Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens 


Elle
Novembre 2000
Editorial


 

Les enfants d’homos à la loupe

Au grand mot, les grands remèdes. Ainsi, "homoparental " — qui désigne un couple de parents du même sexe — déclenche une telle frayeur que, depuis quelque temps, maires et parlementaires organisent des pétitions à tour de bras. Leur motivation? " L’intérêt de l’enfant, sa sécurité, sa dignité et son avenir. " Ainsi, plus de 60000 personnes auraient déjà signé en faveur d’une loi qui déclarerait irrecevable —eu égard aux risques encourus— toute demande d’adoption par des couples homos. Personnellement, je serais homosexuelle, avec ou sans désir d’enfant, je prendrais assez mal d’être considérée comme un danger ambulant et une source d’indignité pour autrui. Mais la susceptibilité n’a rien à faire dans cette histoire. En revanche, la grande nouveauté est qu’aujourd’hui, pour la première fois en France, des chercheurs se penchent sur la question.

Cinquante-huit garçons et filles, entre 4 et 16 ans, issus d’un milieu homoparental, ont été suivis. Les conclusions de la thèse de médecine de Stéphane Nadaud, jeune pédopsychiatre, apportent un début de démonstration scientifique : le développement psychologique de ces enfants est absolument normal. S’ils sont un peu moins sociables que la moyenne, ils apparaissent en revanche un peu plus actifs et possèdent une capacité d’adaptation supérieure aux enfants de leur âge. Les plus " pénalisés " seraient ceux qui, nés de parents hétéros et élevés dans une famille traditionnelle, sont passés ensuite dans une famille homoparentale. Mais, selon l’auteur de l’étude, l’explication vient plus de la rupture des parents biologiques que de la sexualité des adoptifs. Ainsi, la route vers l’adoption pour les homosexuels en couple semble s’ouvrir. Et sans doute grâce à ceux-là mêmes qui y sont le plus opposés ! Leur inquiétude virulente suscite des recherches dont les résultats ne peuvent être mis en doute. L’arroseur arrosé ou l’expression d’un vrai débat démocratique ?

Marie-Françoise Colombani

Elle – novembre 2000



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