Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens
Elle |
|
Les homosexuels sont de plus en plus nombreux à vivre en
couple et à élever des enfants. Mais ils doivent toujours
contourner la loi qui leur interdit d'avoir un bébé par
insémination ou via I'adoption EDWIGE ANTIER, ROGER TÊBOUL, Un enfant serait-ilplus handicapé avec deux mères qu'avec un seul parent ? FRANÇOIS DE SINGLY
Ladoption ou Iinsémination - artificielle, quelle démarche conseilleriez-vous ? FRÉDÉRIC JESU, pédopsychiatre, médecin de santé publique au Comité international
de l'enfance et de lu famille.
GENEVIÈVE DELAISI DE PARSEVAL,
Doit-on légaliser la parentalité homosexuelle. ROGER TÉBOUL FRANÇOIS DE SINGLY GENEVIÈVE DELAISI DE PARSEVAL |
|
||
|
||
|
||
|
||
|
||
|
|
|
Aux Etats-Unis, le mouvement a commencé il y a une vingtaine d'années : il y aurait 14 millions d'enfants de gays. On parle même de gayby-boom. Pourtant, seul le New-Jersey autorise les couples gays (ou non mariés) à adopter un enfant. Aux Pays-Bas, pays avant-gardiste en la matière, on compterait 20 000 enfants d'homosexuels. Selon un sondage réalisé, en France, par « Têtu », mensuel gay, 50 % d'homosexuels déclarent vouloir un enfant; 10 % en ont. L'Hexagone compte 50 000 garçons et filles nés - ou adoptés - par la volonté de ces couples parentaux « hors normes ». Le chiffre semble impressionnant. Surtout si l'on considère que l'adoption leur est interdite, ainsi que la procréation médicalement assistée (PMA). Reste qu'il est possible de contourner les lois : un ou une célibataire peut être candidat à l'adoption, pourvu qu'il n'évoque pas son homosexualité. La Belgique, les Pays-Bas accueillent les femmes souhaitant une PMA, sans se montrer sourcilleux. Enfin, les petits arrangements entre amis, appelés « inséminations artisanales », que l'on effectue soi-même (avec une seringue sans aiguille, par exemple), sont fréquents. Car, une chose est sûre, le désir de ces couples à assumer un rôle de parents est si grand qu'ils sont prêts à abattre des montagnes pour le réaliser. Mais qu'en est-il de l'intérêt de l'enfant ? Comment se structurera-t-il dans ces foyers pas comme les autres et face à un monde majoritairement hostile à l'homoparentalité ? Nous avons interrogé Eric Dubreuil, président de l'Association des parents gays et lesbiens (1) et auteur de « Des parents du même sexe », qui vient de paraître chez Odile Jacob. (1) L'APGL, 3, rue Keller, Paris 11 |
|
|
ELLE : A lire votre ouvrage, il est clair que les parents homosexuels sont pleins de bonnes intentions. Mois les enfants, eux, ne choisissent pas leur famille. Et s'ils n'étaient pas à l'aise dans ce schéma ? ERIC DUBREUIL: je suis sûr que, élevé par un couple stable, aimant, responsable, un enfant est heureux. Il s'adapte à sa différence - celle de son contexte familial - s'il est désiré, aimé, entouré. D'ailleurs, justement parce qu'elle est atypique, la construction parentale homosexuelle est soutenue par une réflexion tellement profonde que l'amour vers cet enfant est peut-être plus fort que chez les autres parents. ELLE : Vous parlez de construction. Dans bien des cas, il y a, en effet un dispositif mis en place, un accord entre deux lesbiennes et un homosexuel, par exemple, pour qu'un enfant soit conçu par « insémination artisanale ». N'est-ce pas un système complexe, peu gratifiant pour qui en est issu ? E.D. : Oui, c'est complexe puisqu'un couple de même sexe est infécond. Les couples hétérosexuels stériles ont les mêmes problèmes pour devenir parents. Ce qui compte, c'est le désir d'enfant. ELLE : Pourtant lu référence en la matière est qu'un homme et une femme sont à la base de ce désir. Sortir de ce cadre, c'est exposer les enfants à n'être pas comme les autres. Ce qu'ils détestent unanimement. E.D. : Nous le savons. C'est pourquoi l'enfant qui naît dans ce cadre inhabituel doit être éclairé très rapidement sur sa filiation. Si ses parents lui disent la vérité avec simplicité, il comprend et vit ça très bien : les enquêtes effectuées aux Etats-Unis, aux Pays-Bas, avec plus de recul qu'en France, le prouvent. L'annonce, dans « Libé », montre bien que cette transparence est de mise, dès le début. Les enfants adultérins ne sont pas autant respectés! ELLE : Ces enquêtes sont menées, la plupart du temps, par les intéressés eux-mêmes. Donc, pas validées. E.D. : Certes, mais elles existent. Dans un film tourné à San Francisco, un jeune adulte élevé par deux lesbiennes disait: « je suis hétéro, mais culturellement gay. » La culture gay, c'est l'ouverture à la tolérance. Mon compagnon organise « Les Quatre Cents Coups », une rencontre d'enfants d'homos, à la campagne, avec activités de toutes sortes. Les gamins sont bien dans leur peau, ça se voit. ELLE. : Et plus tard ? E.D. : Il y a aussi des enfants issus du modèle normatif qui sont perturbés! ELLE. : Cependant vous, vous savez, dès le départ, que les vôtres ne pourront pas échapper à certaines difficultés. E.D. : C'est vrai. Tout va bien jusqu'à 6-7 ans. Jusqu'à ce qu'ils rencontrent le regard des autres, les mots méprisants, dévalorisants. Ce problème, j'y suis confronté, très douloureusement, à titre personnel. Lorsque j'ai divorcé, ma fille avait 7 ans. Elle m'a dit: « je ne veux pas d'un père homosexuel ! » Si, à son âge, elle connaissait ce terme en y associant une valeur négative, c'est qu'elle l'avait entendu prononcé ainsi. L'homophobie est politiquement incorrecte, mais encore bien vivace. Pour protéger leurs enfants, les parents homosexuels doivent être solides, assumer leur différence clairement, sans honte. Comme face au racisme. Il n'y a pas en France de communauté homosexuelle, d'isolationnisme. Mais il ne faut pas gommer notre particularité comme si nous nous la reprochions. L'homoparentalité, ce n'est ni bien ni mal, c'est ici et maintenant. |
|
|
P.G. |