Comment vivent les enfants élevés par des couples homosexuels ? Sont-ils, comme beaucoup le soutiennent, moins équilibrés ou plus fragiles ? Pour la première fois en France, un jeune pédopsychiatre, Stéphane Nadaud, s'est penché sur ces questions. Il vient de soutenir une thèse intitulée « Approche psychologique et comportementale des enfants vivant en milieu homoparental ». Ses conclusions concordent avec celles de travaux étrangers antérieurs : non, les enfants issus de familles homoparentales ne se portent pas plus mal que les autres ! |
|
|||||
| Le Nouvel Observateur. - Pourquoi avoir choisi d'étudier ce sujet de thèse ? Stéphane Nadaud. - Je me suis rendu compte qu'on dit n'importe quoi dans ce domaine, on confond orientation sexuelle et capacité à être de bons parents. Il est temps d'observer sans a priori comment grandissent vraiment ces enfants. N. O. - Vous avez mené votre étude à partir de questionnaires distribués aux parents. Pourquoi n'avoir pas rencontré les enfants ? S. Nadaud. - L'étude porte sur 35 filles et 23 garçons de 4 à 16 ans. Je ne les ai pas rencontrés pour des raisons éthiques. Ce sont donc leurs parents qui ont répondu à 118 questions validées scientifiquement. Les résultats du questionnaire, un outil standard d'évaluation psychocomportementale, prouvent que ces enfants ne sont pas pathologiques. Ils ont d'ailleurs tendance à être plus adaptables, plus actifs et plus timides que la moyenne. N. O. - Mais ces parents issus de l'Association des Parents et Futurs Parents gays et lesbiens sont pour la plupart des gens d'un niveau socio-économique assez élevé, et plutôt à l'aise avec leur homosexualité. N'ont-ils pas aussi pu minorer les problèmes de leurs enfants ? S. Nadaud. - Ils auraient plutôt tendance à les surestimer. 41% de ces enfants sont suivis par un psychologue, un orthophoniste ou un psychomotricien. N. O. - Peut-on réellement comparer la situation d'un enfant né par insémination artificielle et élevé par deux lesbiennes et celle d'un autre né dans un contexte hétérosexuel ? S. Nadaud. - Non. Le terme homoparentalité recouvre des situations très différentes : adoption, coparentalité, enfant né d'une mère porteuse ou d'une insémination... Pourtant, quelle que soit la situation, il semble que l'enfant ne se porte pas plus mal que dans une famille classique. N. O. - Enfin, ne faudrait-il pas suivre ces enfants sur plusieurs années ? Après tout, un enfant peut aller bien à 6 ou 14 ans et tout peut se dégrader ensuite... S. Nadaud. - Voilà, en effet, la limite de ma thèse. Mais on peut opposer ce même argument aux autres études. Enfin, je le répète, mon but n'est pas de juger l'homoparentalité mais d'apporter ma pierre aux travaux existants sur le sujet. Propos recueillis par Sophie des Déserts |