Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens
Deux cent cinquante-trois parlementaires ont signé la pétition anti-adoption de Renaud Muselier
DISCRÈTEMENT mais sûrement, Renaud Muselier engrange, chaque jour, 600 à 800 nouvelles lettres de soutien. Lancée il y a tout juste six mois (Le Monde du 24 avril), la pétition du député (RPR) des Bouches-du-Rhône « contre l´adoption d´un enfant par deux personnes de même sexe liées par un pacs » aurait déjà, selon son instigateur, recueilli 60 000 signatures de particuliers, quelque 5 000 signatures de maires, conseillers régionaux et généraux ; et le soutien de 253 parlementaires (168 députés et 85 sénateurs, sur un total de 898 parlementaires) appartenant à tous les groupes de l´opposition, ainsi que de 10 députés européens (RPR, RPF, DL, CNPT).
L´écho rencontré par son initiative est tel que la prise de position contraire, le 24 octobre, dans Le Monde, du porte-parole du RPR, Patrick Devedjian, a suscité des remous dans l´opposition. Annonçant son intention de ne pas signer la pétition, M. Devedjian déclarait : « Je comprends le discours qui veut qu´un enfant a besoin des contraires pour se structurer, et donc d´un homme et d´une femme. Et si on ne peut pas donner cela ? Il faut alors se dire que ces enfants seront plus heureux avec des parents homosexuels qu´en institution et que des couples hétérosexuels sont incapables d´élever des enfants ! » Plusieurs députés Démocratie libérale se sont « étonnés » de ces propos ; Pascal Clément, député (DL) de la Loire, allant jusqu´à lancer en guise d´avertissement : « Si on veut totalement effrayer l´électorat de droite, il n´y a qu´à continuer comme cela. »
Renaud Muselier s´affirme surpris du succès rencontré par sa pétition, et raconte volontiers que plusieurs députés de gauche lui ont glissé à l´oreille, dans les couloirs de l´assemblée, être en accord avec lui. Il se garde, pourtant, de se glorifier de ces résultats. « Je ne veux plus être traité d´homophobe. Je veux poser sereinement, dignement, un débat de société, dans l´intérêt de l´enfant. » En avril, son appel à la mobilisation des parlementaires en faveur des « nombreux enfants en danger » avait en effet provoqué l´indignation du Conseil de la Lesbian and Gay Pride, qui, au nom d´une vingtaine d´associations, avait dénoncé le caractère homophobe de cette pétition « visant à légitimer une discrimination flagrante, contraire à l´esprit de la République et à la dignité humaine ».
Le tribunal administratif de Besançon (Doubs) venait, le 24 février, de casser la décision du conseil général du Doubs qui avait refusé de délivrer l´agrément préalable à l´adoption à une institutrice de trente-huit ans, parce que cette dernière vivait en couple homosexuel. Or l´adoption est ouverte aux personnes seules, auxquelles le code civil ne pose aucune condition quant à leurs choix de vie. Même si Elisabeth Guigou, dans un communiqué du 19 mai, rappelait qu´« en aucun cas, le pacs n´a pour objet, ni pour effet de modifier le droit régissant l´adoption », cette décision du tribunal administratif de Besançon était, aux yeux de Renaud Muselier, une « première étape » vers l´adoption autorisée aux couples homosexuels, « la suite logique des propos tenus par le rapporteur du pacs, le député (MDC) Jean-Pierre Michel ».
Parce que « jamais on ne nous a prouvé scientifiquement que l´absence de double référent père-mère n´entravait pas le développement de l´enfant », le premier adjoint au maire de Marseille se lance alors dans une croisade contre l´homoparentalité. Un site Internet est mis sur pied, de même qu´un système astucieux de « relais » : les particuliers les plus motivés cochent la case « Je souhaite être le relais de cette initiative dans mon département » au bas de la pétition, indiquent leur numéro de téléphone, photocopient à tour de bras la pétition et « vont parfois jusqu´à tenir un stand le dimanche, sur la place de l´église », explique M. Muselier.
Un courrier a été adressé à tous les maires de France. Les plus enthousiastes proposent la pétition à l´accueil de la mairie, comme celui de Nérac (Lot-et-Garonne), Jean-Louis Brunet (UDF). Les fédérations RPR, les militants de Familles de France, des Associations familiales catholiques (AFC), des Unions départementales des associations familiales (UDAF), mobilisent leurs réseaux. « Mais j´ai rejeté les offres de services des extrémistes », assure Renaud Muselier. En 1998, c´est grâce au savoir-faire de la très catholique et très anti-avortement Association pour la promotion de la famille (APPF), que Michel Pinton, maire (UDF) de Felletin (Creuse), avait reçu le soutien de 12 000 maires pour sa pétition contre les unions entre personnes de même sexe.
Lorsque les signatures amassées le placeront en position de force, Renaud Muselier présentera sa proposition de loi, signée par 253 parlementaires, « relative à l´irrecevabilité de la demande d´adoption d´un enfant par deux personnes de même sexe », et motivée par la « défense de l´intérêt de l´enfant : sa sécurité, sa dignité et son avenir ». Elisabeth Guigou, lors des débats sur le pacs, n´a-t-elle pas repoussé tous les amendements visant à inscrire formellement dans la loi l´interdiction de l´adoption d´un enfant par les couples homosexuels ? La proposition de loi suggère de compléter l´article 343-1 du code civil : après « L´adoption peut être demandée par toute personne âgée de plus de vingt-huit ans », Renaud Muselier ajouterait « et ne vivant pas en couple avec une personne de même sexe ».
P. Kremer.
Le Monde daté du samedi 28 octobre 2000