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Homopaternités: notes prises lors du séminaire du 12 mai 2012

Delphine Lance, master 2 sociologie : Itinéraire d’un projet parental, la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité

Martine Gross, sociologue : Paternité gay et coparentalité

Homopaternités: notes prises lors du séminaire du 12 mai 2012
Homopaternités: notes prises lors du séminaire du 12 mai 2012

Homopaternités

Deux exposés lors de cette séance.

Delphine Lance, master 2 sociologie : Itinéraire d’un projet parental, la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité

Martine Gross, sociologue : Paternité gay et coparentalité

(Notes prises par Sophie Vinois)

Delphine Lance : Itinéraire d’un projet parental : la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité

En préambule : le terrain exploré par Delphine Lance est le même que celui de Martine Gross dont l’ouvrage Choisir la paternité gay a été publié chez Eres en janvier 2012

La GPA pourrait être un potentiel contre-sens féministe. Propos évoqué en lisant Simone de Beauvoir.

Par ailleurs, certaines auteures comme E. Badinter ne remettent pas en cause la liberté des femmes. Elle l’augmente même en dissociant la femme de son instinct maternel. Cette dernière milite pour un encadrement de a GPA à l’anglaise, incluant un droit de rétractation.

La question de a GPA reste un sujet conflictuel. Même pour le groupe progressiste Terra Nova, il n’y a pas de consensus.

Données obtenues à partir de l’enquête de terrain

Le désir d’enfant ne sera pas détaillé dans cet exposé.

Beaucoup d’hommes sont passés par une étape de renoncement à la parenté avant de procéder à la GPA. 

La GPA a souvent été envisagée après les autres possibilités d’avoir des enfants.

  • Pour la co-parentalité, il a été mentionné l’asymétrie du rôle parental évoqué par les femmes rencontrées (c’est-à-dire que le rôle maternel était amplifié au détriment du rôle paternel). Les hommes qui témoignent avaient donc la crainte de ne pas être associé à l’éducation des futurs enfants. De plus, vivre la pluri-parentalité semblait compliquée pour certains, surtout quand le projet parental était un projet de couple, avec une conjugalité forte.
  • L’adoption, quand elle a été envisagée, s’est vite révélée très difficile par ses démarches administratives, et basée sur le mensonge (nécessité de cacher son homosexualité). De plus, elle exclue tout lien génétique, ce qui était un frein pour certains.

Donc, il s’avère que la GPA est plutôt un choix par défaut. Ce choix est apparu possible du fait de l’influence des reportages de des livres écrits par Martine Gross sur la paternité gay et plus largement sur l’homoparentalité. Des associations telles que l’APGL ont aussi joué un rôle majeur dans l’acceptabilité de la GPA. Toutes les informations disponibles ont permis de différencier la GPA de l’instrumentalisation du corps de la femme, pour les hommes interviewés.

 Une fois que la GPA est devenue une évidence, de nombreuses questions sont apparues :

Qui sera le géniteur ?

  • De nombreuses raisons ont pu orienter le choix
    • Importance du lien biologique plus fort pour l’un des futurs pères
    • Envie d’offrir des petits-enfants quand l’un était fils unique
    • L’un est plus porteur du projet que l’autre, même si les deux deviendront pères à la naissance de l’enfant
    • Pas de choix, et ce sera chacun son tour.

Discussion / Débat :

Il apparaît que certaines décisions ne sont pas uniquement le fait du couple, mais bien d’une parenté plus large, par exemple dans le cas du fils unique qui veut donner une descendance aux grands-parents. A l’inverse, dans certains témoignages en dehors de ce travail de terrain, certains hommes ne voulaient pas être le géniteur pour ne pas transmettre les « mauvais » gènes familiaux.

En ce qui concerne l’importance du lien génétique dans la paternité issue de la GPA, il ne faut pas oublier que le test génétique est le seul recours possible dans les pays où la GPA est interdite (comme en France).

De plus, si l’on compare les hommes et les femmes sur l’importance du biologique : pour les femmes, le lien biologique est évident, alors que pour les hommes le lien se fait par la désignation, ce qui rend la notion plus compliquée.

Il a été mentionné de dévoiler au niveau du cercle familial qui était le géniteur, surtout pour les enfants, pour ne pas en faire un tabou.

Dans certains cas, le père biologique n’est pas le père légal.

Les détails de la procédure :

Tous les futurs pères sont passés par une agence, sauf dans un cas, où ils sont passés par le bouche à oreille concernant une mère porteuse (le projet a abouté avec succès).

Un autre couple avait essayé de rechercher directement via internet une mère porteuse. Ce fut un échec, car ils n’ont eu des contacts qu’avec des femmes instables psychologiquement.

Dans les agences, les étapes sont séquentielles et nécessitent des choix :

  • Choix du médecin : étape essentielle
  • Choix de la mère porteuse : il se fait sur catalogue, mais avec une réciprocité, c’est-à-dire que la mère porteuse choisit aussi son couple de futurs parents.
  • Choix de la donneuse d’ovocytes : il se fait aussi sur catalogue. Le critère retenu en majorité est la jeunesse de la donneuse pour augmenter les chances de succès. Un autre critère qui peut avoir son importance est la ressemblance avec le père non biologique. Le reste semble n’avoir que peu d’importance aux yeux des interviewés.

Le contrat avec la mère porteuse est discuté, ce n’est pas un processus unilatéral.

Discussion

Au cours de l’exposé une discussion s’est ouverte autour de la motivation des donneuses d’ovocytes : lors de l’enquête, une donneuse a pu être interviewée. Pour elle, la motivation principale était l’argent. Cependant, cela ne peut pas être considéré comme représentatif.

Il existe un ouvrage dans lequel les témoignages des donneurs, des donneuses et potentiellement des gestatrices ont été recueillies (René Almeling, sex cells : the medical market  for eggs and sperm).De plus, la représentation sociale entre l’homme et la femme est différente. Pour les femmes qui deviennent mères, trois dimensions sont incluses : don génétique, gestation, soins à l’enfant. Pour les hommes, seule une dimension sociale est reconnue : le don génétique. De ce fait, il semblerait que les femmes (mères porteuses ou donneuses) ne s’identifient pas du tout dans un rôle maternel quand elles interviennent dans la procédure de GPA, alors que les hommes s’identifient plus à une sorte de rôle « paternel » lors du don de sperme pour l’IAD : ils associent les enfants issus de leur don à « leurs » enfants, même s’ils ne revendiquent aucun droit sur eux, ou même aucune envie de les connaître.

En majorité, les hommes interviewés souhaitent le NON-anonymat avec les femmes impliquées dans la GPA, et ce, pour l’histoire de la procréation qu’ils veulent transparente.

Quelle différence entre GPA et Maternité Pour Autrui ? Pour certains hommes, la MPA est plus simple dans le discours pour les enfants, car une seule femme est impliquée. Cependant, comme il n’y a qu’une seule femme, elle aurait pu être une mère. Dans le cadre de la GPA, deux femmes sont impliquées, il n’y a pas de mère, et donc il n’y a pas d’abandon de l’enfant.

De plus, les agences ne proposent plus que la GPA, car elle a été développée pour les couples hétéro, avec le progrès de la FIV, pour lesquels les mères pouvaient donner leurs ovocytes (si l’infertilité se situe au niveau de la nidification ou de la gestation).

Motivations des mères porteuses (telles que rapportée dans le discours des couples gays interviewés) :

  • Elles sont vécues comme des « surrogate » :
    • Besoin d’aider un couple. Certaines ont eu l’expérience d’infertilité dans leur entourage (voir pour une femme, un problème personnel)
    • Besoin de réparer une situation familiale d’abandon
  • Aiment vivre la grossesse pour le shoot hormonal que cela procure
  • L’intérêt financier : aucune n’utilise ce moyen pour vivre (toute femme qui touche l’aide sociale ne peut pas être mère porteuse), mais cela leur permet de concrétiser des projets additionnels, tel que le financement des études des enfants.
  • Militantisme ; l’une des femmes est mère porteuse pour aider les couples gays, uniquement.

Lien avec la mère porteuse :

Pendant toute la grossesse, les couples gays restaient très proches d’elle. Ce lien est maintenu après la grossesse.

Conclusion :

Qui sont les pères, qui sont les mères ?

Pour la « mère », il n’y a pas de consensus, certains couples gays reconnaissent la donneuse comme la mère, d’autres la mère porteuse, et enfin certains ne reconnaissent aucune « mère ».

Pour les pères : la parenté est reconnue aux USA, donc les deux pères peuvent légalement acceptés. Comme ce n’est pas possible en France, le changement de statut pour le père « social » est parfois difficile et induit un problème d’image.

Discussion :

Quel avenir pour les familles issues de GPA avec le nouveau gouvernement : F Hollande a laissé un flou autour de cette question pour des raisons politiques. Donc, la légalisation des enfants issus de GPA n’est pas encore évidente, mais elle sera discutée.

Tous les couples gays ayant eu recours à la GPA sont passés par une association. Cela leur a permis de rencontrer d’autres personnes dans la même situation, de pouvoir recevoir des témoignages. Cela leur a permis une légitimation de devenir parent, et pour l’avenir que leurs enfants puissent en rencontrer dans le même cas.

Martine Gross : Paternité Gay : cas de la co-parentalité

A lire. Martine Gross, Choisir la paternité gay, Eres, 2012

La coparentalité est un mot inventé pour décrire les situations de parents qui élèvent leurs enfants ensemble malgré leur séparation.

Dans le cas des homosexuels : il n’y a pas de vie commune, pas de vie conjugale rompue. La compagne et le compagnon des parents biologiques peuvent prendre part au projet parental dès le début. Leur situation diffère donc du beau-père ou de la belle-mère des situations de hétéroparentales.

En France, dans les associations, il y a 10 ans, beaucoup d’hommes se tournaient vers la  coparentalité. Même si c’est encore le cas aujourd’hui, ce nombre diminue largement. Dans les pays ou l’adoption et la GPA sont possibles, il y a peu de coparentalité.

La coparentalité semblait la solution évidente, sans contrôle social. En France, la coparentalité est-elle un choix par défaut ?

Cela ne semble pas le cas. En effet, les raisons de ce choix sont :

  • Pas de frais
  • Une liberté totale pour procréer, même s’il faut parfois avoir recours à une aide médicale, la PMA dans les cas d’échec
  • Une motivation à donner un père et une mère à l’enfant

Le travail de terrain est basé sur les entretiens avec 17 pères, en couple ou seul.

Pourquoi la coparentalité ?

Dans cet échantillon d’hommes, 5 ont considéré la coparentalité en 1er choix, alors que tous les autres l’ont fait après coup. Certains hommes voulaient se tourner vers l’adoption (9 hommes l’ont cité), mais ont abandonné du fait de la complexité des démarches, ou alors ils ont envisagé la GPA (6 hommes l’ont mentionné), mais ils ont abandonné du fait  de son coût ou de son côté interdit par la loi française.

De plus, la coparentalité est vue comme un modèle d’altérité car il inclut un père et une mère. Elle est même vue positivement car elle comporte « 2 papas et 1 mamans », c’est-à-dire que c’est du « plus », pas du « moins ». Pour une grande majorité des hommes interviewés, la présence féminine est importante, il faut une mère pour l’enfant.

Il faut noter qu’après la naissance de l’enfant, certains hommes ont évolué et ne pensent plus que la présence maternelle soit forcément obligatoire.

La coparentalité est importante pour certains hommes, car elle permet à l’enfant de côtoyer ses parents biologiques au quotidien.

Elle permet aussi de préserver du temps en couple du fait que l’enfant n’est pas à temps plein dans le foyer (garde alternée avec la mère biologique).

Pour les hommes qui ont bâti leur projet seul, la coparentalité permet de diminuer les écueils de la monoparentalité en pouvant partager l’éducation de l’enfant.

Questions avant la démarche : Le père légal ?

Cette question est d’autant plus importante dans la coparentalité car la mère biologique fait une place au 2ème parent, sa compagne ou le père biologique. De ce fait, le compagnon du père légal ne sera considéré que comme 3ème ou 4ème parent.

C’est le porteur du projet, si l’un des hommes du couple est plus impliqué que l’autre

La coparentalité qui se déroule dans la sérénité

Elle est vécue comme telle par 3 pères célibataires et par un homme vivant en couple (sur les 17 pères qui ont participés aux entretiens). Ces pères ne revendiquent pas une répartition égalitaire du temps auprès de l’enfant, même s’il y a la crainte que la mère (et son couple) s’approprie l’enfant. Ils adhèrent au principe des mères comme premiers parents, au moins pendant la toute petite enfance.

Les projets individuels ou  le fait d’être célibataire permet une souplesse importante qui contribue au succès de la coparentalité.

De nombreuses coparentalités sont conflictuelles.

Lorsque le couple d’hommes souhaite une résidence alternée 50/50 dès le plus jeune âge, le risque est important de voir naître un conflit au sujet du moment adéquat pour la mettre en place , et ce même si tout le monde était d’accord avant la naissance.

L’une des causes principales des conflits est la clarification insuffisante du projet. Un sentiment de déception apparaît après la phase de « séduction » qui a lieu entre les futurs (co)parents.  Dans certains cas, la coparentalité est choisie à cause de la pression sociale qui impose un père et une mère pour un enfant. Cela conduit alors à l’échec car chaque couple voulait un enfant et ne souhaitait pas nécessairement une pluriparentalité. Les pères vivent mal d’être mis à l’écart, voire jusqu’au non accès de l’enfant. Ils ont le sentiment que les mères souhaitaient des donneurs plus que des pères présents dans l’éducation de l’enfant. 

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