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Perrine, 17 ans, témoigne et demande la PMA pour toutes

Perrine, née en 2003, nous a contacté à la suite du discours sur la PMA qu'elle a réalisé dans le cadre de ses études. Ses mères sont adhérentes depuis 1998.

Illustration par Prachatai
Illustration par Prachatai

Perrine, née en 2003, nous a contacté à la suite du discours sur la PMA qu'elle a réalisé dans le cadre de ses études. Ses mères sont adhérentes depuis 1998. Si elle nous "écrit aujourd'hui, dit-elle, c’est en partie grâce à cette association qui a permis ma naissance." Voici le discours qu'elle a prononcé. Un témoignage qui nous touche et que l'on aimerait voir plus souvent.

"Je suis Perrine, enfant née de PMA et actuellement en 1ère générale. Dans le cadre de nombreux discours présentés en classe de spécialité Humanité, Littérature et Philosophie, j’ai choisi de défendre un sujet qui me touche tout particulièrement : la PMA. Parce que cela me semble important pour faire avancer la réflexion, apporter un témoignage et partager ce qui me semble essentiel, dans une société cherchant constamment le changement et l’évolution des mentalités, je vous fais part de ce texte, qui, je l’espère, pourra éclairer de nombreuses personnes dans la voie d’une société plus tolérante, aimante et qui saura reconnaître l’importance de la différence dans le monde.

Je vais vous raconter une histoire : tout commence à la naissance d’une petite fille, celle-ci grandit au fil du temps. Elle a toujours été différente des autres, elle n’aimait pas les mêmes choses que les filles, le violon et la danse classique ce n’étaient pas pour elle, elle était plutôt du genre à jouer au foot et au basket avec les garçons dans la cour de l’école. Sa maman a fini par accepter qu’elle fasse du sport et arrête le violon ainsi que la danse. C’est donc ainsi qu’elle grandit. Un beau jour, du haut de ses 23 ans, elle rencontre une femme, et elle comprend à cet instant pourquoi elle a toujours été si différente, elle aime les femmes. Ces deux dernières apprennent à se connaître et tombent folles amoureuses. Ce n’est pas facile au début, il faut affronter le regard des gens, se faire accepter par la famille… mais malgré cela, grâce à leur amour elles resteront ensemble. Les jours passent et elles se décident à avoir un enfant, sauf que techniquement deux femmes ça ne peut pas marcher. Alors elles pensent dans un premier temps à adopter, cependant leur demande d’adoption est rejetée avec le motif que c’est un couple de femmes. Devant cet échec et leur désir d’avoir un enfant elle se tournent alors vers la PMA, cette fois-ci c’est un peu plus compliqué, car c’est interdit en France pour les couples homosexuels, elles décident donc de le faire en Belgique car c’est ouvert pour tout le monde. Là encore ce n’est pas simple, déjà il faut payer une grosse somme d’argent, passer de multiples examens, mais en plus prendre une journée de congé par mois pour faire des allers-retours jusqu’en Belgique, dans l’espoir que ça fonctionne un jour. Ce n’est pas faute d’avoir persévéré, la veille de Noël, un 24 décembre, la PMA fonctionne, la jeune fille qui, petite, jouait au foot dans la cour de l’école, attend désormais un bébé, elle est enceinte. Neuf mois plus tard, le 24 septembre 2003, une petite fille naît, elle s’appelle Perrine.


Tout ceci nous mène à aujourd’hui, je me tiens face à vous pour défendre la PMA, sans quoi je ne serais pas là aujourd’hui. On parle beaucoup de ce sujet, tant à travers des politiques que des chercheurs, des philosophes ou encore des journalistes et des représentants religieux ; mais on ne donne jamais la parole aux premiers concernés, ceux qui ont un réel avis sur la question et qui sont légitimes de le donner : tous ces enfants issus de PMA. Alors aujourd’hui en tant qu’enfant issue de PMA, je me permets cette prise de parole.

La PMA signifie procréation médicalement assistée, elle sert aux personnes qui n’ont pas la capacité d’avoir un enfant par leurs propres moyens, comme les couples hétérosexuels infertiles, les couples homosexuels, ainsi que les femmes seules. Il y a deux techniques possibles, la première, la plus facile, l’insémination artificielle, elle consiste à inséminer à l’intérieur du vagin, un échantillon de sperme, celui-ci pouvant provenir du conjoint s’il s’agit d’un couple hétérosexuel, ou bien d’un donneur lorsqu’il y a infertilité du conjoint ainsi que pour les couples de femmes et les femmes seules. La deuxième technique est la FIV, fécondation in vitro, elle consiste à recueillir les ovules de la femme et de procéder à une fécondation artificielle en mettant en contact les spermatozoïdes et les ovules pour enfin introduire le ou les embryons obtenus dans l’utérus de la femme.
Le 25 juillet 1978, le premier « bébé éprouvette » naissait au Royaume-Uni.
Dans le monde, plus de 8 millions de bébés ont été conçus au moyen de la PMA.


Le problème c’est qu’actuellement, la PMA n’est ouverte en France, qu’aux couples composés d’un homme et d’une femme. Après le mariage pour tous et l’adoption, il manque une chose, la PMA pour toutes. Cependant la loi à ce sujet est en révision actuellement à l’Assemblée Nationale et au Sénat. La révision de cette loi bioéthique vise à ouvrir la PMA à toutes les femmes, seulement elle ouvre un réel débat entre les partisans et les opposants.
D’après l’Agence de la biomédecine et des chiffres de l’INSEE, 1 nouveau-né sur 32 est issu d’une PMA, ce chiffre montre bien que l’assistance médicale dans la procréation est nécessaire pour certains couples. 
Nous devons poursuivre l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes. La PMA est un parcours difficile et coûteux, en effet il peut coûter des dizaines de milliers d’euros, mais la légaliser en France pour toutes les femmes, permettrait de la rendre accessible de toutes, c’est une question de justice sociale, il faut une ouverture à tous les couples, même à ceux qui n’ont pas beaucoup de moyens financiers, autrement c’est de la discrimination sociale. Légaliser la PMA pour les couples homosexuels et les femmes seules permettrait d’instaurer un cadre et des normes, tels que de bonnes conditions hygiéniques, le contrôle des dons de sperme, des tests psychologiques et biologiques… tout ceci afin d’éviter les dérives qui font notamment du don de sperme un business. Comme je l’ai dit une batterie de tests est effectuée sur tous les intervenants au processus, dont le donneur, celui-ci est confronté à des tests qui confirment son aptitude tant psychologique que biologique à faire ce don. De plus le donneur ne reçoit qu’un simple défraiement. Sa motivation n’est donc pas l’argent. 
Cette loi bioéthique permettrait aux enfants issus de PMA d’avoir une filiation dès la naissance, grâce à la reconnaissance anticipée faite chez le notaire, l’enfant aura sur son acte de naissance la mention « mère et mère ». Cette filiation permettra à la mère sociale d’être ainsi reconnue aux yeux de l’Etat, ce qui est très important en cas de décès de la mère biologique. Elle permettra en plus d’éviter à la mère sociale une longue procédure d’adoption de l’enfant. En outre la légalisation de la PMA pour toutes est favorisée par des facteurs tels que la hausse de l’infertilité et la baisse de la démographie française.


L’une des grandes questions qu’on entend régulièrement : L’absence paternelle n’a-t-elle pas un impact sur la vie des enfants, ne représente-elle pas un manque ? Dans les familles homoparentales, les naissances ne sont pas entourées de secret, à l’inverse de la PMA pour les couples hétérosexuels, qui peuvent leur cacher l’usage de cette technique et ainsi générer une réelle crise identitaire. Les familles homoparentales expliquent donc très jeune la manière dont les enfants ont été conçu, ainsi que la différence entre un donneur et un père. Je n’ai donc jamais eu de père, mais j’ai une famille aimante. L’absence de père n’a jamais généré de manque puisque j’ai toujours vécu comme ça, mes deux mères constituent ma normalité et ma vie. De nombreux experts se sont interrogés sur l’état psychologique des enfants nés de PMA au sein d’un couple de femmes et des études scientifiques réalisées au États-Unis et en Europe ont montré que les enfants nés de PMA dans des familles homoparentales se développent comme les autres.
On entend dire au nom de « l’intérêt supérieur de l’enfant » que ce dernier, privé de référence paternelle, multiplierait les traumas et les risques de névrose et que l’absence de père serait une menace pour son développement. La base du développent d’un enfant se fait autour d’un entourage stable et aimant, par ailleurs son entourage comporte toujours des figures masculines tel que le grand père, le frère, les voisins, les amis etc.

Une autre question se pose : Qu’en est-t-il de l’anonymat du donneur ? La révision de la loi bioéthique prévoit que le donneur sera semi-anonyme, à partir de 18 ans les enfants qui le souhaiteront pourront faire une demande pour avoir une fiche d’informations à propos de celui-ci, voir même de connaître son identité s’il l’a accepté au moment de son don.
Contrairement à ce que certains peuvent penser, les embryons créés par PMA et plus précisément par FIV, ne représentent pas un transhumanisme qui vise à améliorer la condition humaine par l’augmentation des capacités physiques et mentales grâce à l’usage des sciences et des techniques, ni d’un choix des gènes en fonction de critères du « bébé parfait ». Mais il existe néanmoins un choix des embryons, celui-ci se fait dans un premier temps en fonction de ses chances de se développer à l’intérieur de la mère. Les embryons qui présentent des anomalies chromosomiques sont effectivement retirés, non pas pour éliminer des cas de trisomie 21 par exemple, mais simplement pour éviter à un enfant d’être malheureux car la maladie et le handicap restent des choses difficiles à vivre. En fin de compte, même sous une grossesse habituelle les femmes enceintes procèdent à des tests de trisomie et peuvent avorter, ce n’est donc pas spécifique à la PMA. Enfin le donneur est choisi en fonction de critères de ressemblance avec les parents, afin qu’il n’y ait pas de mélange d’ethnies par exemple. Ce n’est donc pas un transhumanisme mais un choix qui repose sur des critères de ressemblance et d’anticipation de la souffrance, du handicap et de la maladie.

Certains affirment également qu’une procréation par PMA retirerait la notion d’amour dans la création d’un enfant. Laissez-moi vous dire que c’est tout l’inverse. C’est plutôt facile pour un couple fertile d’avoir un enfant, celui-ci peut être voulu mais peut être aussi non-désiré, car sur le moment le « plaisir » de la relation sexuelle pouvait prévaloir sur la volonté de donner naissance. Alors que pour un couple infertile, la volonté, la persévérance, le courage et l’amour sont bien plus qu’indispensables s’ils veulent avoir un enfant. C’est un processus très dur qui démontre d’une réelle « volonté » des personnes, qui désire réellement procréer, accueillir un enfant et fonder une famille aimante.
Empêcher les femmes de procéder à une PMA serait les empêcher de vivre une grossesse, d’avoir un enfant, une vie de famille, d’être heureux. Cette révision de la loi bioéthique constitue une révolution pour toutes les femmes que nous devons soutenir, elle constitue une réelle avancée dans les droits de l’homme et de la femme.

Sans la PMA 8 millions d’enfants ne seraient jamais nés ! Sans la PMA je ne serais jamais née !"

Merci à Perrine d'avoir partagé son texte avec nous.

 

Surrogacy
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Vos réactions (2)
  • claire
    Lien vers le commentaire jeudi 11 juin 2020 10:24 Posté par claire

    Hello les filles , un grand bravo à votre fille Perrine, c'est tellement juste et bien posé ! les Mamans peuvent être fières :) Et si vous avez envie de faire un petit pot "comme au bon vieux temps" je me déplace avec plaisir jusqu'à vous pour se remémorer nos bons moments APgéliens ...
    Je vous embrasse ++
    Claire

  • ChrisKa
    Lien vers le commentaire mardi 09 juin 2020 22:01 Posté par ChrisKa

    Bravo !
    J espère que ma fille pensera de même dans qq années

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