Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens 
Autorité familiale et nouvelles familles

Audition de l’APGL devant le groupe interministériel sur l’autorité parentale

Martine Gross, Co-Présidente et une  membre active de l’association, impliquée dans la rédaction des chartes d’engagement parental, animatrice de groupes de parole sur la coparentalité

Après avoir constaté la pluralité des situations familiales et énoncer un certain nombre de grands principes auxquels nous sommes attachés, notre exposé se fera plus concret en détaillant les propositions d’évolution juridique puis en décrivant des outils à mettre à la disposition des citoyens et des magistrats.

Des familles plurielles

Les familles actuelles se conjuguent essentiellement autour de deux modes : les familles biparentales et monoparentales d’une part, et les familles multiparentales d’autre part. Dans le premier cas, deux adultes au maximum se définissent comme les parents d’un enfant, qu’il s’agisse de parents mariés, de parents concubins hétérosexuels, de familles homoparentales (parents concubins de même sexe) ou de familles monoparentales (parents séparés sans union nouvelle, parent célibataire). Les familles multiparentales comprennent certaines des familles homoparentales, celles où parents biologiques et parents sociaux dits co-parents, sont engagés dès avant la conception de l’enfant dans un projet parental ; et les familles recomposées où des beaux-parents contribuent à l’éducation et à l’entretien au quotidien de l’enfant de leur conjoint après la désunion des parents légaux.

1) Principes et concepts d’une parentalité responsable

Nous souhaitons baser le droit de la filiation et le fait d’être parent sur une éthique de la responsabilité, en valorisant l’établissement volontaire de la filiation et en fondant celle-ci sur un engagement irrévocable. La filiation découlant de l’engagement parental étant construite, elle peut être différente des origines et peut concerner deux parents de même sexe.

La filiation se conjugue selon trois volets qui ne coïncident pas toujours : filiation biologique / filiation légale / filiation sociale. Reconnaître un statut distinct à ces trois filiations permettrait aux enfants d’avoir accès à leurs origines (filiation biologique), d’avoir une place dans la chaîne des générations (filiation légale), d’être élevés par leurs parents (filiation sociale).

Ces principes nous amènent à proposer qu'un certain nombre d'outils soient mis à la disposition des citoyens pour leur donner la possibilité de se conduire comme des parents responsables. Nous sommes en effet convaincus que le nombre de conflits à résoudre par les magistrats irait en décroissant si les parents eux-mêmes avaient la possibilité d'élaborer "en temps de paix" les solutions qu'ils souhaiteraient mettre en œuvre dans les temps de crise.

L'institution du mariage encourage la notion de contrat et ne nie pas que le pire puisse aussi advenir. La parenté devrait également s'instituer solennellement, en favorisant la rédaction de chartes d’engagement parental.

Nous sommes conscients que ces mesures ont un coût. Elles nécessiteront de très lourds efforts d'une part d'information et de préparation des citoyens à la notion d'engagement, et d'autre part de soutien à la parentalité (rédaction des chartes, groupes de paroles, médiation). Ce coût est cependant certainement moindre à terme pour la collectivité et pour le bien-être des enfants, que celui affecté à la résolution des conflits.

La suite de notre exposé portera sur

2) Textes et orientations juridiques

Filiation

Autorité parentale

Un statut pour le " second parent "

Il existe des familles biparentales, où l’enfant n’a qu’un seul parent légal (absence de reconnaissance paternelle, adoption monoparentale par exemple) mais est élevé par celui-ci et un parent social de même sexe ou de sexe différent, qui a participé au projet parental avant même l’arrivée de l’enfant.

L’adoption plénière de l’enfant du concubin permettrait le partage de l’autorité parentale entre le parent biologique et le " second parent ". Cet aménagement, appelé "adoption par le second parent" est une solution qui existe dans d’autres pays et qui permet d’offrir à l’enfant une protection de ses liens avec ses deux parents. Basée sur une éthique de la responsabilité et sur la coparentalité, cette disposition protège l’enfant en cas de décès du parent biologique ou en cas de séparation. Elle permet de faire place à la volonté d’être parent et à l’engagement à être parent d’un enfant pour toujours.

Aménager l’adoption plénière en l’étendant aux concubins.

 3) Outils

Encourager la coresponsabilité parentale

 " Pour responsabiliser les parents, il convient de leur reconnaître plus de liberté pour aménager l’exercice en commun de la responsabilité parentale et prendre en main l’avenir de leur famille " (Rapport de la commission " pour une réforme du droit de la famille " de Françoise Dekeuwer-Défossez).

Exercice de la responsabilité parentale en cas de conflit

Notre expérience d’association de parents, dont un certain nombre sont divorcés, nous amène à proposer des aménagements de la responsabilité parentale en cas de divorce. Ces aménagements concernent aussi bien des parents homosexuels qu'hétérosexuels. Il s’agit d’avoir les moyens effectifs de l’exercice de cette responsabilité parentale en cas de conflit.

Dans le cas de conflits parentaux, permettre aux deux parents d’exercer leur responsabilité parentale.

Pour cela, nous proposons que le parent hébergeant soit contraint à faire un rapport écrit puis commenté oralement à l’autre parent, en présence d’un tiers, à propos de l’éducation de l’enfant.

Il serait prévu par exemple, sous réserves de meilleures dispositions concrètes, que les deux parents se rencontrent deux fois par an, ou plus si besoin.

Un cahier de vie relatant petits et grands événements pourrait être le support de cette relation.

Une convention déterminerait les décisions jugées importantes et celles jugées essentielles pour l'enfant (par exemple : déménagement à plus de 50 km, choix importants de scolarité, décisions concernant la santé,...). Elle serait signée par les deux parents, à partir d'une base minimale élaborée en commun en présence éventuelle du médiateur.

Toute décision répertoriée importante, ne serait prise qu’avec information de l’autre parent.

Toute décision répertoriée " essentielle " ne pourra être prise qu’en accord avec l’autre parent.

En cas de non respect de ces règles, des sanctions viendraient sanctionner le parent fautif.

Un statut pour les parents sociaux : beau-parent et co-parent

Dans les familles multiparentales coexistent des parents légaux et des parents sociaux. Co-parent et beau-parent diffèrent parce que le co-parent est partie du projet parental initial alors que le beau-parent vient dans un temps second par rapport au projet parental.

Si rien n’empêche d’envisager plusieurs beaux-parents successifs, ce n'est pas le cas du co-parent. La situation de coparentalité est caractérisée par un consensus au moins initial entre deux à quatre personnes. Tout en cherchant à éviter la multiplication d’une part des situations conflictuelles qui pourraient découler d’un statut permettant l’égalité de quatre parents, et d’autre part, des obligations de l’enfant vis-à-vis de plus de deux personnes, nous proposons un statut de parent social pour les co-parents et les beaux-parents, en opérant certaines distinctions entre les deux. Un tel statut permettrait au parent social de prendre, à l’égard de l’enfant qu’il élève, des décisions relevant de la gestion du quotidien en accord avec les deux parents légaux ou en l’absence d’accord appartenant à la liste des décisions ne nécessitant pas l’accord des deux parents légaux (cf exercice de l’autorité parentale en cas de conflit).

Ce statut lui permettrait également, de témoigner de son engagement par des legs et donations à l'enfant. Ce statut serait une reconnaissance du lien entre le parent social et l’enfant et ne s’arrêterait pas avec la séparation du couple.

 

Ce statut doit s’envisager dans quatre directions : l’autorité parentale, la protection des relations de l’enfant avec le parent social, la prise en charge de l’enfant en cas de décès d’un des parents, la succession et les obligations alimentaires. Une solution se profile avec l’adoption simple par le parent social.

a. Autorité parentale : En ce qui concerne l’autorité parentale, créer un système de mandat. Les parents peuvent donner mandat aux parents sociaux pour accomplir tout ou partie des actes de la vie quotidienne. Si le mandat porte sur un acte usuel, l’accord de l’autre parent légal peut être présumé ; sinon son consentement est nécessaire. Une charte signée par les deux parents légaux déterminerait les actes pour lesquels ce consentement est nécessaire. Permettre au juge d’aménager l’autorité parentale entre les parents et le parent social.

b. Protection des relations de l’enfant avec le parent social : Affirmer le droit de l’enfant à des relations personnelles avec les proches qui l’ont élevé. En cas de désunion du parent et du parent social, ou en cas de décès du parent, le parent social doit pouvoir faire état des circonstances particulières qui fondent sa demande, et ce, dans l’intérêt de l’enfant. Permettre qu’une convention préalable assure la continuité des liens. En cas de décès, les conventions homologuées par le JAF se substituent au conseil de famille.

c. Prise en charge de l’enfant en cas de décès d’un des parents : en principe, l’enfant sera pris en charge par l’autre parent légal survivant mais il peut être dans l’intérêt de l’enfant d’être confié au parent social quand l'autre parent s'est manifestement désintéressé de l'enfant, est décédé ou est réputé dangereux pour l'enfant. Le juge favorisera la rédaction d'un accord entre le parent survivant et le parent social.

d. Obligations alimentaires, succession et legs : Ill s’agit de ne plus considérer le parent social comme un étranger pour l’enfant qu’il a élevé. Permettre au parent social de faire des donations et des legs testamentaires avec une fiscalité identique à celle du parent légal ou au moins à celle des grands-parents.

Le co-parent s’engage définitivement à contribuer à l’entretien et à l’éducation de l’enfant qu’il considère comme sien.

On distinguera ici l’engagement définitif du co-parent qui survit à la relation de couple et celui du beau-parent. S’il le souhaite le beau-parent devrait pouvoir s’engager sur une durée déterminée, reconductible. Dans tous les cas, les libéralités consenties devraient faire l’objet de réductions fiscales. Réciproquement, un enfant qui souhaiterait témoigner de solidarité avec le parent social devrait pouvoir le faire sans pénalité fiscale.

Cependant, l’enfant n’a aucune obligation alimentaire vis-à-vis d’un beau-parent.

Il nous semble que l’enfant ne peut être tenu par des obligations alimentaires vis-à-vis de quatre personnes simultanément. Une convention devra préciser l’ordre des personnes auxquelles seront dues les obligations alimentaires.

En résumé

Adoption simple par le parent social

L’adoption simple est une solution juridique d’accès à la multiparentalité. Elle permet l’addition de parents adoptifs aux parents de naissance. Elle devrait cependant être aménagée car d’une part l’autorité parentale y est actuellement transférée aux seuls parents adoptifs, d’autre part, elle a des conséquences excessives en termes d’obligations alimentaires et enfin, elle ne donne pas à l’adopté la qualité d’héritier de ses grands parents dans la lignée adoptante, ni la nationalité française. Un aménagement du dispositif de l’adoption simple, avec autorité parentale partagée de manière consensuelle par les parents biologiques et le parent social, permettrait à l’enfant d’avoir une filiation conforme à un environnement multiparental. Cet aménagement, fondé sur l’éthique de la responsabilité et sur la coparentalité, respecte toutes les personnes concernées et permet d’offrir à l’enfant une réelle protection de ses liens. Il appartient ainsi à un cercle familial élargi. L’établissement d’une convention les obligations alimentaires limiterait les charges qui pèsent sur l’enfant. Enfin, il ne doit pas y avoir de différence entre l’adoption plénière et l’adoption simple pour ce qui a trait aux grands-parents.

Un livret de l’enfant : concrétiser la multiparentalité

Pour concrétiser la multiparentalité, nous proposons de créer un exemplaire du livret de famille pour l'enfant, qui sera complété avec les informations spécifiques le concernant. La multiparentalité y est traduite par la mention des liens additionnels de parenté. Ce livret est propriété de l'enfant, il est à son nom, il cite les différents protagonistes et précise leurs niveaux d'engagement auprès de lui. Peuvent y être ajoutés les parents sociaux (ou parents additionnels ainsi que les quasi-frères et sœurs, enfants des parents sociaux). Le livret de l’enfant comporte toutes les délégations d’autorité parentale et permet l’accomplissement des actes de la vie quotidienne par les parents sociaux.

Retour en haut    MENU PRINCIPAL