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Retour sur le colloque de Lille

Le mardi 5 mars a eu lieu, à Lille, le troisième colloque dans la série portant sur les ”Nouvelles familles dans la société française”. Les tables-rondes ont traité de la pluriparentalité et de la question du genre. Une grande place a également été donnée aux témoignages personnels.

Table-ronde pluriparentalités lors du colloque de Lille
Table-ronde pluriparentalités lors du colloque de Lille

Mardi 5 mars dernier, une journée tellement ensoleilée qu’on se serait presque cru au printemps si l’hiver n’était pas revenu en force au Nord peu de temps après. Ce jour-là a eu lieu, à la Maison de l’éducation permanente, un colloque sur les nouvelles familles, organisé par l’APGL et le CNAFAL (Conseil national des associations familiales laïques). Il s’agissait du troisième dans une série de cinq colloques mis en place en partenariat par les deux associations. Deux premiers colloques avaient eu lieu à Montpellier et à Lyon.

L’objectif était de montrer la diversité et la réalité des familles en France et de questionner l’état actuel des politiques publiques et de la législation qui répond mal aux besoins de certaines familles, notamment les familles homoparentales

Cette fois-ci le tour était donc arrivé à Lille d’être hôte d’un colloque dont l’objectif était de montrer la diversité et la réalité des familles en France et de questionner l’état actuel des politiques publiques et de la législation qui répond mal aux besoins de certaines familles, notamment les familles homoparentales.

colloque-lille1Une centaine de personnes sont venues assister à la journée. Beaucoup étaient professionnel.le.s des familles ou représentant.e.s d’associations mais le colloque a également attiré des étudiant.e.s, des universitaires ainsi que des personnes venues à titre personnel s’enrichir sur le sujet des nouvelles familles. 

Après une ouverture politique par deux élues locales, Lise Daleux (Ville de Lille) et Martine Filleul (Conseil général), les associations organisatrices ont rappelé l’objectif de cette série de colloques et la thématique du colloque lillois.

Une volonté d’aborder des questions qui ont été plutôt absentes du débat sur le ”mariage pour tous”

La table-ronde du matin a traité des familles pluriparentales, telles que les familles recomposées ou les familles en coparentalité. Cathy Herbrand, sociologue à l’Université Libre de Bruxelles, a partagé des expériences du débat belge sur la reconnaissance des familles homoparentales et plus spécifiquement comment la pluriparentalité a été traitée dans ce débat. Elle a souligné qu’il y a aujourd’hui très peu de possibilités pour faire reconnaître les familles avec plus de deux parents en Belgique. Pour Emmanuel Gratton, sociologue ayant mené des recherches sur les hommes gays en coparentalité, ce mode de parentalité est en diminution au profit de la PMA pour les lesbiennes et de la gestation pour autrui (GPA) pour les gays. Les interventions de deux médiatrices familiales (Marie Lewis et Carole Jouasset) nous ont éclairci sur le rôle que peut jouer la médiation familiale pour apporter des réponses dans les situations de co-parentalité, notamment quand un ou plusieurs parents manque(nt) de reconnaissance légale.

Le temps du repas, qui était offert gracieusement par le Conseil général, fut un temps privilégié pour les participant.e.s et les intervenant.e.s de se rencontrer, de discuter et d’échanger sur la thématique des nouvelles familles à partir de leur vécu personnel ou professionnel.

colloque-lille2Le moment prévu pour les témoignages fut un temps riche et fort en émotions. Laurent, père adoptif en Belgique, nous a fait part de sa situation de parent reconnu en Belgique et sans statut en France. Francine nous a partagé la réalité des parents sociaux suite à une rupture, avec les démarches légales et l’impossibilité de la future loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe de répondre à des situations comme la sienne : « Est-ce que je vais devoir me marier avec mon ex pour que mon statut de mère soit reconnu ? » s’est t-elle ainsi interrogée. En plus de ces témoignages de visu, nous avons également pu entendre le témoignage écrit d’une mère célibataire et regarder les témoignages vidéos, enregistrés lors des audiences à l’Assemblée nationale, de quatre jeunes adultes élevé.e.s dans des familles homoparentales.

La deuxième table-ronde traitait de la question du genre dans les familles gaies et lesbiennes. Le choix de cette thématique venait de la volonté d’aborder des questions qui ont été plutôt absentes du débat sur le ”mariage pour tous”. Trois universitaires, Virginie Descoutures, Martine Gross et Camille Frémont étaient ainsi invitées pour apporter leurs contributions sur des sujets tels que la division des tâches, la transmission du genre et les normes sociales autour de la parentalité dans les familles homoparentales.

colloque-lille3Virginie Descoutures (chercheure à l’INED), a commencé par faire un point sur l’histoire du féminisme avec la division sexuelle du travail, l’organisation hétéronormative de la société et le développement de la notion du genre. Elle a montré que les familles lesbiennes qu’elle a étudiées ne sont pas ”en dehors” de la société hétéronormative et qu’au contraire des ”rôles genrés”, voire des inégalités, sont reproduites dans ces familles, même si les familles elles-mêmes se perçoivent comme plus égalitaires que les familles hétéroparentales et le sont aussi dans une certaine mesure. Dans tous les cas, les mères lesbiennes doivent ”composer” avec les normes sociales sur le genre et sur la parentalité. 

Camille Frémont (doctorante à l’Université de Caen), qui travaille actuellement sur une étude doctorale portant sur la transmission du genre des mères lesbiennes à leurs enfants, s’est notamment questionnée sur la mise en place d’une éducation ”genrée” par les mères lesbiennes, parfois malgré elles, afin d’assurer la bonne insertion des enfants dans la société. Pour Martine Gross (ingénieure de recherche au CNRS), ayant travaillé sur les pères gays, si les lesbiennes s’inscrivent dans une norme sociale de la maternité cela n’est pas aussi évident pour les pères gays qui sont parents à temps plein car la paternité, dans la norme sociale, demande une certaine distance avec l’enfant. Pour elle la paternité gay amène ainsi une transgression de deux normes sociales : celle de l’incompatibilité de la paternité et de l’homosexualité masculine, et celle de l’impossibilité d’être père à temps plein sans mère.

colloque-lille5Les questions de la salle ont été nombreuses et le débat aurait pu continuer encore quelque temps s’il n’avait dû être interrompu par les contraites d’horaires. 

On retient de cette belle journée la qualité des interventions, portant sur des sujets parfois inédits, l’implication importante des bénévoles des associations organisatrices et les échanges fructueux aussi bien pendant les tables-rondes qu’au moment des pauses.

 

On retient de cette belle journée la qualité des interventions, l’implication importante des bénévoles des associations et les échanges fructueux

Vous trouverez le programme du colloque dans sa totalité ici.

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