Article paru dans Le Parisien 20/4/2001

Rubrique "Vivre mieux"
Être homosexuel aujourd'hui 

Claire, lesbienne et maman de Maya

MAYA EST NÉE par césarienne le 18 novembre 2000 à 4 h 20 à la maternité de la Pitié-Salpêtrière à Paris.
A la grande joie du papa qui, ce jour-là, a ré- veillé parents et amis pour leur annoncer l'heureux événement le visage de son père, les yeux bleus de sa mère, la petite Maya, dont on vient tout juste de téter les cinq mois, pèse aujourd'hui 6,8 kg et se réveille trois fois par nuit pour sucer le sein maternel.
Comme toutes les mamans qui n'ont pas obtenu de place en crèche, Claire Vannier, 28 ans, salariée à l'association de lutte contre le sida Act Up, a galéré pour trouver une dame de confiance qui puisse s'occuper de sa petite fille. Après avoir échappé à la nounou qui « cares- sait le chien tout en jetant les lardons sur les nouilles », à celle qui « engueulait les gamins pour regarder les Feux de l'amour tranquille », elle a fini par trouver la perle rare : une mère de famille d'Arcueil (Val-de-Marne), à une station de RER de son domicile de Gentilly.

Une « demande en paternité »

Comme beaucoup de « nouveaux pères », Arlindo Constantino, 28 ans également, s'occupe de sa fille tous les samedis pendant que Claire vaque à ses occupations. les couches et les biberons ne font pas peur au jeune homme qui travaille dans la presse. le jeudi soir, c'est lui qui va chercher Maya chez la gardienne. 
Histoire banale d'un jeune couple d'aujourd'hui ? Pas tout à fait. ..Ces deux-là ont beau se faire un petit bisou d'amoureux sur la bouche lorsqu'ils se retrouvent, ils n'ont jamais fait l'amour ensemble. « Arlindo, c'est comme mon frère », lance Claire. Fils d'un maçon immigré portugais, Arlindo, qui a grandi à Créteil (Val-de-Marne), est gay. Fille d'un dentiste du Finistère, Caire qui n'aime pas les étiquettes, se dit « plus attirée par les femmes ». Avant d'ajouter dans un grand éclat de rire: « Si un beau mec me demande de coucher avec lui, je ne dis pas forcément non! » Tout en assumant pleinement son homosexualité, Claire l'indépendante a toujours vécu seule: « Je ne pour rais pas partager mon appartement Le quotidien à. deux m'insupporte. Je peux. aimer mais chacun chez soi. »
Arlindo, qui a vécu cinq ans avec un garçon avant de rompre l'été dernier, a toujours eu en lui un désir de paternité : « Ce n'est pas parce que je suis gay que je suis stérile », ironise-t-il. Caire non plus n'a jamais imaginé sa vie sans enfant « Peu à peu, en voyant tous ces petits mecs avec plein de spermatozoïdes autour de moi à Act Up », la jeune femme s'est dit que «le père ne serait pas forcément hétéro ».C'est au cours d'une soirée crêpes durant l'été 1999 que Claire a fait sa « demande en paternité » à Arlindo, rencontré deux ans plus tôt à Act Up. Après une nuit de réflexion, l'heureux élu a dit oui, non sans avoir fait au préalable un test de dépistage du sida.
Tous deux séronégatifs, les futurs parents ont alors entrepris des séances d'insémination artificielle « artisanale ». Tombée enceinte à la septième tentative, Claire a annoncé la nouvelle par e-mail à Arlindo, très heureux même s'il aurait préféré un petit garçon. « A la maternité, tout le monde m'appelait M Vannier », rigole encore le papa qui a donné son nom au bébé. Quant aux grands-parents, ils sont bien sûr« complètement gagas » de Maya.

« Notre fille est très éveillée »

Chacun ayant conservé son domicile, lui à Paris, elle à Gentilly, il a été décidé que la petite fille passerait les trois premières années de sa vie chez sa mère. Ensuite, ils aviseront : « Comme les enfants de couples divorcés, Maya aura deux maisons. La différence, c'est que nous, on s'aime bien », résume Claire qui, «dans l'idéal », voudrait trois enfants. Pour financer les dépenses liées au bébé, les deux amis ont ouvert un compte à la Poste sur lequel chacun dépose 1 500 F (228,70 €) par mois. 

L'été prochain, «pour que Maya découvre ses racines », ils envisagent de partir en vacances au Portugal. Tout en refusant poliment, mais 
fermement, de se laisser photographier avec son enfant dans les bras, Caire conclut : « Dites bien que notre petite fille est très éveillée, histoire de clouer le bec à tous les psy qui estiment que les homos sont incapables d'élever des enfants... »

PHILIPPE BAVEREL 


" 30 000 couples homos élèvent des enfants en france "
ÉRIC DUBREUIL
, coprésident de l'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) (1)

Comment définissez-vous Quels sont les risques pour l'enfant l'homoparentalité? qui grandit au sein d'un couple homosexuel ? 

Éric Dubreuil. C'est toute situation familiale où l'un des parents ou futur parents est homosexuel, au vu et au su de l'autre et de l'entourage proche. Cela concerne donc aussi bien les enfants nés d'une union hétérosexuelle préalable avant que l'un des parents devienne homo (c'est la majorité des cas) ; ceux ayant été adoptés par une personne seule qui a tu sa sexualité pour obtenir l'agrément, vivant ou non en couple homosexuel; ceux qui sont le fruit d'un désir partagé et d'un " arrangement" entre un gay et une lesbienne; et enfin ceux nés par insémination artificielle avec donneur effectuée aux Pays-Bas ou en Belgique puisque cette technique est interdite aux femmes seules en Frannce. Au total, nous estimons à 30 000 le nombre de couples homosexuels qui élèvent des enfants en France.

Aucune étude n'a jamais démontré pour l'instant l'existence de problèmes psychologiques chez les enfants élevés par des couples homo. le risque bien sûr serait que l'enfant qui a besoin du double référent homme/femme pour 3e construire, se retrouve coupé de l'autre sexe. En réalité, l'environnement social (école mixte. ..) et familial (grands-parents, oncles et tantes...) réduit à zéro ce risque. C'est pour- quoi nous demandons que l'homosexualité ne soit plus un motif de refus systématique et unique des demandes d'adoption. 

PROPOS PAR PH. B.


" Un risque de confusion dans l'esprit de l'enfant "
TONY ANATRELLA,
psychanalyste, spécialiste en psychiatrie sociale (2)

Que pensez-vous de I'homoparentalité ? .Tony Anatrella. C'est une notion paradoxale car la parenté procède de deux personnes de sexe différent engagées dans une relation amoureuse pour concevoir un enfant C'est pourquoi je distingue le cas de l'adulte qui a eu un bébé dans le cadre d'une union hétéro-sexuelle avant de vivre son homosexualité : qu'il s'agisse du père ou de la mère, il doit pouvoir continuer à exercer sa responsabilité parentale. En revanche, que des gays et des lesbiennes, dont les couples sont par nature inféconds, aient recours à la solution du bricolage biologique (insémination artisanale, mères porteuses. ..) me semble très grave. Cela revient à instrumentaliser l'enfant, utilisé comme faire-valoir par des homos qui manifestent là un grand besoin de reconnaissance sociale. Quels sont les risques pour l'enfant ? les risques de l'homoparentalité ne pourront être évalués qu'à long terme sur vingt ou trente ans. Bien sûr, l'enfant qui a besoin d'un père et d'une mère pour se construire ne développera pas de pathologie mentale et ne deviendra pas homosexuel pour autant En revanche, en évoluant dans un univers familial unisexe, il aura plus de difficultés à se construire psychologiquement et à mûrir affectivement. Grandir entouré de deux personnes du même sexe qui vont jouer une mascarade parentale risque de provoquer des troubles de la filiation et une grande confusion dans l'esprit de l'enfant C'est pourquoi les pouvoirs  publics ne doivent pas ouvrir le droit à l'adoption aux homosexuels. 

PROPOS RECUEILLIS PAR PH. B. 

(1) Auteur du livre « Des parents de même sexe » (Odile Jacob, 130 F, 20 €).
(2) Auteur de "' la Différence interdite" (Flammarion, 129 F; 19,6 €