EDITO |
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JURIDIQUE L'Etat du droit L'ETAT L'embarras des politiciens Ne confondons pas les faits et le droit DEMARCHES Recherchent mère de substitution Trois parents et un couffin Une famille super COMPORTEMENTS Enfants d'homos, enfants comme les autres Homos, hétéros, même combat TEMOIGNAGES Paroles d'enfants |
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| Article
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Christine et Sandra n'ont pas réussi à fermer l'oeil de
la nuit. Elles ont quitté la Normandie au petit matin, embarqué au passage Hugo et sa
femme, les amis fidèles. Après cinq heures de route, immense et grise, la clinique de
Jette, dans la banlieue de Bruxelles. Christine et Sandra descendent de voiture : «
Allez, cette fois, faut y aller... » L'une, Christine, est grande, mince, avec de longs
cheveux bruns. L'autre, Sandra, blonde, petite et ronde. Elles n'ont pas 30 ans. Elles
sont animatrice et assistante sociale. Leur rencontre remonte à cinq ans. A l'époque
Sandra vivait avec un garçon. Très vite, les deux femmes se sont installées ensemble
dans une ferme des environs de Caen. Et puis un jour elles se sont dit qu'elles y
verraient bien courir un enfant. Après deux ans de réflexion, elles ont décidé de
pousser la porte du service de fertilité du professeur belge Paul Devroey. Le couple a
subi un entretien psychologique il y a un mois. Aujourd'hui Sandra va se faire inséminer avec le sperme d'un donneur inconnu. Sa compagne remet à l'infirmière les 3 500 francs belges (6 000 francs environ), prix du forfait pour trois essais. L'opération dure quelques minutes. « Déjà fini ? Ça va marcher ? », interroge Sandra. « Il faut compter 15% de réussite, répond l'infirmière. Bonne chance ! » Les jeunes femmes rejoignent leurs amis dans la salle d'attente : « Allez, on va se faire une bonne bouffe à Bruxelles pour fêter ça ! » Voilà vingt ans que Paul Devroey, gynécologue, pratique des inséminations sur des homosexuelles. Il a longtemps été l'un des pionniers en Europe, avant que d'autres centres comme le sien n'ouvrent, en Belgique, aux Pays-Bas et en Finlande. Chaque année, une centaine de couples de femmes venues de France viennent le consulter, puisque la loi bioéthique de 1994 réserve le recours à la PMA (procréation médicalement assistée) aux seuls couples hétérosexuels, mariés ou non. On le regarde comme un docteur Frankenstein. Ce paisible père de famille explique : « J'ai été choqué par la situation de ces femmes obligées de faire des enfants en cachette avec un copain - ou le frère de leur amie ! -, dans des conditions parfois lamentables. J'ai lu des publications américaines qui constatent que les enfants d'homos se portent bien. Alors j'ai pensé qu'on pouvait aider certaines lesbiennes, après s'être assuré que leur couple était stable, leur homosexualité assumée et qu'il y avait des hommes dans leur entourage. » C'est Patricia Baetens, psychologue, qui reçoit les futures mamans : « On n'a pas inventé la parenté homosexuelle, vous savez. Le désir d'enfant est universel. Simplement, aujourd'hui, les homos n'y renoncent plus. » Alain, gay parisien, se souvient du cri du coeur de sa mère le jour où il lui a annoncé qu'il préférait les hommes : « Alors tu n'auras jamais de petits ! » « Avant, quand on était homo, on disait adieu à la paternité. C'était comme un prix à payer, une castration, dit-il. Ou bien on se mariait pour les enfants et on trompait sa femme. » Avant, les homos demandaient simplement un peu de reconnaissance. Qui, à part quelques pionniers, aurait eu l'idée d'élever des enfants dans une société qui a longtemps considéré l'homosexualité comme un crime ? Qui en aurait même manifesté le désir ? Une majorité de gays et de lesbiennes se construisaient, par dépit ou conviction, en opposition aux couples traditionnels. « L' hétéro c'était l'ennemi, le mariage, les gosses, la popote : tout ce dont on ne voulait pas », rappelle Eric, 46 ans. Et puis le modèle de la famille nucléaire a volé en éclats. Les mentalités ont évolué. Le débat sur le Pacs a contribué à modifier le regard social sur l'homosexualité, avant même d'instaurer la reconnaissance des couples homos. Pour Eric Fassin, sociologue, chercheur à l'Ecole normale supérieure, « ce débat a aussi changé la vision des gays et des lesbiennes sur la société et sur eux-mêmes. Vivre en couple, fonder une famille est devenu à leurs yeux plus légitime ». Certains ont aujourd'hui envie de vivre et de se réaliser comme tout le monde. « Comme les hétéros, ils pensent que la construction identitaire passe par l'enfant, note le sociologue François de Singly. Les hétéros adhèrent au modèle de couple homo dans le sens d'une plus grande liberté. Et les homos s'alignent sur les hétéros concernant la filiation. » Signe des temps, l'APGL, Association des Parents et Futurs Parents gays et lesbiens, créée en 1986, a vu ses effectifs décupler ces dernières années (1). Elle compte aujourd'hui plus de mille adhérents et des antennes régionales dans toute la France. Eric Dubreuil, son coprésident, est élu gay de l'année en 1998. Et en 1999, grande première, l'APGL est admise sur le char de la Lesbian and Gay Pride. On ne l'accuse plus de « singer les hétéros ». Combien d'homosexuels veulent des enfants ? Il n'existe aucune donnée précise sauf un sondage BSP-« Têtu » de 1997 qui indique que 45% des lesbiennes et 36% des gays seraient concernés. En France, on ne parle pas encore de « gayby-boom », comme aux Etats-Unis. Mais une certitude existe : le désir d'enfant des homos est de plus en plus assumé. A l'APGL, on rencontre des hétéros divorcés qui vivent avec leur bambin et un conjoint de même sexe, des couples d'homos qui sont déjà pères ou mères. « Et tout à coup, un verrou saute. On se dit qu'être homo et parent c'est possible », explique Alex, 33 ans. Possible, mais souvent long et difficile. La plupart des couples doivent d'abord répondre à une multitude d'interrogations : comment gérer l'absence de l'autre sexe ? Comment l'enfant va-t-il assumer le regard de la société, des copains à l'école ? Que va dire ma famille ?... « Faut pas croire, on se pose des questions et en plus on s'en prend plein la gueule, affirme Agnès, enceinte de quatre mois des oeuvres d'un ami gay. Combien de fois ai-je entendu, même chez les homos : de quel droit tu fais ça ? Et le père ? Pauvre gosse ! » Certains foncent tête baissée. D'autres mettront des années à hésiter sur la marche à suivre. Pour tous, en effet, se pose en premier la question cruciale : comment faire ? Première solution : l'adoption, accordée aux célibataires depuis la loi de 1966. Véronique, 34 ans, prof de sport, a déposé un dossier d'agrément en 1997. Plusieurs de ses amies ont réussi à adopter en évitant simplement de mentionner leur homosexualité lors de l'enquête sociale. Véronique, elle, n'a pas voulu cacher son amour pour Cathy. Sa demande a été refusée. Elle a porté plainte pour homophobie. Des décisions récentes - en juin 1999 et en février dernier, deux lesbiennes, l'une dans l'Hérault, l'autre dans le Jura, ont reçu un agrément sans dissimuler leurs préférences sexuelles - lui redonnent espoir (lire p. 18, « L'état de droit »). Mais Véronique et Cathy ne veulent plus attendre. Elles ont décidé d'avoir un bébé à elles. Alors elles ont cherché un donneur dans leur entourage. Jacques, ancien admirateur de Véronique, aujourd'hui divorcé et père d'un petit garçon, a accepté le contrat : pas de reconnaissance, pas de présence excessive. Simplement, le jour où l'enfant voudra connaître son père, on lui parlera de Jacques. « Chacun doit connaître ses origines », dit la future mère. Marie et Eva, aussi, insistent sur l'importance d'un père symbolique. « Beaucoup de nos amies bricolent leur propre PMA avec les moyens du bord. Elles prennent le frère de l'une d'entre elles ou le copain d'enfance comme donneur, une seringue, et mesurent la période d'ovulation. Nous, on ne voulait pas faire ça à la sauvette. » Elles ont opté pour l'insémination avec donneur connu, en Finlande : à 18 ans, l'enfant pourra contacter la clinique pour découvrir l'identité de son géniteur. Et si celui-ci venait à se rétracter entre temps ? Marie élude : « De toute façon, on ne va pas enfermer notre enfant dans une cage aux filles, on ne va pas l'élever dans la haine des hommes. » Le petit aura cinq oncles, des grands-pères, des cousins. Et puis, comme pour se rassurer tout à fait : « Les histoires de père, c'est à la mode depuis vingt ans. Avant on ne se posait pas la question. » Toutes les femmes qui recourent à l'insémination insistent sur la possibilité d'identification à d'autres hommes que le père biologique. Toutes diront la vérité de l'histoire à leur enfant. Ecoutons Brigitte et Anne, profs de collège. « On a beaucoup lu les psys, l'important c'est la place d'un tiers. On va présenter ça comme un don. » Pascale a rencontré Isabelle quand elle était enceinte d'un mois. Elle a quitté son compagnon pour vivre avec elle. Les deux femmes ont élevé ensemble Ana, qui a aujourd'hui 4 ans. Récemment elles ont décidé d'élargir la famille, au moyen d'une insémination. C'est Pascale qui vivra cette grossesse : « Si ç'avait été trop dur d'élever un enfant sans père, on ne l'aurait pas fait. Quand on explique clairement les choses, tout se passe bien. » Les hommes ont évidemment plus de mal à devenir parents. Une minorité font appel à une mère porteuse, pratique illégale en France et fort coûteuse (lire p. 14 l'histoire de Marc et Alain). Ceux qui n'ont pas les moyens ou qui ne peuvent se résoudre à l'absence d'une mère optent pour la « coparentalité » : situation dans laquelle un gay et une lesbienne décident de concevoir et d'éduquer un enfant ensemble. Souvent, les coparents se rencontrent par petites annonces ou, comme Didier et Agnès, lors des réunions de l'APGL (lire ci-contre). Au départ, ni amitié ni amour, seule une volonté commune, immense, d'avoir un enfant. Le petit est assuré de connaître ses père et mère biologiques... et même deux parents supplémentaires, au cas où chacun vit en couple. A condition que les compagnons arrivent à trouver leur place dans cette construction fragile. Eric, 46 ans, et Annie, 45 ans, se sont connus grâce à une annonce dans le « Gay Pied ». Ils ont donné naissance à Gabrielle, 8 ans. La petite vit chez sa mère. Le père va la chercher à l'école chaque soir et reste souvent dîner chez sa « coparente ». « Tout se passe bien, même si on discute ferme sur les dates de vacances, dit Annie en riant. Avec le recul, je me dis que le pari était tout de même un peu fou : faire un enfant avec un parfait inconnu... On a eu beaucoup de chance. » Nicolas, lui, n'a pas tiré le gros lot. Il avait cru trouver en Mona la mère idéale. Du jour où elle est tombée enceinte, elle n'a plus voulu le voir. Quinze jours après la naissance de Léa, Nicolas a reçu une lettre de l'avocat de la coparente et de son amie lui conseillant de renoncer à l'autorité parentale. Il se bat aujourd'hui pour garder des liens avec sa fille. Situation somme toute banale même dans des couples plus « classiques ». Les familles homoparentales existent déjà, des enfants y naissent chaque année et y grandissent normalement. Ce phénomène encore limité semble se développer en France, comme en Europe (aux Pays-Bas, plus de 20 000 enfants seraient ainsi élevés par des gays ou des lesbiennes). Ces familles qui autrefois vivaient dans l'ombre demandent aujourd'hui une reconnaissance sociale et juridique. Elles brandissent la fin du modèle traditionnel pour interpeller la société : combien d'enfants vivent déjà avec un seul de leurs parents biologiques ? Combien sont séparés de leur père ou ne le connaissent même pas ? Ne vaut-il pas mieux, demandent-elles encore, un couple d'homos qui s'aime plutôt que deux hétéros qui se déchirent ? Au nom du principe d'égalité des citoyens, l'APGL réclame la possibilité d'adopter et l'accès à la PMA pour tous les couples homos. Au nom de l'intérêt de l'enfant, elle milite pour la reconnaissance d'un statut de parent social pour le ou la compagne du parent biologique, actuellement inexistant au regard de la loi. « Il faut donner une place à tous ceux qui ont rendu possible la venue au monde de l'enfant et à tous ceux qui s'engagent auprès de lui », insiste Martine Gross, coprésidente de l'association. Le gouvernement s'est toujours évertué à répéter que le Pacs n'est pas la porte ouverte à la famille homo. Pourtant, à partir du moment où on reconnaissait le couple homosexuel, il était illusoire de croire que la question de la filiation ne finirait pas par se poser. « Dès novembre 1997, j'ai insisté pour qu'on mette ce sujet sur la table. Ma position paraissait aberrante », se souvient le sociologue Eric Fassin. Jusqu'à quel point la loi doit-elle accompagner les changements de moeurs ? La société doit-elle accepter ce que la nature ne permet pas : que deux personnes du même sexe puissent « avoir un enfant ensemble » ? Peut-on concevoir une parenté non mixte et relativiser le modèle hétérosexuel, qui paraît depuis la nuit des temps aller de soi ? Questions vertigineuses qui n'ont pas fini de provoquer des débats tant elles semblent remettre en cause les bases mêmes de notre société, voire, diront certains, l'avenir du genre humain. Mais, il y a une autre interrogation, plus immédiate : et l'enfant ? Et l'enfant ? A défaut de certitudes, et devant les avis aussi péremptoires que contradictoires des psys, on est tenté de se tourner vers les bambins nés dans ces nouvelles familles. Que disent-ils ? Que la nature est ainsi faite que leur père et leur mère ont le droit d'aimer une personne du même sexe. Ils sont apparemment bien dans leurs baskets, conscients de leur histoire. Des enfants comme les autres. Mais qui doivent souvent cacher aux copains la vie à la maison. « Ils ne comprendraient pas. Je dois tout garder pour moi et parfois, c'est dur », confie Jules, 10 ans... Alors, comme tous les enfants du monde, et peut-être plus que les autres, ils rêvent pour eux-mêmes d'« une famille toute simple : un père, une mère et des bébés ». Ils souffrent de leur marginalité comme les enfants de divorcés il y a encore vingt ans, souligne Eric Fassin. Différentes études ont été menées sur le sujet, notamment aux Etats-Unis, en Belgique et en Grande-Bretagne ; elles concluent globalement que les enfants élevés dans des familles homoparentales ne s'en sortent pas plus mal que les autres. Mais les échantillons sont étroits et, comme l'explique le psychanalyste Jean-Pierre Winter (lire page 22 son débat avec Sabine Prokhoris), « il faudrait pouvoir suivre ces enfants sur plusieurs générations ». La plupart des psys dénoncent les dangers de l'insémination avec donneur inconnu : on ne peut priver un individu de la moitié de son histoire. Mais ils sont divisés sur la question clé : un enfant élevé par deux personnes du même sexe peut-il se développer harmonieusement ? Jean-Pierre Winter répond par la négative. « Il est impossible de prédire quoi que ce soit, tant le psychisme humain est plastique, nuance Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste. Un enfant doit savoir qui est son père, qui est sa mère et qui a participé à sa mise au monde. Mais l'important est qu'il soit élevé par deux personnes avec une vie psychique et relationnelle équilibrée, fussent-elles de même sexe. » L' homoparentalité déchaîne les passions car elle met à mal toute notre conception de la filiation et du rapport homme-femme, déjà passablement bousculée par les avancées de la procréation assistée. Les familles homos disent qu'on peut être parent autrement que dans le schéma « naturel ». Ainsi dans l'adoption, la parenté n'est pas fondée sur la procréation mais sur la volonté et la capacité à éduquer un petit d'homme. Elles soutiennent que la complémentarité homme-femme existe, mais qu'elle peut être située ailleurs que dans la famille. Anne Cadoret, ethnologue et chercheur au Grass (Groupe de Recherche et d'Analyse du Social et de la Socialisation, CNRS), acquiesce : « La naissance est naturelle, la parturition aussi. Mais la famille relève d'une construction sociale. Si elle était naturelle, elle serait la même partout, ce qui n'est pas le cas. La filiation, c'est instituer quelqu'un en tant que père ou mère. Il ne suffit pas de donner son ADN pour être parent. Il faut accepter la part de la biologie, pas la rendre toute-puissante ! » La société est-elle capable de repenser les fondements sur lesquels elle fonctionne depuis des siècles ? A qui doit-elle aujourd'hui donner le droit d'être parent ? Peut-elle reconnaître la famille homoparentale ? Ces questions relèvent ni de la sociologie ni de la psychanalyse, mais d'un débat de société : d'un vrai débat politique. Il ne fait que commencer. (1) APGL, 3, rue Keller, 75011 Paris. Sur le Net : http://apgl.asso.fr SOPHIE DES DESERTS
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| L'état du droit En théorie, les homosexuels peuvent adopter, comme toute personne non mariée. A condition de taire leur homosexualité |
Ce que la loi affirme
Ce qu'elle autorise
Ce qu'elle interdit
I. M. A lire
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| Abstention record au Parlement L'embarras des politiques Etes-vous pour ou contre la reconnaissance de la famille homoparentale ? », a demandé « le Nouvel Observateur » à tous les députés et sénateurs. Près de 90% ont répondu par un prudent silence... |
Em-bar-ras. Nous n'avions pas prévu de case à cocher
pour exprimer l'embarras. Nous aurions dû. Il y a en France 577 députés et 321
sénateurs. « Le Nouvel Observateur » leur a adressé à tous une question simple : «
Etes-vous pour ou contre la reconnaissance juridique des familles homoparentales
(composées de deux parents du même sexe et de leurs enfants) ? » Au total, près de
trois semaines après avoir été sollicités, 100 parlementaires tout juste ont répondu
: 71 députés et 29 sénateurs. Un bide. Ou un raz de marée, si l'on veut voir dans ce
refus de répondre un élément d'information. Ceux qui ont répondu, d'abord. Outre les « habitués » de la question (Jean-Pierre Michel, Roselyne Bachelot, Christine Boutin...), ce sont majoritairement des élus de droite (44 députés et 19 sénateurs). Tout aussi majoritairement, ceux qui répondent sont opposés à la reconnaissance juridique des familles homoparentales : 50 députés et 21 sénateurs sont contre. « Parce qu'un enfant a besoin d'un père et d'une mère pour se développer de façon équilibrée », répondent-ils en substance, semblant se cantonner au cas des adoptions par un ou deux homosexuels et oublier qu'un enfant peut naître dans une relation hétérosexuelle et être élevé ensuite (après une séparation de ses parents) dans une famille homoparentale. Ceux qui se disent favorables à cette reconnaissance sont très peu nombreux (2 sénateurs et 14 députés), et surtout de gauche (PS et PC). Leurs arguments sont ceux de la tolérance, de l'égalité des droits, de l'incohérence de la loi. Ainsi Raymonde Le Texier, députée PS du Val-d'Oise : « La parentalité doit être dissociée de l'homosexualité et de l'hétérosexualité des parents. Homosexuels ou hétérosexuels, les droits parentaux demeurent. Le rôle du législateur est de veiller à l'évolution de la société ; il doit prendre acte des transformations des mentalités. » Reste que c'est bien le taux de non-réponses (près de 90%) qui constitue le principal enseignement de ce « sondage » sur un débat de société qui ne manquera pas de s'ouvrir dans les mois et années à venir. Aucun des ténors de la classe parlementaire n'a donné suite. Et seuls 21 des 307 députés de la majorité plurielle ont répondu. Signe d'un évident malaise, qui rappelle fâcheusement l'absentéisme des élus de gauche lors du premier examen du Pacs. D'autant qu'au même moment circulait au Palais-Bourbon une pétition lancée par Renaud Muselier, député RPR des Bouches-du-Rhône, et visant à faire interdire quelque chose qui n'est d'ailleurs pas autorisé : l'adoption conjointe par les couples de même sexe. Du coup, nous a expliqué un de nos interlocuteurs de gauche, « le Nouvel Obs », par ce sondage, tendait un piège à son camp : « Répondre non, c'est dire à Muselier qu'il a gagné, répondre oui, c'est mettre le gouvernement en porte à faux, et ne pas répondre, c'est passer pour des imbéciles. » En attendant que chacun prenne ses responsabilités, voici les points de vue les plus argumentés que nous avons recueillis. POUR Jean-Pierre Michel - MDC (Haute-Saône) « Aucune étude n'a encore prouvé qu'un enfant était moins heureux et moins épanoui au sein d'un couple homosexuel. Et l'argument de l'opposition consistant à dire qu'un enfant élevé par des homosexuels a toutes les chances de devenir lui-même homosexuel est plus que ridicule. Comme l'a souligné la décision du tribunal de Besançon (voir l'article « L'état du droit », p. 18), l'essentiel est l'intérêt de l'enfant. Nous devons adapter notre législation sur l'adoption à l'évolution de notre société : il est illogique que les célibataires puissent adopter des enfants, alors que les couples issus du Pacs n'en ont pas la possibilité. » André Labarrère - PS (Pyrénées-Atlantiques) « Je suis contre le mariage des homosexuels, mais je souhaite que les homosexuels pacsés puissent adopter des enfants. Je comprends cet instinct paternel. Deux hommes ou deux femmes peuvent apporter autant d'affection à l'enfant qu'un couple hétérosexuel. La loi actuelle sur l'adoption est stupide : puisque les célibataires ont le droit d'adopter un enfant, je trouverais tout à fait logique que les pacsés puissent également le faire. » Roselyne Bachelot - RPR (Maine-et-Loire) « Depuis que le monde est monde, les homosexuels peuvent aussi être des parents. Cette parentalité est souvent niée, de façon grave et injuste, quand des parents sont privés du droit de garde parce qu'ils sont homosexuels. La priorité est, me semble-t-il, de lutter contre ces comportements discriminatoires. De même, il est urgent de donner des droits aux parents sociaux, toutes ces personnes, homosexuelles ou non, qui élèvent les enfants de leur compagnon et qui n'ont aucun droit en cas de séparation. Quant à l'adoption, je tiens à préciser que personne ne peut avoir de "droit" à l'adoption. Le seul qui ait des droits dans l'histoire, c'est l'enfant adoptable. Comme il y a plus de parents demandeurs que d'enfants adoptables en France, des commissions doivent choisir les familles pour les enfants. On n'a jamais démontré que les homosexuels étaient de plus mauvais parents que les autres. Mais il me paraît prématuré, dans le contexte d'homophobie actuel, de légiférer sur l'adoption par les couples homosexuels. Peut-on en connaissance de cause faire subir cette homophobie à ces enfants ? » CONTRE Renaud Muselier - RPR (Bouches-du-Rhône) « Autant je peux comprendre que les homosexuels puissent désirer un enfant, autant je ne le trouve pas souhaitable pour les enfants. Ceux-ci ont besoin de référents. Depuis toujours, un couple, c'est un papa et une maman. Si ça marchait, les homosexuels pour faire des enfants, ça se saurait ! N'ajoutons pas un handicap à l'enfant. » Christine Boutin - UDF (Yvelines) « Pour avoir un enfant, il faut une mère et un père, or chez les couples homosexuels cette mixité n'existe pas. L'application du Pacs a créé de nouvelles tentations. Si Elisabeth Guigou ne voulait pas accorder la possibilité aux pascsés d'adopter un enfant, il aurait fallu l'inscrire dans la loi. J'ai beaucoup de mal à penser qu'un couple homosexuel apporte autant de garanties qu'un couple hétérosexuel. L'homosexualité est une façon de vivre. Ce n'est pas parce que l'on s'aime qu'on peut adopter un enfant. » François Abadie - radical (Hautes-Pyrénées) « Je suis le seul à gauche à avoir eu le courage de voter contre le Pacs et de signer la pétition de Renaud Muselier. Je sauve l'honneur de ma famille politique en la matière. Je suis un adversaire déterminé du Pacs et de ses conséquences. Je ne peux pas être favorable à ceux que j'appelle les fossoyeurs de l'humanité, ceux qui n'assurent pas l'avenir : les homosexuels. C'est contraire à la normale, et il y a un danger permanent pour les garçons de pédophilie. La normale, c'est faire des gosses. Je voterai à nouveau contre toute loi qui permettrait aux homosexuels d'élever des enfants. Et si la gauche laissait la liberté de vote à ses élus, on verrait que je ne suis pas le seul à penser ça. »
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| Un entretien avec la ministre de la Justice Ne confondons pas les faits et le droit Je ne veux pas que le droit reconnaisse comme la norme qu'un enfant a deux pères ou deux mères », réaffirme Elisabeth Guigou. Mais elle souhaite voir reconnu le rôle du « tiers » qui participe à son éducation |
Le Nouvel Observateur. - Lors des débats sur le Pacs,
vous avez répété à plusieurs reprises qu'il ne fallait pas y mêler les questions de
filiation. Restez-vous sur cette position ? Elisabeth Guigou. - Absolument ! En créant le Pacs, la majorité a voulu donner la possibilité à deux personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas se marier de signer un contrat pour organiser leur vie commune. Le Pacs leur donne accès à des droits définis dans la loi mais ne touchant pas au droit de la famille. Je trouve donc parfaitement malhonnêtes intellectuellement et politiquement les responsables politiques, comme M. Muselier, qui mélangent tout. Sciemment, le Pacs n'a rien changé à la filiation et à l'adoption. Le Code civil est très précis en la matière : les juges n'inventent pas la loi, ils l'appliquent. La loi c'est la loi. N. O. - Mais à partir du moment où l'on reconnaissait les couples homosexuels, n'était-il pas illusoire de penser que la question de la filiation ne se poserait pas ? E. Guigou. - Le Pacs permet à des couples homosexuels, mais pas seulement à eux, d'être reconnus à travers des droits délimités par les textes. Qu'il existe un désir d'enfant chez certains de ces couples, je trouve cela humain et respectable. Mais il n'y a pas de droit à l'enfant. Et le droit a pour fonction de dire ce que la société reconnaît, à un moment donné, comme norme sociale. En tant que garde des Sceaux, j'ai à me poser la question de ce que le droit doit reconnaître ou pas. Le droit n'a pas à tout régenter, mais, quand il intervient, il porte une signification qui va au-delà de la règle juridique. Oui, des homosexuels élèvent d'ores et déjà des enfants, mais ce n'est pas une raison pour que le droit reconnaisse ces situations. Je suis profondément convaincue qu'un enfant se construit dans l'acceptation de la différence, dans l'altérité. La fonction du père, même s'il est absent, est de séparer l'enfant de sa mère pour que l'enfant apprenne qu'on se construit dans la différence. L'humanité est fondée sur l'existence de la différence des sexes. Si l'un des droits les plus solennels, celui du Code civil, reconnaissait l'abolition de cette différence, je crois que symboliquement ce serait très grave. Cela n'empêche pas des situations de fait, par exemple celle où des couples homosexuels élèvent des enfants conçus préalablement dans des relations hétérosexuelles. Dans ce cas, c'est différent : l'enfant sait qu'il a été conçu par son père et sa mère ; les deux références continuent à exister. N. O. - La ministre de la Famille et de l'Enfance, Ségolène Royal, se demande si pour lever toute ambiguïté il ne faudrait pas réserver l'adoption aux couples hétérosexuels, mariés ou non, à l'exclusion des célibataires. Qu'en pensez-vous ? E. Guigou. - Non, je ne veux pas changer le droit de l'adoption, et la question est de ma responsabilité de garde des Sceaux. Le Code civil est très clair : peut adopter toute personne âgée de plus de 28 ans ou tout couple marié présentant des garanties d'équilibre pour l'enfant. Et heureusement le droit ne va pas scruter les orientations sexuelles des gens ! Il n'y a pas de raisons de priver une personne seule du droit d'adopter un enfant, car dans tous les cas ce qui doit être recherché c'est l'intérêt de l'enfant. Mais je suis convaincue qu'un enfant élevé par son père et sa mère a plus de chances de se structurer. Je ne veux pas que le droit reconnaisse comme la norme qu'un enfant a deux pères ou deux mères, parce que, anthropologiquement, symboliquement, psychologiquement, la norme doit être autre. Ensuite, que des situations particulières existent, c'est le vécu, la souplesse et la tolérance d'une société. Le droit, surtout le droit des personnes, n'a pas à tout régenter, comme il n'a pas à reconnaître tous les choix individuels. N. O. - Dans l'intérêt de l'enfant, ne faudrait-il pas reconnaître un statut de « parent social » pour le compagnon ou la compagne d'un gay ou d'une lesbienne ? E. Guigou. - Dans ma réforme du droit de la famille, il y aura des droits reconnus aux tiers. Cela concernera la ou les personnes qui s'occupent de l'enfant au côté du père ou de la mère : un beau-père, un oncle, une tante, une grand-mère, un proche... Il est en effet anormal que dans des situations de la vie quotidienne (inscription à l'école, décision médicale...) la personne qui élève aussi l'enfant n'ait aucun droit. SOPHIE DES DESERTS et ISABELLE MONNIN
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| LA LONGUE QUETE DE MARC ET ALAIN Recherchent mère de substitution |
Marc, 42 ans, médecin, et Alain, 35 ans, journaliste,
vivent ensemble depuis douze ans. Ils avaient renoncé à être pères jusqu'au jour où
ils ont vu un de leur copain homo avec une petite fille. Ils ont pensé à l'adoption, à
la coparentalité, mais Alain voulait un enfant à lui, qu'il pourrait voir grandir
vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ils ont parlé de ce « désir fou » à leur psy,
une jeune femme qui les suit depuis plusieurs années. Marc est revenu rassuré : «
J'avais besoin d'entendre de la bouche d'une femme que nous, homos, on pouvait être
parents. » Le couple a déniché sur internet l'adresse d'un avocat américain
spécialisé depuis vingt ans dans la recherche de mères porteuses. Un matin d'août
1997, Marc et Alain se sont retrouvés dans une petite ville du Colorado chez Debby, leur
« maman de substitution ». Il y avait le mari et les trois enfants. On a fait
connaissance. Après plusieurs inséminations artificielles avec le sperme d'Alain, la
jeune femme est enfin tombée enceinte, avant de perdre l'enfant. Marc et Alain ont alors
tenté leur chance avec Jenny, sans succès. Ils ont fait en tout une vingtaine de voyages
aux Etats-Unis, dépensé près de 200 000 francs, mais leur détermination est intacte.
« On nous accuse de vouloir un enfant comme on s'offre une bagnole. Mais on sait que le
jour où on l'aura, on le rendra heureux. » S. des D.
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| LE PACTE D'AGNES ET DIDIER Trois parents et un couffin |
Agnès, 34 ans, prof, et Didier, 36 ans, ingénieur,
rentrent joyeux de l'hôpital, l'échographie de leur futur enfant sous le bras. Coup de
téléphone pour rassurer Phil, l'ami avec qui Didier vit : « Le bébé est splendide. »
Agnès, Didier et Phil se sont rencontrés lors d'une soirée-buffet de l'APGL en 1997.
Ils ont discuté durant des mois de leur vie, de leur conception du rôle de parents, de
leurs valeurs. Ils ont fait la connaissance de leurs familles et amis respectifs. Enfin,
Agnès et Didier se sont lancés : neuf mois plus tard, la jeune femme tombait enceinte.
Les futurs parents ont tout prévu. Une charte de coparentalité attribue la garde à la
mère, règle la fréquence des séjours de l'enfant chez son père, les détails
financiers, etc. Une clause est même prévue en cas de déménagement. Au fil du temps,
les futurs coparents sont devenus amis et complices. La mère d'Agnès se prend
quelquefois à rêver au mariage. Pour Agnès et Didier, il n'y a aucune ambiguïté : «
On est un couple de confiance, basé sur l'unique intérêt de notre enfant. » S. des D. |
| Une famille super ! J'aimerais qu'on cesse de penser que la moralité et l'éducation sont l'apanage des hétéros », nous écrit Guillaume, 18 ans, né d'une insémination artificielle, élevé par une maman et une marraine
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Je m'appelle Guillaume, j'ai 18 ans depuis peu. Je passe
mon bac dans une semaine, j'espère l'avoir, ramasser une mention et m'embarquer dans des
études de médecine. Oui, mais voilà, mes parents sont homos, et ça devient suspect
pour les psys. Parler de moi me semble inutile. Pourquoi ? Parce que je suis plutôt gâté par la vie et d'un naturel discret. Je n'ai jamais entendu de réflexions à l'école, ou alors je ne m'en souviens pas. D'ailleurs, j'ai toujours eu des tas de copains et de copines, je suis scout depuis huit ans. Je ne parle pas de ma famille comme tous les jeunes de mon âge, mais je ne la cache pas non plus. Les enfants ne sont pas aussi cruels que leurs parents ! Comme les enfants nés de couples hétéros stériles, je suis né par insémination artificielle. Difficile à comprendre quand on est petit, parce qu'on voudrait ressembler à tout le monde. Dans notre cas, la vérité est évidente et nos parents ne peuvent pas nous raconter des salades. Pour moi c'est clair : ce papa savait ce qu'il faisait. Je lui suis reconnaissant d'exister, je suis fier de ma famille et bien dans mes baskets. On me demande comment j'ai pu devenir un homme sans pouvoir me référer à un père. J'ai des grands-pères, des chefs scouts, des dizaines de copains. Et je vous rassure : au niveau petite copine, ça marche bien. Tout ce déballage, j'y suis contraint parce que j'aimerais qu'on cesse de penser que la moralité et l'éducation sont l'apanage des hétéros. J'ai eu la chance d'avoir une famille super. Maman est d'un milieu pied-noir, généreux et chaleureux. C'est toujours la fête et le bonheur. Ma marraine est d'une famille d'aristocrates. C'est dire que la réserve y est de rigueur, mais on a su m'y faire une place. Je n'ai pas eu la même structure familiale que les autres, mais je ne me sens ni moins heureux ni moins équilibré. Lors du débat sur le Pacs, j'ai souffert pour ma famille, non pas tant du discours politique mais à cause de la position de rejet de certains membres de l'Eglise. Je la trouve inadmissible, surtout quand on est censé enseigner les Evangiles. Certes, la méconnaissance des autres peut engendrer l'intolérance, mais quand on a une position influente sur la vie sociale, c'est grave ! Je suis idéaliste et ça me perdra certainement. Tant pis ! Je voudrais pouvoir aimer mes enfants autant que je l'ai été, avoir une famille soudée comme la mienne. Vivre en marge n'est pas un choix. Il faut vraiment que nous vivions dans un monde pervers pour limiter les rapports humains à des rapports sexuels. Il est temps d'ouvrir un vrai débat sur l'homophobie dans une société où l'on prône la Liberté, l'Egalité and so on...
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| Un débat entre Sabine Prokhoris et Jean-Pierre Winter Enfants d'homos, enfants comme les autres ? Lui dit : l'enfant se construit en pensant qu'il est le résultat de la rencontre d'un homme et d'une femme. La réalité, c'est la différence des sexes. Elle dit : la différence des sexes, c'est une construction mentale, une façon de percevoir la dissemblance. Echange... |
Le Nouvel Observateur. - Aujourd'hui, un nombre croissant
d'homosexuels revendiquent leur désir d'enfant. Qu'en pensez-vous ? Un enfant a-t-il
nécessairement besoin d'un père et d'une mère pour se construire ? Jean-Pierre Winter. - Tout d'abord, il me paraît obscène de vouloir prouver quoi que ce soit par la pratique clinique, parce que chaque clinique est particulière. D'autre part, on manque de recul. Il faudrait trois ou quatre générations pour savoir ce que devient un enfant élevé par un couple d'homoparents. Un enfant peut aller très bien, et tout peut se dégrader à 18, 40 ou 60 ans. Sabine Prokhoris. - Je suis d'accord. De toute façon, des tas de gens qui vont très mal ont des parents hétéros... N. O. - Revenons à la question : un enfant a-t-il besoin d'avoir un père et une mère ? J.-P. Winter. - Un enfant a toujours un père. C'est-à-dire qu'il a une représentation du père, si rien ne vient y faire obstacle. Mais pour que le père soit présent dans ses représentations, il faut qu'il y ait une mère. Ainsi, un enfant qui n'a pas de mère n'a pas de père. Quand il y a des désordres psychiques douloureux, c'est que la fonction symbolique du père n'est pas assurée, ou qu'elle n'est pas relayée dans l'entourage. En revanche, je suis convaincu que l'enfant se construit en pensant qu'il est le résultat d'une rencontre entre un homme et une femme. Parce que, pour moi, c'est par la réalité sexuelle que l'être humain entre dans le langage. Et que la réalité sexuelle, c'est la réalité de la différence des sexes. S. Prokhoris. - Mais quand tu parles de « réalité de la différence des sexes », que veux-tu dire ? La réalité n'est pas un donné brut qui tombe du ciel. Tu sembles confondre le sexuel (tout ce qui est de l'ordre du plaisir et de l'érotisme) et le sexué (la différence des sexes : est-ce que c'est un « homme », est-ce que c'est une « femme » ?). Le sexuel n'est pas sexué. Dans tes propos, tout se passe comme s'il y avait une sorte de trajet du sexué au sexuel. Or la théorie analytique comme notre expérience montrent qu'on va, au contraire, du sexuel au sexué. Et le sexué est aussi une construction de l'inconscient. Donc, la différence des sexes n'existe pas en tant que telle. La perception du fait que les hommes et les femmes ne sont pas identiques peut être construite sous le régime de pensée « différence des sexes », avec tout ce que ça produit. Mais on peut l'envisager autrement avec d'autres notions, comme celle de voisinage, par exemple... La norme se modifie toujours. Elle n'est pas à observer mais à inventer. N. O. - Pendant des millénaires on a fonctionné avec la perception de la différence des sexes... S. Prokhoris. - Mais la construction en termes de différence, c'est-à-dire en termes d'opposition, est une construction parmi d'autres. On peut observer la diversité et la dissemblance sur le fond non pas de l'opposition mais de la ressemblance. N. O. - Quid de la procréation entre un homme et une femme ? S. Prokhoris. - Mettre un enfant au monde ne se réduit pas à une dimension biologique. J.-P. Winter. - Bon, d'accord, la réalité est une construction psychique, mais je le répète : la réalité sexuelle, c'est la différence des sexes. Sur le plan symbolique, ça veut dire que pour un sujet humain l'Autre, le lieu d'où émane le langage, c'est toujours l'autre sexe. N. O. - Qu'en déduisez-vous concernant l'homo-parentalité ? J.-P. Winter. - J'y viens. Imaginons que deux homosexuels se fassent faire un enfant. Je dis que va se poser - du point de vue de la transmission - une série infinie de problèmes. Prenons un couple de femmes, l'une est maman, l'autre marraine. Mais leur enfant est d'abord confronté au fait qu'un des tiers disparaît dans l'affaire... N. O. - Qui ? J.-P. Winter. - Celui qui a été utilisé comme procréateur, qui est parfois considéré comme un simple taureau. Or on sait que dans le psychisme rien de ce qui a existé ne disparaît. Ce qui reste enkysté sans pouvoir accéder à la parole finit par produire des effets perturbateurs. N. O. - Donc, le fait qu'un des tiers soit exclu pose problème à l'enfant ? J.-P. Winter. - Personne ne réagit de la même manière. Prenons le cas des enfants adoptés. Certains veulent à tout prix savoir qui sont leurs parents biologiques, d'autres s'en foutent. Mais on connaît la souffrance de certains enfants qui ne peuvent connaître leurs parents biologiques. Dans le cas d'une adoption par des homoparents, l'enfant risque aussi d'être perturbé. Quand cet enfant devra dire à ses propres enfants qui était qui, il va se trouver au milieu d'un sac de noeuds. Il lui sera impossible d'expliquer parce qu'il n'aura pas de mots pour dire les situations. Or, quand un individu ne peut plus nommer les places parentales et générationnelles, j'ai pu constater dans la clinique que sa seule façon de s'en sortir, c'est d'arrêter de procréer. S. Prokhoris. - Pour moi, il n'y a aucune raison d'avancer que l'homoparentalité est dangereuse, ni pour l'enfant ni pour l'espèce. Je ne vois pas comment on peut soutenir des choses pareilles. N. O. - Pour vous, un enfant peut très bien vivre avec deux mères ou deux pères ? S. Prokhoris. - Avec deux parents du même sexe ? Oui. Avec deux « pères » ou deux « mères », je n'en sais rien. Ces termes-là sont eux-mêmes tellement pris dans la manière dont ils fonctionnent dans le complexe oedipien... Je pense même qu'il pourrait avoir plus de deux parents. N. O. - Mais notre droit de la filiation est fondé sur la rencontre amoureuse entre un homme et une femme. Vous remettez tout ça en question ? S. Prokhoris. - Le droit romain n'est pas seul et unique au monde. Et puis, même dans ce qui existe, il y a des modifications. Je tiens beaucoup aux modifications. N. O. - Alors de quoi un enfant a-t-il besoin pour grandir et se développer ? Simplement d'amour ? S. Prokhoris. - Ce terme de « besoin » me gêne. Je pense que le plus dommageable pour un enfant, c'est d'être enfermé dans des emprises trop serrées. J.-P. Winter. - Moi, je dirais qu'il faut éviter de ne pas lui proposer de modèle identificatoire. Il peut trouver ces modèles ailleurs qu'auprès de son père et de sa mère biologiques. Mais le petit garçon a besoin de se valoriser dans une image d'homme qui le virilise. Et la petite fille, dans une image qui incarne la féminité. N. O. - Et la position de l'enfant élevé dans un couple homosexuel ? J.-P. Winter. - Si d'emblée on lui propose une situation insoluble, on met en danger ses identifications. Un enfant élevé par un couple de lesbiennes ou de gays doit soutenir, par sa présence même, le fait qu'il est issu de ces deux-là. Or ce n'est pas possible. Il va donc devoir soutenir que l'impossible est possible. N. O. - Sauf si les parents ont une position claire, et expliquent à leurs enfants : voilà, on a trouvé un donneur qui a bien voulu nous aider... J.-P. Winter. - Voilà ce que j'appelle les ravages de Dolto mal vulgarisée. On va lui raconter quand cette histoire ? Pas avant qu'il ne puisse comprendre de quoi il s'agit. Il aura donc vécu cette situation impossible pendant des années. Il n'y a rien de plus pervers pour l'enfant que de devoir se dire : je sais bien que je ne peux pas être issu de ce couple-là, mais quand même... S. Prokhoris. - Pourquoi les identifications seraient-elles impossibles avec deux parents du même sexe ? Chacun est pétri d'identifications masculines et féminines. Par ailleurs, Freud dit bien que masculinité et féminité sont des concepts flous. Maintenant, la question, c'est l'identification à des fonctions masculines et féminines. Et là, on revient à cette construction du complexe d'OEdipe et de la transmission telle que Jean-Pierre la conçoit. Dans un couple d'homoparents ça fonctionnera sans doute différemment. Mais ça ne veut pas dire qu'une petite fille ne pourra pas devenir une femme ou un garçon devenir un homme. N. O. - Que pensez-vous des situations de coparentalité (une lesbienne décide de faire un enfant avec un gay) ? Un enfant a-t-il besoin de savoir qu'il est issu d'un acte d'amour ? J.-P. Winter. - Un enfant élabore son rapport à la pensée à partir de la question : d'où je viens ? Certes, l'enfant n'est pas issu du seul rapport copulatoire. Il naît du rapport entre deux histoires familiales, deux généalogies, d'une rencontre d'imaginaires, de pensées. Mais il y a un point sur lequel je ne lâche pas, c'est le réel de la rencontre sexuelle aboutissant à la procréation. N. O. - L'enfant a-t-il besoin d'imaginer le coït parental ? J.-P. Winter. - Cela fait partie des fantasmes universels. Sauf que là, il va l'imaginer à partir de deux parents de même sexe... S. Prokhoris. - Je voudrais être claire. Bien sûr qu'il y a deux sexes. Simplement, il n'existe pas qu'une seule manière d'élaborer cette réalité. N. O. - Comment analysez-vous ce désir d'enfant chez ces couples homos ? Est-ce un désir de normalité ? S. Prokhoris. - Affirmer « on s'aime, donc il faut qu'on fasse un enfant » n'est pas propre aux homoparents. Je crois qu'il y a un certain modèle de la manière dont doit exister la « relation hétérosexuelle normale achevée », qui met l'enfant comme preuve de la différence des sexes et donc du fonctionnement de la transmission. Ce modèle structure un grand nombre de familles. La question pour les homosexuels est de savoir que faire de ce modèle et comment se le réapproprier. J.-P. Winter. - J'ajouterai que personne ne peut dire ce qu'est le désir d'enfant. La vie se débrouille toujours pour passer. Donc la question n'est pas : pourquoi il y a un désir d'enfant chez les homosexuels, mais : qu'est-ce qui se passe dans notre société pour que l'on en soit au point où le désir d'enfant passe par l'homoparentalité ? N. O. - Vous voulez dire : pour que l'épanouissement personnel passe par l'enfant ? J.-P. Winter. - Oui. C'est l'enfant-roi : une idéalisation de l'enfant qui devient nécessaire à l'existence identitaire. Mais il y a plus que ça : que se passe-t-il dans notre société pour que les manières par lesquelles on faisait traditionnellement des enfants soient remises en question ? L'homoparentalité est à mon sens un symptôme parmi d'autres du malaise actuel de notre civilisation. N. O. - Etre parent peut-il être considéré comme un droit de l'individu ? J.-P. Winter. - Le fait d'avoir des enfants ne relève en aucun cas du droit. S. Prokhoris. - Je ne vois pas au nom de quoi on pourrait interdire à quelqu'un d'avoir des enfants. Et qui pourrait le faire ? Certainement pas les psychanalystes, encore moins les scientifiques. C'est à la société tout entière de décider des figures de la filiation. SOPHIE DES DESERTS et OLIVIER PERETIE |
| Homos, hétéros, même combat !
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La question de l'homoparentalité nous fait réfléchir à
l'hétéroparentalité, qui semblait jusqu'alors aller de soi. Je m'explique :
l'homoparentalité oblige à dissocier la question de la reproduction de celle du couple,
dissociation qui vaut également pour les couples hétérosexuels. Depuis la loi de 1967
sur la contraception autorisant une femme à utiliser un contraceptif même contre l'avis
de son mari, le législateur opère une distinction totale entre reproduction, sexualité
et ménage. Ainsi le couple est-il protégé indépendamment de son projet parental. Par
exemple, un couple marié sera protégé comme étant une famille dans le sens de
l'article 8 de la Convention européenne de droits de l'homme indépendamment du fait
d'avoir ou de ne pas avoir d'enfant. Ce n'est pas la volonté ou la capacité
d'engendrement qui rend légitime l'union hétérosexuelle. Ceci constitue un acquis
majeur du droit moderne et une rupture avec le droit canonique, dans lequel seule la
reproduction naturelle était légitime, car issue d'une volonté divine. Aujourd'hui, les adversaires de l'homoparentalité opèrent à nouveau une confusion entre filiation et reproduction. Il ne pourrait y avoir de filiation que dans un couple hétérosexuel, seul susceptible de devenir couple parental. Cette extravagance remet grandement en cause les couples hétérosexuels eux-mêmes. Que faire des stériles, des familles monoparentales ou de ceux qui tout simplement ne veulent pas avoir d'enfants ? Qu'on nous dise clairement alors que la France, ce pays laïque qui a fait une révolution, choisit de revenir au paradigme du droit canonique ! Cette obsession de l'hétérosexualité comme fondement de la filiation me semble cacher une vision biologisante de la parentalité. Si la filiation se réduit à la rencontre d'un spermatozoïde et d'un ovule, on est vraiment dans une conception vétérinaire de la chose. Ce qui intéresse un droit civilisé, plus que la parentalité biologique ou la double assignation masculine et féminine, c'est le bien-être de l'enfant ou plus précisément, comme le souligne la convention de New York, son « intérêt supérieur ». C'est-à-dire, me semble-t-il, ses besoins matériels, moraux, éducatifs, ainsi que son épanouissement affectif. Peu importe après tout qui exerce ces fonctions pourvu que quelqu'un s'engage devant l'Etat à les remplir. Le droit ne peut décréter une fois pour toutes que ce qui est bien pour un enfant, c'est un couple hétérosexuel. Celui-ci n'est pas une garantie en soi. Au nom de quoi, si ce n'est d'une idéologie naturaliste, traditionaliste ou religieuse, l'Etat peut-il dire aux couples homos : « Vous n'êtes pas des parents » ? (*) Daniel Borrillo est maître de conférences à l'université de Paris-X-Nanterre. Il vient de publier « l'Homophobie » (collection « Que sais-je ? »). Isabelle Monnin |
| TEMOIGNAGES Paroles d'enfants |
Jérôme, 6 ans Maman vit avec marraine. Elles sont amoureuses depuis très longtemps. Papa habite seul, mais il a longtemps aimé un homme. J'ai toujours vécu comme ça, alors pour moi, c'est normal. Simplement, je le dis pas aux copains parce qu'ils comprendraient pas. Cet été, à mon anniversaire, papa et maman m'ont promis qu'ils seront là tous les deux avec mes deux grands-pères et mes deux grands-mères. Vraiment, j'adore quand on est tous les trois. Théo, 7 ans Je vis avec Maman et Tata. Tata, c'est comme une maman, sauf qu'elle est plus sévère. J'ai jamais eu de papa. C'est un copain de maman qui a bien voulu faire le bébé pour nous aider. A l'école, y a des enfants qui se moquent de moi parce que j'ai deux mamans et pas de papa. Mais mon meilleur ami et mon amoureuse, ils me comprennent. Plus tard je vivrai avec une fille, c'est moins compliqué pour faire des bébés. Clotilde, 13 ans Maman m'a annoncé son homosexualité quand j'avais 10 ans. Elle m'a expliqué : « Tu sais, l'amour, c'est pas forcément entre homme et femme. » Au départ, je l'ai mal pris et puis je me suis dit : je peux pas commander ma mère, après tout, si elle préfère les femmes, c'est pas sa faute. Il y a des gens qui nous prennent pour des chiens galeux parce qu'on est enfants d'homos. Certains m'ont balancé : « Ah ! c'est dégueulasse ! Et toi aussi, tu seras homo plus tard ! » Je peux vous assurer que je suis pas vraiment dégoûtée par les garçons. Au contraire. Et puis quand même, lesbienne, c'est galère ! |