Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens 


"Le Figaro"
30 janvier 2000

En première page

Par Marie-Amélie Lombard

Kramer contre Kramer, version gay

A Bressuire aussi, les couples se déchirent. Là, dans les Deux-Sèvres, ce sont Deux-Sèvres, enseignantes d'une quarantaine d'armées, qui, après une décennie de concubinage, sont arrivées devant le tribunal. Tragiquement banales, elles se disputaient les enfants. Depuis leur séparation, cet été, Françoise réclamait à Anne la mère biologique, de pouvoir « garder des contacts » avec les deux petites filles de 3 et 9 ans qu'elles avaient voulues et élevées en commun. Par écritures d'avocats interposées, Anne qui, à une autre époque, rêvait de voir sa compagne devenir « parent », décrivait maintenant son « comportement dépressif alcoolique, violent et destructeur ». Appelé à trancher, le juge vient de donner un droit de visite à Françoise, estimant qu'il en était de « l'intérêt des enfants ». Tout bonnement. Loin des débats du moment sur le Pacs, l'adoption chez les couples homosexuels et autres est matière à prise de bec. A Bressuire, le magistrat n'a pas eu besoin de contorsions avec la loi. Il a visé le Code civil qui prévoit qu'« en considération de situations exceptionnelles, le juge aux affaires familiales peut accorder un droit de correspondance ou de visite à d'autres personnes, parents ou non ». Après avoir constaté due Françoise « s'était largement impliquée dans la vie quotidienne et l'éducation (des deux enfants) gui l'appelaient «tata » ». Qu'elle avait eu, pendant plus de dix ans, « le statut de seconde mère » même si, officiellement, elle ne pouvait prétendre qu'à celui de marraine civile. Mais surtout qu'il convenait, « dans l'intérêt » des petites filles, de « reconstruire l'avenir sans traîner avec soi la haine d'un passé révolu ». « Les enfants sont au courant de tout. Elles réclament ma cliente », assure aujourd'hui Me Catherine Falourd, avocate de Françoise.

Pendant des années, les deux femmes avaient exploré les circuits parallèles des homosexuels en quête d'enfant. Refusant la voie « naturelle », Anne avait trouvé, par ami interposé, un donneur de sperme complaisant. Après des inséminations artificielles clandestines, trois petites filles étaient nées. L'une est morte en bas âge. Ces drôles de dames provoqueront moins de tapage que ces gays britanniques ayant obtenu en Amérique, la possibilité de voir inscrits leurs deux noms en tant que pères sur l'état civil de leurs jumeaux. Sans mention de la mère. Au palais de justice de Paris, l'histoire de Bressuire ne suscite guère d'émoi : « Nous n'avons pas eu de cas semblables mais pourquoi pas ? », répond-on aux Affaires familiales. Il est stipulé dans le jugement que les enfants de Bressuire rencontreront leur marraine « les 2ème et 4ème samedis de chaque mois ». En terrain neutre.

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