L'union nationale des associations familiales (UNAF) n'intégrera
pas dans ses rangs les parents homosexuels. Les quarante membres du
conseil d'administration de cette association, qui regroupe la
quasi-totalité du mouvement familial français, ont majoritairement
rejeté, vendredi 29 juin, la demande d'agrément déposée en
novembre 2000 par l'Association des parents et futurs parents
gays et lesbiens (APGL). Pour cette dernière, l'enjeu était de
taille : obtenir la reconnaissance officielle des familles
homoparentales en faisant porter leur voix par l'UNAF, interlocuteur
privilégié de l'Etat sur tous les sujets liés à la famille.
L'APGL, qui compte environ mille adhérents, est-elle une
association familiale ? L'article premier du code de l'action
sociale et de la famille définit une association familiale comme
regroupant "des familles constituées par le mariage et la
filiation légitime ou adoptive", "des couples mariés sans
enfant" et "toutes personnes physiques ayant charge légale
d'enfants par filiation ou adoption". Selon cette définition,
reconnaît l'UNAF dans un communiqué du 2 juillet, "une
association regroupant essentiellement des parents au sens
biologique ou/et juridique, quand bien même ceux-ci seraient
homosexuels, peut adhérer à l'UNAF et ce, au même titre que les
associations de familles monoparentales".
Pourtant, conclut le communiqué de l'UNAF à l'issue d'une
étonnante volte-face, l'APGL "ne peut entrer dans les critères
définis par la loi pour obtenir le caractère d'associations
familiales". Pourquoi ? Parce que l'APGL "demande la
reconnaissance du couple homosexuel en tant que parents alors même
qu'un seul des membres de ce couple peut faire état biologiquement
ou juridiquement du statut de parent".
"Sidérée et déçue", Martine Gross, la coprésidente de
l'APGL, elle-même mère de deux enfants adoptés, cherche à
comprendre. "Il faudra que nous rencontrions le président de
l'UNAF, Hubert Brin, pour qu'il nous explique... La commission
d'agrément et d'arbitrage de l'UNAF, qui donne son avis au conseil
d'administration, nous avait assuré que notre dossier tenait
techniquement la route." Les arguments utilisés pour rejeter la
demande d'adhésion de l'APGL sont, à ses yeux, "particulièrement
spécieux" : "Nous n'avons jamais demandé la
reconnaissance des couples en tant que tels mais juste des parents
homosexuels. D'autre part, d'autres associations membres de
l'UNAF regroupent de futurs parents, comme Enfance et familles
d'adoption. Enfin, on peut être homosexuel et devenir parent tout à
fait légalement : c'est le cas lorsqu'un gay et une lesbienne
sont coparents."
"L'ALTÉRITÉ DES SEXES"
Derrière le raisonnement juridique plutôt subtil du communiqué se
cache un vrai débat politique. L'éventualité d'une adhésion de
l'APGL agite l'UNAF depuis des mois, inquiétant tout
particulièrement les associations proches de l'Eglise
catholique comme Familles de France, les Associations familiales
catholiques ou Familles rurales. Tout en insistant sur les
fondements juridiques de la décision prise par le conseil
d'administration qu'il préside, Hubert Brin insiste sur le fait que
"ce n'est pas à l'UNAF de reconnaître l'homoparentalité en
premier lieu" : "C'est aux pouvoirs publics de prendre
leurs responsabilités. Ensuite, nous en tirerons les conséquences.
Pour la grande majorité des associations membres de l'UNAF, un
enfant a besoin d'une mère, d'un père, et d'être confronté à
l'altérité des sexes." L'UNAF, rappelle-t-il, s'est toujours
prononcée contre l'adoption ou l'accès à la procréation médicalement
assistée pour les homosexuel(le)s. Le pacs n'avait pas davantage eu
ses faveurs.
La fin de non-recevoir opposée à l'APGL place néanmoins l'UNAF,
association loi 1901 créée par une ordonnance de 1945 (reprise
par une loi de 1956, modifiée en 1975) et financée intégralement par
l'Etat, dans une situation délicate. Ségolène Royal, la ministre
déléguée de la famille et de l'enfance, écrivait le 20 avril à
Hubert Brin que "rien ne paraît en droit faire obstacle" à ce
que l'APGL devienne membre actif de l'UNAF. A l'annonce du refus,
Ségolène Royal s'est contentée de "prendre acte de la décision de
l'UNAF". "Elle réfléchit aux suites à donner dans le cadre
des procédures existantes", a-t-elle fait dire par son service
de presse.
Pascale Krémer