Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens
| Familles : nom féminin pluriel
Martine Gross et Eric Dubreuil,
coprésidents de lAPGL |
Pour la première fois il y a quelques semaines, le Tribunal de Grande Instance de Bressuire reconnaissait un statut de parent social à la compagne d'une mère lesbienne en lui accordant un droit de visite des enfants quelles élevaient ensemble. Aujourdhui, le Tribunal Administratif de Besançon annule un refus d'agrément et prend en compte les qualités humaines et éducatives de la candidate, institutrice jurassienne de 38 ans, malgré "la relation homosexuelle stable quelle entretient avec sa compagne. Les juges ont estimé qu'elle présentait "les garanties suffisantes" sur les plans familial, éducatif et psychologique pour accueillir un enfant adopté. Ces deux décisions signent une évolution des mentalités dans notre société et une première reconnaissance du fait que les compétences parentales ne se mesurent pas en fonction de lorientation sexuelle. Un décret excluant quil soit allégué de lorientation sexuelle du candidat pour refuser un agrément en matière daccueil ou dadoption, serait dailleurs le bienvenu. A lautomne prochain, le parlement est invité à débattre de la réforme de la famille sur la base des propositions du rapport de Françoise Dekeuwer-Défossez. L'APGL a rédigé une série de propositions de loi qui tiennent compte de la réalité des familles plurielles actuelles. Deux types de familles se distinguent dans le paysage familial contemporain : les familles biparentales et les familles multiparentales. Dans les familles biparentales, deux parents au maximum se définissent comme tels. Ils peuvent être mariés, concubins de sexe différent ou de même sexe. Ils peuvent aussi être séparés, ou même célibataires. Il sagit dans ce dernier cas de familles monoparentales. Les familles multiparentales regroupent les familles où des parents sociaux élèvent, au côté dun parent légal, des enfants quils nont pas mis au monde. Nos propositions tiennent compte de cette évolution actuelle des formes familiales. Elles sarticulent autour de deux axes : primat du lien social et reconnaissance des familles multiparentales. Le primat du lien social : une éthique de la responsabilité La priorité accordée au lien biologique est loin de correspondre dans les faits, à la réalité. Cest pourquoi nous souhaitons baser le droit de la filiation, non plus sur le primat du biologique mais sur une éthique de la responsabilité, en valorisant létablissement volontaire de la filiation, comme cest le cas pour ladoption. Dans ce cadre, pour devenir parent, il faut un acte volontaire : reconnaître son enfant ou bien ladopter. La filiation découlant de lengagement parental étant une filiation construite, elle peut être différente des origines et peut donc concerner deux parents de même sexe. La filiation ainsi établie sur la base dun engagement parental doit être irrévocable car la parenté nest pas dordre contractuel. En outre, létablissement de la filiation doit se doubler dune protection de la responsabilité parentale. Nous proposons pour cela dinstituer un délit de " déni de parentalité " lorsquun parent est empêché dexercer ses devoirs parentaux par lautre parent ou par un tiers. La reconnaissance des familles multiparentales Il appartient à la loi de donner une place à tous ceux qui ont rendu possible la venue au monde de lenfant, et à tous ceux qui sengagent auprès de lui. La filiation juridique doit être cohérente avec la réalité vécue, afin que lenfant se sente en sécurité. Il sagit de ne pas limiter le nombre de parents à deux et mettre en place la possibilité dune parenté additive et non substitutive. Des dispositions devraient être prises en vue dencourager la coresponsabilité parentale en accordant un statut au parent social, quel que soit son sexe et en favorisant lexercice de la responsabilité en cas de séparation. Un livret de lenfant lui permettrait de connaître toutes les personnes engagées vis-à-vis de lui. Quelque révolutionnaire que puisse paraître le concept, ces familles existent pourtant. On peut estimer à plusieurs dizaines de milliers, le nombre denfants concernés par la multiparentalité. Quant aux familles homoparentales, comme les autres familles, elles peuvent être biparentales ou multiparentales. Elles sont biparentales lorsque les enfants sont nés dinsémination artificielle, ou adoptés, mais nont quun seul parent légal. Elles sont multiparentales lorsque les enfants y sont issus dune union antérieure, ou bien sont conçus et élevés en coparentalité.. Mais dans les familles homoparentales, les liens des enfants avec tous ceux qui les élèvent ne sont pas protégés. Nous souhaitons que lhomoparentalité sinscrive dans la réalité sociale et juridique comme une forme familiale comme une autre, tant pour les familles déjà constituées que pour les projets parentaux à venir. Ce qui implique de cesser de déclarer certains citoyens inaptes à fonder une famille du seul fait de leur sexualité, de permettre ladoption aux couples de même sexe, dautoriser la procréation médicalement assistée aux célibataires et à ces mêmes couples, et de prévoir un aménagement permettant à lenfant dêtre adopté par le parent social, lorsquil na quun seul parent légal. Ces propositions offrent un cadre légal lorsque procréation, sexualité et parentalité ne sont plus superposées et que les origines des enfants ne coïncident pas avec leur filiation. Elles concilient le respect de lhistoire de lenfant en faisant place à son droit de connaître ses origines, et la construction dune filiation cohérente avec son environnement parental. Elles concernent un nombre croissant dadultes et denfants. Avec les deux récentes décisions évoquées plus haut, les tribunaux semblent commencer à être sensibles à cette réalité. |
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