familles se valent à condition que les parents aiment leur enfant et soient attentifs à lui. Ce dernier principe peut être contesté, plus ou moins directement, par l’entourage des familles élargies, ou des élèves de sa classe. L’enfant se trouve alors pris entre la loyauté vis-à-vis de ses parents et le souci d’être un individu comme les autres.

Ce dilemme s’est posé à Cyril, un garçon de six ans et demi, élevé par sa mère biologique, Justine, et sa compagne, Mathilde. Ces deux femmes sont passées à la télévision dans le cadre d’une émission sur les familles homoparentales ; elles n’ont pas montré à leur fils la séquence, mais à l’école nombre d’enfants les ont reconnues. Cyril a été malheureux des commentaires sur sa famille: « Moi, je n’ai pas de papa. J’en voudrais un. Je vous veux bien toutes les deux, mais je veux un papa en plus ». Et le garçon s’est livré à un jeu dangereux en désignant la personne qui doit être éliminée au sein du couple de ses parents. C’est Justine qui raconte : « Il a fait plouf-plouf pour savoir laquelle des deux devait partir, c’est tombé deux fois sur moi, deux fois il a recommencé… ». Mathilde est restée sans voix : « Justine arrive beaucoup mieux que moi à le gérer. Je me sens vraiment coupable… C’est le fait de me dire : ‘c’est elle, la mère’. Cela m’a cassé effectivement ». Justine est intervenue pour calmer le jeu : « J’ai été un peu dure, je lui ai dit : ‘Tu n’es pas malheureux, tu as deux parents qui t’aiment, tu as deux parents qui t’aiment très fort, à l’école tu as plein de copains, tu as une maison, tu as un chat, tu n’est pas malheureux’. Cela a stoppé court, je ne pouvais le laisser comme cela s’écouter et s’enfoncer dans son mal-être, il n’en serait pas sorti ». Sa « quasi-mère » dessine les contours d’une « vraie famille » : avec une maison et un animal domestique, et surtout la présence de deux parents. Le nombre « deux » est répété, pour marquer la différence avec d’autres familles qui n’ont qu’un parent. Sans être plus explicite, l’argument oppose famille monoparentale et famille homoparentale : au nom de quoi un enfant vivant dans une famille du dernier type serait-il malheureux puisqu’il dispose de la chaleur d’un foyer où il est entouré d’affection ?

 

4. Le compagnon, la compagne : entre parent et beau-parent

Les travaux sur les familles recomposées (D. Le Gall, 1992; I. Théry, O. Dhavernas, 1993; F. de Singly, 1996; S. Cadolle, 1998) montrent que les enfants savent différencier nettement les parents et les beaux-parents. Lorsqu’un beau-père s’autorise des critiques sur la tenue, sur le travail scolaire, il n’est pas rare que l’enfant concerné lui fasse remarquer qu’il n’en a pas le droit, qu’il ne dispose de l’autorité parentale. Le droit devient alors une arme utilisée par le jeune dans le cadre des négociations intergénérationnelles. Dans les familles homoparentales étudiées, les enfants sont trop jeunes pour éventuellement faire usage d’un tel argument, mais on découvre qu’ils ne confondent pas les adultes qui vivent sous le même toit qu’eux. Le plus souvent, ils savent – de la bouche même de leurs parents – quel est le parent « biologique », quel est l’autre. Et ils cherchent à définir la place qu’occupe ce dernier. Ils peuvent décider d’éliminer, lorsqu’ils sont mécontents pour telle ou telle raison, le « faux parent ». C’est ce que voulait faire Anaïs qui a été conçue avec le sperme d’un donneur anonyme et une ovule de Solange. Etant femme au foyer, Estelle, l’amie de sa mère, s’occupe beaucoup de cette petite fille de quatre ans. Mais Anaïs souligne la ligne de partage entre les deux femmes : « Un jour on se disputait avec Anaïs, je ne sais plus pourquoi cela avait été terrible. Et elle m’a dit : ‘De toutes façons, toi tu t’en vas, tu t’en vas dans une autre maison’. Alors sa maman lui a donné une petite fessée et lui a expliqué combien j’étais importante. Elle a dit : ‘Nous sommes tes parents’. C’est la première fois qu’elle a employé ce mot là – ‘nous sommes tes parents. Il faut respecter Baboue, elle s’occupe de toi’ ».

Dans les entretiens, l’oscillation est l’attitude la plus fréquemment observée chez les homoparents : le partenaire du père ou de la mère est considéré à certains moments comme un parent au même titre qu’un parent ordinaire, à d’autres comme un beau-parent comme si on était dans une famille recomposée. C’est le cas d’Ariane (sept ans et demi) qui voit pendant les vacances scolaires son père, Serge (qui l’a eue avec une femme avec laquelle il a été marié, et qui garde cette petite fille le reste du temps) et son compagnon, Dimitri. Un jour, lors d’une visite du frère de son compagnon, la discussion porte sur les familles recomposées. Serge en profite pour demander explicitement à sa fille Ariane : « Pour toi, Dimitri c’est qui ? », et elle répond : « Pour moi, Dimitri c’est mon beau-père». Quelques instants plus tard au cours de l’entretien, Serge rapporte qu’elle « écrit des petites poésies au couple où elle nomme Dimitri « Dimitri-papa », « c’est très fort, cela montre l’attachement, l’amour que mes enfants biologiques ont vis-à-vis de Dimitri. D’ailleurs quand on parle des enfants, on parle de nos enfants ».

La séparation entre l’ordre conjugal et l’ordre parental qui constitue la norme officielle aujourd’hui – les parents devant rester parents même après leur divorce – est connue ; elle n’est pas pour autant appliquée systématiquement. Serge évoque plusieurs fois Dimitri comme son « mari » et estime que ce dernier est devenu un parent à part entière. Il raconte que ses enfants - Ariane et son jeune frère Adrien - n’hésitent pas à embrasser d’abord Dimitri après un temps de séparation : « Adrien a couru dans mes bras et Ariane a sauté dans les bras de Dimitri. Et mes parents ont été choqués, dans le bon sens, ils s’étaient imaginés que les deux enfants allaient me sauter dessus et qu’ensuite accessoirement ils allaient dire bonjour à Dimitri. Pas du tout ». Ariane et Adrien savent même faire bon usage de cette quasi-égalité pour créer une certaine concurrence entre les deux parents : « Il est arrivé certains soirs, je pense intentionnellement, souligne Serge, que les enfants soient dans les bras de Dimitri et moi j’étais tout seul dans mon coin. C’était histoire de me faire payer un petit peu je ne sais quoi ». Mais lorsque les enfants retournent chez leur mère, ils emmènent des photographies d’eux avec Serge et Dimitri.

Ariane et Adrien ont en quelque sorte trois parents, constituant un exemple de jeunes ayant à leur disposition une « parenté plurielle » (A. Cadoret, 1995). Une des conséquences de cette multiplication des points de repère est l’ouverture d’un jeu possible qui existe déjà dans la famille hétérosexuelle classique, tout en étant davantage masqué du fait de l’unité toujours supposée des parents : à savoir une certaine élection, à titre provisoire ou permanent, entre les adultes. On sait que les enfants prennent leur mère plus souvent que leur père comme confident, préfèrent la première plus fréquemment au second. Dans les familles recomposées ou homoparentales à plusieurs parents, de telles possibilités augmentent. La fin de la partie dépend de la manière dont les adultes réagissent. Dans le cas de Serge, il y a refus d’une élection affective au nom de l’équilibre éducatif des enfants, Ariane et Adrien ont besoin de leur mère, et au nom d’une certaine immaturité de ces jeunes, leur choix n’est pas encore assez fondé. Serge explique ainsi comment il siffle la fin du match, sans exclure d’autres parties, lorsque Ariane et Adrien déclarent préférer leur père, et souhaiter que ce soit lui (avec Dimitri) qui devienne le parent gardien. Il ne veut pas critiquer son ancienne épouse qui n’a pas tenté de le priver de son rôle de père lorsqu’il est entré dans une vie conjugale gay : « Mes enfants me disent : ‘Tu sais, on ne joue jamais avec maman’. Je leur ai expliqué : ‘Peut-être que vous jouez peu avec maman, mais d’abord on est deux pour s’occuper de vous. Et puis maman elle a beaucoup de travail. Quand elle rentre, elle a encore des préparations. Il ne faut pas être triste de ça. Chacun fait ce qu’il peut ; chacun donne son amour comme il peut’ ». Le père ne veut pas dévaloriser la mère, estimant que ses enfants ont le droit d’avoir le plus possible une vie « normale » avec deux parents, malgré la séparation et la spécificité de son père : « Adrien m’a dit : ‘Papa, moi je ne veux pas retourner chez maman. Je veux vivre avec toi’. Je lui ai répondu : ‘Je sais pourquoi tu dis cela, parce que lorsque tu es avec papa et Dimitri, on fait la fête, on va au spectacle, et tu ne vas pas à l’école. Mais si tu vivais avec papa et Dimitri, tu irais à l’école’. ‘Oui, mais moi je n’aime pas l’école’. Le père essaie de rendre morale la conversation : ‘Il faut penser à maman. Maman serait malheureuse si tu n’étais pas avec elle’ ». Pour Serge, Dimitri ne remplace pas la mère malgré ses grandes qualités. Cette dernière est indispensable : « Je n’ai pas l’intention de foutre en l’air un équilibre qui aujourd’hui donne de bonnes choses ».

Le second parent de même sexe - le compagnon ou la compagne - n’est pas perçu comme un parent de substitution au parent de l’autre sexe, que celui-ci existe ou non. La différence de sexe ou de genre limite cette possibilité d’autant plus que le besoin pour l’enfant d’avoir des référents des deux genres est reconnu par tous. Ce compagnon ou cette compagne ne joue donc pas, au moins au niveau explicite, le rôle de la mère ou du père non présent. Il doit se placer ailleurs, on ne sait pas exactement où puisqu’aucun modèle de référence n’existe encore aujourd’hui. Le compagnon ou la compagne est plus qu’un ami – l’analogie avec l’amitié, développée par certains sociologues (D. Le Gall, 1992 ; I. Théry, O. Dharvenas, 1993), n’est qu’approximative, l’amitié étant le plus souvent un lien entre deux personnes de niveau équivalent, ne demandant pas un partage fréquent (le vrai ami étant quelqu’un sur qui on peut compter, même si on le voit pas souvent (C. Bidart, 1997)), alors que l’accord s’effectue ici, au contraire, sur la base de la vie quotidienne et de la cohabitation. Alors qu’est-ce ce « parent » qui sert de doublure à un des parents biologiques ? Cette personne peut être assimilée à quelqu’un appartenant à la catégorie de la parenté spirituelle, un parrain ou une marraine (A. Fine, 1994) qui prend le relais des parents, non pas à titre exceptionnel (par exemple en cas de disparition des parents), mais à titre permanent.

Au moins partielle, l’élection entraîne dans les familles recomposées un éventuel refus de la part de l’enfant du beau-parent, comme le souligne Sylvie Cadolle (1998). Dans les familles homoparentales étudiées, cette distance entre l’enfant et le compagnon de son père, ou la compagne de sa mère, n’est pas observée, peut-être du fait du jeune âge des enfants. Malgré tout, elle a moins de chances de survenir dans la mesure où ce parent ne peut pas être perçu comme prenant la place de quelqu’un d’autre dans les cas d’insémination.(6)  De plus, la différence de sexe entre le second parent biologique et la compagne (ou le compagnon) permet, semble-t-il, plus facilement à l’enfant d’accepter le changement : lorsqu’elle existe, la mère n’est pas remplacée dans les couples gays, et s’il existe, le père n’est pas non plus supprimé dans les couples lesbiens.

5. La fonction de différenciation et de séparation

La psychanalyse, surtout d’obédience lacanienne, a diffusé un élément de son savoir, la nécessité du père pour rompre la fusion du lien entre la mère et son enfant, qui est devenu une évidence, une quasi-norme (7) . Les homoparents y font référence pour l’approuver en montrant que l’homoparentalité peut être complétée par un cercle de famille et d’amis qui offre des images des deux sexes (par exemple, dans un couple gay, la petite fille est prise en charge de temps en temps par la sœur du père pour qu’elle puisse nouer « une complicité de fille à fille » et qu’elle puisse « trouver de la féminité ».) Quelquefois ils contestent la force de cette évidence en insistant sur une autre dimension, la dualité des parents. C’est la position de Brigitte et Louise : « Il n’y a pas besoin de vivre avec un homme pour avoir un référent masculin, j’en suis convaincue, par contre la nécessité absolue de vivre avec deux adultes équilibrés pour devenir un adulte équilibré, ça aussi j’en suis convaincue ». Elles estiment que leur fille, Emilie, n’aura aucun mal à trouver des repères : « Le référent homme, elle en a partout, dans la rue, dans les endroits où il y a la famille, il y a des oncles, des grands-pères. On ne vit pas dans une société exclue d’éléments masculins ». Brigitte et Louise conservent l’idée qui justifie la place du père mais en la dissociant du genre des individus : « Il faut une troisième personne pour couper la fusion entre la mère et l’enfant… Il y a un côté ‘triangle important’. C’est vrai qu’il y a une fusion mère/enfant qui est naturelle et, je crois que la tierce personne est aussi là pour montrer à l’enfant qu’il peut être autonome et à la mère qu’elle n’est pas tout pour l’enfant. C’est vrai qu’à trois, c’est l’idéal… Ce qui est important c’est deux adultes équilibrés ».

Cette fonction de séparation, Mathilde pense la remplir en rompant la fusion entre Justine, sa compagne qui est mère (biologique et sociale) de Cyril : « C’est un rôle que j’aime bien, celui qui sépare la mère et l’enfant, qui prend l’enfant et qui le mène dehors, ça c’est un truc qui me plaît bien… que de rester dans le fusionnel ». Elle affirme jouer davantage « le rôle d’autorité alors que Justine c’est la mère. S’il y a un problème, c’est moi qui tranche en matière d’autorité. Cyril est plus réceptif quand c’est moi qui signifie l’autorité ». La mère « biologique et sociale » reste la mère (au sens de rôle classique) alors que sa compagne intervient davantage en référence au rôle paternel.

Le problème ne se pose pas de la même façon dans les couples gays, le risque de confusion étant moins grand (en se plaçant dans la perspective de référence, comme le font les acteurs eux-mêmes). Toutefois, le principe de complémentarité peut être mis en œuvre avec l’existence de la dualité parentale. Ainsi dans le couple de Luc et Stéphane, c’est le premier - le père biologique et juridique - qui représente (selon lui) l’autorité : « Le papa qui est là pour mettre de l’ordre quand cela ne commence à ne pas trop aller ». Le partenaire a moins besoin de séparer ; au contraire, il peut intervenir de manière plus douce, comme Vincent, compagnon de Julien. Cet homme s’occupe beaucoup de Julien, le fils de Laurent. Le matin, il l’emmène à l’école et va souvent le chercher le soir. Les échanges se produisent alors éventuellement : « Les moments où il parle, on ne sait jamais quand ça va venir. De temps en temps, on ne sait pas, il y a un truc qui déclenche et c’est souvent dans les trajets. Des fois il y a des jours il ne crache pas une parole, et il y a des jours où je sens bien qu’il a envie de parler. C’est lui qui lance la perche. L’autre matin, c’est venu dans le métro. On fait le trajet en face à face, moi je lis toujours dans le métro, et lui, ou il somnole ou il bouquine. Ce matin là, j’ai sorti un recueil de poésie. Julien n’avait pas pris de bouquin, je lui demande s’il en avait pris un, il me répond ‘non’, et la conversation s’est enchaînée. Il m’a sorti son cahier où il avait écrit une poésie. Il m’a avoué que ce fameux dimanche où il avait mis des heures et des heures à faire un exercice de maths, en fait il écrivait des poèmes ». Sans formalisation initiale, Vincent et Laurent se sont partagés les domaines d’intervention éducatifs. Vincent écoute davantage, Laurent fixe davantage les règles. Par exemple, Julien doit prévenir s’il ne rentre pas directement de l’école au moyen d’une carte téléphonique donnée à cet effet. Or plusieurs fois, le garçon n’a pas respecté ce principe. La seconde fois, son père a répété la règle, et l’a justifiée. La troisième fois, Laurent s’est énervé, et lui a donné une claque. A la quatrième infraction, il a puni ; son fils a été privé de sorties pendant un mois et demi : « Il y a des règles ici, il faut que tu les respectes. Il y a certains jeunes qui font ce qu’ils veulent, ici cela ne marche pas comme cela ». Le père reconnaît cette division du travail : « Je suis quand même très rigide ; quand Julien a besoin de quelque chose, c’est plus vers Vincent qu’il va que vers moi. Je suis très carré. Vincent n’est pas le père, donc il est plus souple. Julien a fait la part des choses ».

Pour conclure, l’appartenance au même sexe n’interdit pas la différenciation des places dans l’éducation dans la mesure où au moins un autre principe permet de créer une distinction (sans compter les différences de caractère): le biologique reconnu par le juridique puisque dans les familles homoparentales un seul des partenaires est officiellement « parent ». C’est ce dernier qui est toujours désigné par « papa » ou par « maman ». Le partenaire reçoit lui des appellations diversifiées. Dans un des couples lesbiens, la mère est nommée « maman », l’autre parent, « maman Brigitte », les photographies de l’allaitement seront là aussi pour attester de la différence. En même temps, dans l’album de naissance « traditionnel », au début, sur la généalogie, les données sur le papa ont été remplacées par la « maman bis ». Dans un autre couple, la femme qui n’est pas mère a choisi de se nommer « Babou, la seconde maman » dont la racine signifie « grand-mère » (ayant dix ans de plus que sa compagne). On a déjà vu qu’Anaïs fait très bien la distinction entre les deux femmes qui vivent avec elle, menaçant d’expulsion Babou. Dans aucun des cas observés de familles homoparentales, l’enfant ne confond ses parents. La question de la trop forte fusion ne semble pas devoir être posée, elle doit être déconnectée, nous semble-t-il d’une autre question plus complexe, plus ouverte, celle des conditions de formation de l’identité sexuée (ou de genre) de l’enfant. En conclusion, sur ce point, on pourra juste souligner la modestie du savoir élaboré dans ce domaine en sociologie : on sait si peu sur la manière dont les enfants deviennent des « garçons » et des « filles » dans les familles, que celles-ci soient classiques, monoparentales, recomposées, et homoparentales.

1. Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron justifient ainsi leur démarche (1968), en soumettant l’école à son idéologie, celle de l’égalité des chances et du mérite. Ils regardent ensuite si les enfants, quelle que soit leur origine sociale, ont les mêmes chances de réussir. Leur démarche n’est pas entièrement satisfaisante puisqu’ils ne mesurent pas les inégalités entre les enfants qui existeraient si l’école n’effectuait pas son travail. Celle-ci peut avoir une efficacité relative en réduisant, même un peu, les écarts, ou plus précisément en autorisant un peu de jeu avec le déterminisme familial. Leur propre trajectoire en témoigne alors que leur théorie ne rend pas compte suffisamment clairement des effets possibles de l’institution scolaire. L’école peut contribuer à la reproduction sociale. Cet énoncé, aussi juste soit-il, n’est pas exclusif d’un autre énoncé, l’école peut contribuer à assurer une certaine mobilité sociale.

2. En bons sociologues, nous avons procédé à une enquête pour ne pas contenter du discours de l’expert sans empirie. Eric Fassin (1999) estime qu’il y a " expertise a posteriori de la sociologie [puisqu’]à la différence des anthropologues, les sociologues de la familles sont appelés pour constater une réalité empirique ". Il désigne sans doute l’idéal puisque pour le PaCs, notamment, les experts sociologues de tous les bords (e.g., E. Fassin , I. Théry) ont surtout adopté le mode de l’expertise " a priori ". Ce texte, grâce à une enquête faite dans les règles de l’art, tente de rompre avec ce type d’intervention.

3. Il faudrait analyser la manière dont le savoir psychanalytique sur le père s’est diffusé comme élément central. On peut toujours se reporter à deux versions mixtes – savantes et grands publics – d’un tel corpus : A. Naouri, 1985, G. Delaisi de Parseval, 1981.

4. On peut rapprocher leurs arguments à ceux que fournissent les parents adoptifs. Cf. F. Rault, 1997.

5. On pourrait évoquer une autre forme de mise en scène de la communauté, à travers le cas de Sylvain qui a eu Tanguy avec Aude. Au moment de la conception, l’un et l’autre étaient en couple homosexuel ; après la naissance, les deux couples se séparent. Pour que Tanguy se développe bien, ses deux parents " biologiques " qui l’élèvent estiment que l’enfant doit vivre aussi, en partie, avec eux ensemble. Cela arrive dans la vie quotidienne, mais ils rêvent de faire mieux : "On va se voir régulièrement mais dans une ambiance qui ne sera pas forcément une ambiance de détente totale…

6. Toutefois comme la plupart des inséminations sont faites avec donneur anonyme, l’enfant pourra toujours reprocher à son parent " social " de ne pas avoir, en l’occurrence de père.

7. Se reporter, par exemple, à E. Zucker-Rouvillois (1999) pour découvrir la place de la psychanalyse dans " l’expertise familiale ". L’appropriation de ce savoir est telle que les individus qui adhèrent à cette vision théorique oublient la construction et confondent réel et effet de théorie. Comme toute théorie, la psychanalyse peut donner lieu à plusieurs travaux d’interprétation contradictoire, mais cette diversité ne doit pas masquer les effets de dominance qui penchent, actuellement, vers le versant critique (cf. cependant deux versions du versant opposé, cf. G. Delaisi de Parseval, 1998, S. Prokhobis, 1999).

 

Références