Suivez-nous facebooktwitterrss

Témoignage

Adoption 11/06/2020
Emmanuel, Johnny et leur fille Camille, un beau parcours d'adoption

Emmanuel, Johnny et leur fille Camille, un beau parcours d'adoption

Johnny et Emmanuel, adhérents bordelais et heureux parents de Camille, racontent leur parcours d'adoption et livrent quelques conseils aux candidats qui se lancent ou qui sont dans l'attente. Merci à eux pour ce beau partage.

"Nous sommes Johnny et Emmanuel, nous avons 40 ans et habitons Bordeaux. Après 17 ans de vie commune, nous sommes désormais les très heureux papas d’une petite fille de 18 mois que nous avons adoptée en 2019.

Moi, Emmanuel, j’avais fait le « deuil de l’enfant » quand j’ai eu pleinement assumé mon homosexualité à l’âge de 20 ans. Ça allait de paire, on ne pouvait pas être homo et parent à la fois.
Johnny, lui, m’a toujours dit que sa vie ne serait jamais pleinement accomplie sans être parent. Qu’un enfant serait la seule chose qui pourrait lui donner du sens, car il pourrait transmettre son histoire, sa culture, son savoir et le faire grandir.

En 2013, quand la loi pour le mariage pour tous a été adoptée, il est devenu évident pour Johnny qu’il fallait entamer une procédure d’adoption, a priori à l’étranger.
N’étant pas sensible à ce projet de parentalité, je l’ai laissé entamer les démarches en septembre 2013, sans croire que cela pourrait aboutir un jour, ou en tout cas pas dans l’immédiat.
Puis nous avons assisté ensemble à la première réunion d’information organisée par le Département. Réunion « choc » : l’adoption est un parcours difficile et toutes les histoires ne finissent par forcément bien… Nous avons surtout retenu que l’adoption consiste à trouver une famille à un enfant et non l’inverse. Ce point a définitivement modifié notre état d’esprit sur cette procédure longue et qui peut paraître inquisitrice.
Malgré la dureté des informations qui nous ont été données, j’ai commencé à y croire, à me projeter, mais avec toute la retenue nécessaire à ce genre de projet.
En approfondissant nos recherches, il est apparu que l’adoption serait plus « facile » en France qu’à l’étranger. Nous avons donc entamé la procédure d’agrément pour l’accueil d’un enfant pupille.

Lors du premier entretien avec l’assistante sociale je me souviens avoir dit que je ne désirais pas d’enfant jusque-là car j’en avais fait mon deuil, et que mon désir d’enfant était très récent. Je comptais sur la longueur de ce parcours pour faire grandir ce désir.
Mais la bienveillance de nos interlocuteurs, les « statistiques » (nombre d’enfants nés sous X) pour notre département nous ont rapidement donné espoir. C’est même nous qui avons mis le sujet de l’homoparentalité sur la table, car il n’avait pas encore été abordé en entretien. Tout cela a concouru à me projeter de plus en plus dans la paternité et que Johnny et moi soyons ainsi pleinement en phase dans notre désir d’enfant.
Nous projetions idéalement un bébé ou en tout cas un enfant le plus jeune possible, car nous ne nous sentions pas à l’aise à l’idée d’accueillir un enfant avec un gros bagage dont nous connaitrions difficilement le contenu, même si nous pouvions en deviner le poids…

Même s’ils étaient bienveillants et constructifs, ces entretiens étaient épuisants. Nous les avons préparés en discutant beaucoup tous les deux, de toutes les situations, de nos limites, de nos envies, de nos espoirs… Mais se mettre à nu face à un professionnel était nouveau pour nous. Nous avons échangé sur des sujets intimes qui ne sont finalement presque jamais verbalisés par de futurs parents. Nous en ressortions contents, mais rincés !

L’agrément (obtenu fin 2014) nous a paru être une formalité, mais nous avions conscience que cela n’était pas une garantie d’aboutissement de notre projet, « l’enfant n’est pas un dû » nous a-t-on souvent répété. Il restait l’attente qui allait être longue (on nous disait 3, 4 5 ans ou plus…), pendant laquelle nous serions suivis, et surtout l’inconnue sur le contenu de cette boite noire : le « Conseil de famille ».
En Gironde, le Conseil de famille a demandé aux services du Département que les dossiers homoparentaux soient traités de la même manière que les autres. Cette information était de bonne augure, mais pas suffisante. Seule la preuve d’une adoption (voire plusieurs) par un couple homo pouvait nous rassurer. Mais les dossiers étant traités dans l’ordre de dépôt, il allait falloir attendre quelques années avant d’obtenir cette preuve…
Pour des raisons administratives, on nous a attribué d’autres professionnels du Département pour assurer le suivi de notre projet post-agrément. Le Département a à cœur de rencontrer régulièrement les couples, à la fois pour être tenu informé de toute évolution de notre situation ou de notre projet, mais aussi pour continuer à le faire murir et nous accompagner dans cette attente.
Nous avons rencontré tous les 3 mois, soit l’assistante sociale, soit la psychologue. C’est cette dernière qui nous a donné le plus de fil à retordre. C’était finalement la première fois que nous rencontrions quelqu’un d’ouvertement opposé à notre projet.
Nous avons accepté cette opposition car nous la considérions constructive. Cette psychologue nous challengeait sur l’intérêt de l’enfant, son épanouissement, sur nos futurs rôles respectifs. Nous avions également été rassurés sur le fait que cette psychologue ne pouvait pas nuire à notre projet, la décision de présenter notre dossier au Conseil de famille étant prise de façon collégiale par les professionnels du bureau adoption du Département.
Cette période de « suivi », mais surtout d’attente, a été émotionnellement compliquée. Nous oscillions entre la nécessité de nous projeter et en même temps de faire preuve de retenue dans le cas où notre projet n’aboutirait pas. Parfois nous ne pensions qu’à cela, parfois nous oubliions que nous étions en procédure d’adoption.
Nous avons comblé cette attente en construisant des projets plus personnels et bassement matériels mais qui nous occupaient l’esprit.

L’attente est devenue particulièrement difficile pour deux raisons successives : notre assistante sociale nous a annoncé mi-2017 un aboutissement imminent (qui a finalement pris presque 2 ans car le Département ne peut pas prédire le nombre de bébés nés sous le secret à naître, ni leur état de santé…) et n’ayant plus de nouvelle de sa part fin 2018, nous avons appris qu’elle était arrêtée pour maladie pendant plusieurs mois. Paniqués, nous avons demandé à rencontrer la cheffe du bureau adoption (nouvellement en poste).
Elle nous a appris à cette occasion que notre dossier avait été présenté en Conseil de famille fin 2018, mais refusé. Le Conseil de famille s’est ému de l’incohérence des écrits entre l’assistante sociale et la psychologue, en demandant de nouveaux écrits. En effet, notre psychologue avait arrêté de mettre à jour notre dossier en 2017, en plus d’avoir orienté très négativement ses écrits.
Au passage, la cheffe du bureau adoption nous a demandé de lancer au plus tôt de nouvelles démarches d’agrément, le nôtre arrivant à son terme 10 mois plus tard. Ce que nous avons fait dans la foulée.

Nos familles et nos amis, qui ont toujours été à nos côtés pendant ce périple, n’osaient même plus nous demander où nous en étions de notre parcours d’adoption…

Trois mois plus tard, après deux nouveaux rendez-vous, Johnny a reçu un coup de téléphone de la secrétaire du bureau adoption, qui lui a indiqué que la cheffe du bureau adoption souhaitait nous rencontrer de nouveau.
Johnny était persuadé que c’était le jour J. Je croyais tout l’inverse, il devait y avoir encore un problème avec notre dossier dont elle voulait nous faire part.

Nous sommes arrivés fébriles au rendez-vous. Nous avons appris qu’un Conseil de famille s’était tenu 3 semaines plus tôt et nous avait confié une petite fille, prénommée Camille, dont elle nous a montré deux photos.
J’ai pleuré à très grosses larmes, comme jamais depuis des années. Johnny était très ému également, mais l’extériorisait moins que moi. La semaine suivante, nous allions nous rencontrer, pour une « semaine d’adaptation » à la pouponnière du Département.

thumbnail camille 3

Aujourd’hui nous sommes heureux tous les 3 et souhaitons ce même bonheur à tous les parents. Si nous avions quelques conseils à partager aux autres couples souhaitant adopter :

  • l’adoption est possible en France : ça ne coûte rien (à part émotionnellement…) de vous lancer, moyennant les points qui suivent
  • gardez à l’esprit que l’adoption consiste à trouver une famille à un enfant, et non l’inverse. Son issue est donc potentiellement lointaine et incertaine
  • parlez de tout en couple, n’ayez aucun tabou, c’est un projet que vous menez à 2
  • n’ayez pas peur de verbaliser vos limites ou vos doutes, y compris auprès des professionnels (je me souviens avoir demandé à notre assistante sociale : « et si je n’aime pas l’enfant qu’on nous confie ? ») – cela vaut évidemment pour le sujet des « besoins spécifiques » de l’enfant
  • acceptez les entretiens que vous devrez suivre non pas comme des interrogatoires impudiques mais comme des échanges avec des professionnels pour vous cerner, vous aider à murir votre projet et à supporter l’attente pour être à même d’accueillir l’enfant qui aura besoin de vous et devra apprendre à vous faire confiance
  • assurez-vous que vos familles et vos amis accueillent positivement ce projet, ils seront vos soutiens dans les moments de doute ou de fatigue
  • pendant la phase de suivi, occupez-vous l’esprit avec d’autres projets (même futiles mais chronophages)
  • allez chercher du soutien, dans des lectures, des associations, des groupes de parole, etc. On y trouve une mine de sujets que l’on n’avait pas soupçonné et qui pourtant peuvent avoir leur importance dans votre projet
  • on ne vous dira pas, ou alors très rarement, en quelle « position » vous êtes sur la liste d’attente, ôtez-vous cela de la tête et relisez le second point ci-dessus :)"

IAD 09/06/2020 2
Illustration par Prachatai

Perrine, 17 ans, témoigne et demande la PMA pour toutes

Perrine, née en 2003, nous a contacté à la suite du discours sur la PMA qu'elle a réalisé dans le cadre de ses études. Ses mères sont adhérentes depuis 1998. Si elle nous "écrit aujourd'hui, dit-elle, c’est en partie grâce à cette association qui a permis ma naissance." Voici le discours qu'elle a prononcé. Un témoignage qui nous touche et que l'on aimerait voir plus souvent.

"Je suis Perrine, enfant née de PMA et actuellement en 1ère générale. Dans le cadre de nombreux discours présentés en classe de spécialité Humanité, Littérature et Philosophie, j’ai choisi de défendre un sujet qui me touche tout particulièrement : la PMA. Parce que cela me semble important pour faire avancer la réflexion, apporter un témoignage et partager ce qui me semble essentiel, dans une société cherchant constamment le changement et l’évolution des mentalités, je vous fais part de ce texte, qui, je l’espère, pourra éclairer de nombreuses personnes dans la voie d’une société plus tolérante, aimante et qui saura reconnaître l’importance de la différence dans le monde.

Je vais vous raconter une histoire : tout commence à la naissance d’une petite fille, celle-ci grandit au fil du temps. Elle a toujours été différente des autres, elle n’aimait pas les mêmes choses que les filles, le violon et la danse classique ce n’étaient pas pour elle, elle était plutôt du genre à jouer au foot et au basket avec les garçons dans la cour de l’école. Sa maman a fini par accepter qu’elle fasse du sport et arrête le violon ainsi que la danse. C’est donc ainsi qu’elle grandit. Un beau jour, du haut de ses 23 ans, elle rencontre une femme, et elle comprend à cet instant pourquoi elle a toujours été si différente, elle aime les femmes. Ces deux dernières apprennent à se connaître et tombent folles amoureuses. Ce n’est pas facile au début, il faut affronter le regard des gens, se faire accepter par la famille… mais malgré cela, grâce à leur amour elles resteront ensemble. Les jours passent et elles se décident à avoir un enfant, sauf que techniquement deux femmes ça ne peut pas marcher. Alors elles pensent dans un premier temps à adopter, cependant leur demande d’adoption est rejetée avec le motif que c’est un couple de femmes. Devant cet échec et leur désir d’avoir un enfant elle se tournent alors vers la PMA, cette fois-ci c’est un peu plus compliqué, car c’est interdit en France pour les couples homosexuels, elles décident donc de le faire en Belgique car c’est ouvert pour tout le monde. Là encore ce n’est pas simple, déjà il faut payer une grosse somme d’argent, passer de multiples examens, mais en plus prendre une journée de congé par mois pour faire des allers-retours jusqu’en Belgique, dans l’espoir que ça fonctionne un jour. Ce n’est pas faute d’avoir persévéré, la veille de Noël, un 24 décembre, la PMA fonctionne, la jeune fille qui, petite, jouait au foot dans la cour de l’école, attend désormais un bébé, elle est enceinte. Neuf mois plus tard, le 24 septembre 2003, une petite fille naît, elle s’appelle Perrine.


Tout ceci nous mène à aujourd’hui, je me tiens face à vous pour défendre la PMA, sans quoi je ne serais pas là aujourd’hui. On parle beaucoup de ce sujet, tant à travers des politiques que des chercheurs, des philosophes ou encore des journalistes et des représentants religieux ; mais on ne donne jamais la parole aux premiers concernés, ceux qui ont un réel avis sur la question et qui sont légitimes de le donner : tous ces enfants issus de PMA. Alors aujourd’hui en tant qu’enfant issue de PMA, je me permets cette prise de parole.

La PMA signifie procréation médicalement assistée, elle sert aux personnes qui n’ont pas la capacité d’avoir un enfant par leurs propres moyens, comme les couples hétérosexuels infertiles, les couples homosexuels, ainsi que les femmes seules. Il y a deux techniques possibles, la première, la plus facile, l’insémination artificielle, elle consiste à inséminer à l’intérieur du vagin, un échantillon de sperme, celui-ci pouvant provenir du conjoint s’il s’agit d’un couple hétérosexuel, ou bien d’un donneur lorsqu’il y a infertilité du conjoint ainsi que pour les couples de femmes et les femmes seules. La deuxième technique est la FIV, fécondation in vitro, elle consiste à recueillir les ovules de la femme et de procéder à une fécondation artificielle en mettant en contact les spermatozoïdes et les ovules pour enfin introduire le ou les embryons obtenus dans l’utérus de la femme.
Le 25 juillet 1978, le premier « bébé éprouvette » naissait au Royaume-Uni.
Dans le monde, plus de 8 millions de bébés ont été conçus au moyen de la PMA.


Le problème c’est qu’actuellement, la PMA n’est ouverte en France, qu’aux couples composés d’un homme et d’une femme. Après le mariage pour tous et l’adoption, il manque une chose, la PMA pour toutes. Cependant la loi à ce sujet est en révision actuellement à l’Assemblée Nationale et au Sénat. La révision de cette loi bioéthique vise à ouvrir la PMA à toutes les femmes, seulement elle ouvre un réel débat entre les partisans et les opposants.
D’après l’Agence de la biomédecine et des chiffres de l’INSEE, 1 nouveau-né sur 32 est issu d’une PMA, ce chiffre montre bien que l’assistance médicale dans la procréation est nécessaire pour certains couples. 
Nous devons poursuivre l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes. La PMA est un parcours difficile et coûteux, en effet il peut coûter des dizaines de milliers d’euros, mais la légaliser en France pour toutes les femmes, permettrait de la rendre accessible de toutes, c’est une question de justice sociale, il faut une ouverture à tous les couples, même à ceux qui n’ont pas beaucoup de moyens financiers, autrement c’est de la discrimination sociale. Légaliser la PMA pour les couples homosexuels et les femmes seules permettrait d’instaurer un cadre et des normes, tels que de bonnes conditions hygiéniques, le contrôle des dons de sperme, des tests psychologiques et biologiques… tout ceci afin d’éviter les dérives qui font notamment du don de sperme un business. Comme je l’ai dit une batterie de tests est effectuée sur tous les intervenants au processus, dont le donneur, celui-ci est confronté à des tests qui confirment son aptitude tant psychologique que biologique à faire ce don. De plus le donneur ne reçoit qu’un simple défraiement. Sa motivation n’est donc pas l’argent. 
Cette loi bioéthique permettrait aux enfants issus de PMA d’avoir une filiation dès la naissance, grâce à la reconnaissance anticipée faite chez le notaire, l’enfant aura sur son acte de naissance la mention « mère et mère ». Cette filiation permettra à la mère sociale d’être ainsi reconnue aux yeux de l’Etat, ce qui est très important en cas de décès de la mère biologique. Elle permettra en plus d’éviter à la mère sociale une longue procédure d’adoption de l’enfant. En outre la légalisation de la PMA pour toutes est favorisée par des facteurs tels que la hausse de l’infertilité et la baisse de la démographie française.


L’une des grandes questions qu’on entend régulièrement : L’absence paternelle n’a-t-elle pas un impact sur la vie des enfants, ne représente-elle pas un manque ? Dans les familles homoparentales, les naissances ne sont pas entourées de secret, à l’inverse de la PMA pour les couples hétérosexuels, qui peuvent leur cacher l’usage de cette technique et ainsi générer une réelle crise identitaire. Les familles homoparentales expliquent donc très jeune la manière dont les enfants ont été conçu, ainsi que la différence entre un donneur et un père. Je n’ai donc jamais eu de père, mais j’ai une famille aimante. L’absence de père n’a jamais généré de manque puisque j’ai toujours vécu comme ça, mes deux mères constituent ma normalité et ma vie. De nombreux experts se sont interrogés sur l’état psychologique des enfants nés de PMA au sein d’un couple de femmes et des études scientifiques réalisées au États-Unis et en Europe ont montré que les enfants nés de PMA dans des familles homoparentales se développent comme les autres.
On entend dire au nom de « l’intérêt supérieur de l’enfant » que ce dernier, privé de référence paternelle, multiplierait les traumas et les risques de névrose et que l’absence de père serait une menace pour son développement. La base du développent d’un enfant se fait autour d’un entourage stable et aimant, par ailleurs son entourage comporte toujours des figures masculines tel que le grand père, le frère, les voisins, les amis etc.

Une autre question se pose : Qu’en est-t-il de l’anonymat du donneur ? La révision de la loi bioéthique prévoit que le donneur sera semi-anonyme, à partir de 18 ans les enfants qui le souhaiteront pourront faire une demande pour avoir une fiche d’informations à propos de celui-ci, voir même de connaître son identité s’il l’a accepté au moment de son don.
Contrairement à ce que certains peuvent penser, les embryons créés par PMA et plus précisément par FIV, ne représentent pas un transhumanisme qui vise à améliorer la condition humaine par l’augmentation des capacités physiques et mentales grâce à l’usage des sciences et des techniques, ni d’un choix des gènes en fonction de critères du « bébé parfait ». Mais il existe néanmoins un choix des embryons, celui-ci se fait dans un premier temps en fonction de ses chances de se développer à l’intérieur de la mère. Les embryons qui présentent des anomalies chromosomiques sont effectivement retirés, non pas pour éliminer des cas de trisomie 21 par exemple, mais simplement pour éviter à un enfant d’être malheureux car la maladie et le handicap restent des choses difficiles à vivre. En fin de compte, même sous une grossesse habituelle les femmes enceintes procèdent à des tests de trisomie et peuvent avorter, ce n’est donc pas spécifique à la PMA. Enfin le donneur est choisi en fonction de critères de ressemblance avec les parents, afin qu’il n’y ait pas de mélange d’ethnies par exemple. Ce n’est donc pas un transhumanisme mais un choix qui repose sur des critères de ressemblance et d’anticipation de la souffrance, du handicap et de la maladie.

Certains affirment également qu’une procréation par PMA retirerait la notion d’amour dans la création d’un enfant. Laissez-moi vous dire que c’est tout l’inverse. C’est plutôt facile pour un couple fertile d’avoir un enfant, celui-ci peut être voulu mais peut être aussi non-désiré, car sur le moment le « plaisir » de la relation sexuelle pouvait prévaloir sur la volonté de donner naissance. Alors que pour un couple infertile, la volonté, la persévérance, le courage et l’amour sont bien plus qu’indispensables s’ils veulent avoir un enfant. C’est un processus très dur qui démontre d’une réelle « volonté » des personnes, qui désire réellement procréer, accueillir un enfant et fonder une famille aimante.
Empêcher les femmes de procéder à une PMA serait les empêcher de vivre une grossesse, d’avoir un enfant, une vie de famille, d’être heureux. Cette révision de la loi bioéthique constitue une révolution pour toutes les femmes que nous devons soutenir, elle constitue une réelle avancée dans les droits de l’homme et de la femme.

Sans la PMA 8 millions d’enfants ne seraient jamais nés ! Sans la PMA je ne serais jamais née !"

Merci à Perrine d'avoir partagé son texte avec nous.

 


PMA 28/06/2019
Témoignage PMA : "Une parentalité Bleu, Blanc, Rouge"

Témoignage PMA : "Une parentalité Bleu, Blanc, Rouge"

Sophie, mariée et maman d'un petit garçon, témoigne de son parcours de PMA et de sa colère contre son pays.

 

"Bleus comme les yeux de notre fils . Après 6 ans de vie commune, 2 ans de mariage et plusieurs allers-retours en Belgique pour une insémination, notre fils est né en France le 24 mars 2017. C'était un des plus beaux jours de notre vie. Mon épouse et moi-même somme devenues mères.

Blanc comme le vide juridique pour mon épouse qui n'a pas porté notre fils. A sa naissance, mon épouse a réalisé les démarches administratives pour établir son acte de naissance. Elle a déclaré que notre fils était le fils d'une seule mère. Le droit français ne la reconnait pas comme mère de notre fils.

Rouge comme la colère que je porte envers une nation qui se targue d'une constitution en faveur des droits de l'homme où il est inscrit que "tous les hommes naissent libres et égaux en droit"...Je ne savais pas qu'il y avait un astérisque précisant que les enfants nés d'un projet d'un couple de femmes n'avaient pas les même droits que les enfants nés d'un projet d'un couple hétérosexuel. Après maintes démarches administratives qui ont duré plus d'un an (dont le recueil de lettres de proches devant expliquer les raisons de la volonté de mon épouse d'être reconnue comme mère de notre fils, le passage au commissariat et une visite de la police à notre domicile) mon épouse a pu adopter son propre fils.

Nous avons la chance d'avoir pu financer nos allers-retours en Belgique, d'avoir deux familles qui nous aiment, d'avoir des amis qui ont rédigé des lettres sublimes pour l'adoption de notre fils par mon épouse, d'avoir eu des employeurs bienveillants sur les absences du jours au lendemain pour les tentatives d'insémination, d'avoir les capacités à trouver de l'aide auprès d'associations comme l'APGL. Mais d'autres couples de femmes n'ont pas toutes ces ressources.

L'homoparentalité est un fait. L'homophobie également. L'ouverture de la PMA aux couples de femmes n'est qu'une étape vers l'égalité entre les personnes hétérosexuelles et homosexuelles. La filiation reconnue d'office pour l'épouse qui n'a pas porté l'enfant doit être identique à celle des "pères". Si la libre circulation européenne des personnes permet de compenser l'inégalité inscrite dans la législation française, il est temps que le drapeau français, symbole de valeurs humanistes, puisse flotter fièrement sur les toits de nos institutions en réécrivant les lois homophobes."