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Lettre ouverte à jean-françois COPÉ

Monsieur le Secrétaire Général,

Le 13 Juillet dernier, Mme Anne Grommerch et Mr Hervé Mariton ont présenté à la presse les conclusions du rapport du groupe de travail « Famille » de l’UMP, groupe constitué de 54 députés de votre formation politique. Ce rapport aboutit à 30 propositions et certaines concernent directement les familles homoparentales, existantes ou à venir.

Lettre ouverte à jean-françois COPÉ
Lettre ouverte à jean-françois COPÉ

Monsieur le Secrétaire Général,

Le 13 Juillet dernier, Mme Anne Grommerch et Mr Hervé Mariton ont présenté à la presse les conclusions du rapport du groupe de travail « Famille » de l’UMP, groupe constitué de 54 députés de votre formation politique. Ce rapport aboutit à 30 propositions et certaines concernent directement les familles homoparentales, existantes ou à venir.

Permettez-nous tout d’abord de témoigner de notre surprise devant le fait que l’APGL, Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens, première association homoparentale de France, n’ait pas été auditionnée par ce groupe de travail qui se permet pourtant de se prononcer sur la situation et sur le devenir des enfants vivant au sein des familles homoparentales sans avoir pris la peine d’écouter ce que leurs représentantes et représentants avaient à dire. C’est une méthode de travail pour le moins originale que de prétendre avancer sur un sujet sans consulter les principaux intéressés !

C’est sans doute pour cette raison également que ce rapport révèle, de la part des auteurs, une méconnaissance terrible de l’environnement familial et affectif des françaises et des français, en général, et de leurs aspirations. Car il ne s’agit en fait que d’un catalogue de positions dogmatiques qui ne trouvent aucun fondement sociologique et qui est – de ce fait – partial et mensonger. Pire, il est ouvertement discriminatoire, en préconisant de renforcer les droits de certains citoyens mais d’exclure d’autres personnes de ces mêmes droits, en raison de leur orientation sexuelle. Enfin, il cherche à promouvoir une politique de la famille injuste, malveillante et haineuse à l’égard de deux catégories de citoyens : les homosexuels et leurs enfants.

Comment, Monsieur le Secrétaire Général, peut-on justifier d’exclure des centaines de milliers de familles de dispositions légales accordées aux autres ? Du mariage, pourtant présenté dans ce rapport comme une garantie essentielle de l’équilibre familial, de l’adoption fermée à certains, sur le seul fondement de leur situation de couple et de leur orientation sexuelle? Et comment peut-on choisir de renforcer les éléments discriminatoires déjà existants, sinon en raison d’une homophobie qui vise, sans vergogne, des enfants qu’on n'hésite pas à affaiblir, pour mieux atteindre leurs parents ?

Les enfants élevés dans nos familles sont-ils donc considérés par les auteurs de ce rapport comme des quantités subalternes et négligeables de la nation française ? Devront-ils subir longtemps encore le poids de certains archaïsmes qui n’hésitent pas à leur faire courir, sciemment, le risque de la précarité ?

Les homosexuel-les sont une part vivante et digne de notre pays. Ils ont grandi et joué avec tous les autres enfants de la nation, ils ont étudié solidairement, ou en compétition, avec leurs camarades de promotion, dans les universités françaises, participant au renouvellement de toutes les professions nécessaires à l’avancée du pays. Ils travaillent chaque jour à tous les métiers, sont présents, comme quiconque, à l’effort de la nation. Ils sont parfois militaires, hommes ou femmes, et considérés comme assez bons pour donner leur vie, s’il le fallait, pour la France. Ils sont parfois chercheurs, médecins ou infirmières, travaillant de jour comme de nuit, à la santé de leurs concitoyens. Ils peuvent être enseignants, transmettant leurs savoirs et leurs compétences aux enfants – tous les enfants, sans exclusive ni discrimination – de notre pays. Ils sont parfois ministres, députés ou administrent des villes, de la plus grande aux plus petites, en France. Ils sont encore journalistes, portant la voix de la démocratie et l’information dans tous les foyers, avocats ou magistrats, bataillant dans les prétoires, défendant tout à la fois les lois et leurs concitoyens.

Les personnes homosexuelles, citoyennes comme les autres, participent aux efforts de solidarité à l’égard de leurs semblables, des plus jeunes aux plus âgés. Elles contribuent par leurs impôts et leurs cotisations à payer les crèches, les écoles, les retraites, les transports, les journaux, les hôpitaux, les maternités ou la modernisation et l’entretien de l’état et de la société. Pour toutes et tous !

A quel moment, selon vous, Monsieur le Secrétaire Général, ces personnes homosexuelles sollicitées, comme les autres, pour l’effort de la nation, deviennent-elles indignes d’être traitées comme des citoyens de même rang que les autres ? Sur quels critères précis, celles et ceux qui sont considérés comme assez bons pour participer à l’effort collectif se trouvent-ils brutalement exclus du droit commun et de la protection proposée à leurs concitoyens ?

Oserez-vous prétendre que c’est au nom de leur sexualité ?

Vit-on aujourd’hui et va-t-on vivre encore longtemps dans un pays qui organise la police des alcôves, où des députés préconisent des formes de discrimination, visant des enfants, au nom de la sexualité de leurs parents? Ces députés souhaitent-ils vivre l’oeil collé à la serrure de la chambre de leurs « administrés » afin de vérifier si leur sexualité leur donne droit à ce qui constitue des attributs de la citoyenneté pour d’autres ?

Qui sont ces députés, qui semblent ne pas savoir qu’ils sont élus par un peuple divers, dont les homosexuels constituent une part comme une autre ? Qui sont-ils, s’ils osent prétendre que les homosexuels, qui sont capables d’exercer toutes les fonctions, toutes les charges, tous les métiers, qui sont en droit de protéger leurs conjoints et leurs couples, ne seraient pas capables d’être des parents de valeur ? Ignorent-ils encore que les homosexuels ne sont pas seulement des personnes ayant, comme tout le monde, une sexualité, mais qu’ils ont aussi, comme tout le monde, des enfants et des parents, des frères et des soeurs, des amis qui sont las de constater dans quel mépris sont tenus leurs proches, simplement en raison de leur sexualité ? Nous regardons bien sûr avec pitié ceux que nous connaissons, parmi ces députés, qui sont homosexuels et vivent calfeutrés dans les placards de la honte, cherchant dans l’expression de leur haine à camoufler une vérité, non assumée, d’eux même. Leur vie n’est pas enviable ! Mais nous nous demandons quelle place vous réservez à tous les membres de ce groupe de députés, Monsieur le Secrétaire Général, au sein de votre formation politique. Les laisserez-vous salir longtemps l’honneur des personnes homosexuelles en leur permettant de propager, par le biais de pseudo-rapports politiques dont les cautions « scientifiques » sont misérables, une vision dégradante de l’homosexualité ?

Nous sommes étonnés, monsieur le Secrétaire Général, de devoir constater que vous n’avez pas émis la moindre réserve sur ce rapport alors qu’au sein même de votre formation politique, certaines voix - Alain Juppé, Roselyne Bachelot, Nadine Morano, Valérie Pecresse, Chantal Jouanno, Jeannette Bougrab, Nora Bera, pour ne citer qu’eux - se sont fait entendre dans le passé et se font entendre encore aujourd’hui pour dénoncer les prises de position éculées de ses auteurs.

Ces propos qui prouvent que certaines personnes à l’UMP ne sont pas enfermées dans les réflexes de haine qui ont servi jusqu’à présent de guide aux positionnements politiques de votre groupe sur ces questions, resteront-ils lettre morte ou seront-ils entendus et relayés ?

L’UMP a-t-elle, Monsieur le Secrétaire Général, l’intention d’ouvrir le débat sur l’homoparentalité, tel que demandé par certains de ses parlementaires ? Est-elle prête à écouter, dans ce cadre, la voix des représentants des familles homoparentales, ou restera-t-elle sur ses positions d’antan, renonçant à considérer la modernité et ses avancées ?

Le rapport du groupe de travail « Famille » de l’UMP se présente en tous points comme une proposition de politique gouvernementale de la famille. Ce rapport est-il une ébauche de ce que proposera l’UMP dans le programme de son candidat aux élections présidentielles d’Avril 2012 ?

Les françaises et les français, citoyens, électeurs, ont le droit de savoir quelle représentation de la famille l’UMP souhaitera défendre lors des différentes échéances électorales où ils seront appelés à se prononcer, l’année prochaine.

Nous attendons vos réponses.

Marie-Claude Picardat, Dominique Boren, Mathieu Nocent pour L’APGL

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